Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

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Bien que sa réputation mondiale en fasse l’un des grands maîtres de l’horreur de tous les temps, je suis d’avis que la force de Stephen King réside dans sa façon de décrire les relations interpersonnelles. C’était le cas à sa grande époque commerciale, tel The Shining, mais il semble avoir développé ce talent davantage dans les dix ou quinze dernières années. Il a écrit ce que je considérerais être l’une des plus touchantes – sinon LA plus touchante – de ses histoires d’amour dans 11/22/63, son livre où un professeur fait un saut temporel en arrière et tente de prévenir l’assassinat de John F. Kennedy. Rarement dans un roman, un film ou une série télévisée, pas même dans Mad Men, je n’ai eu autant l’impression de vivre et de respirer les années 60. L’époque, ainsi que les personnages, prenait vie, page après page, de manière saisissante.

C’est également le cas de ce roman, dont je viens de terminer la lecture, Joyland. Il fut lancé en 2013 par les éditions Hard Case Crime, firme qui se spécialise dans les romans de type « noir », les enquêtes criminelles et les récits d’hommes paumés, pris au piège dans les griffes de femmes fatales. La couverture de Joyland m’attirait beaucoup, arborant une peinture au style rétro sur laquelle on voit une jolie rouquine portant une robe verte, apparemment en détresse, avec en fond d’image une fête foraine. Non seulement j’avais envie de lire ce livre, mais si ça avait été l’affiche d’un film, je l’aurais regardé immédiatement.

Le roman se déroule en 1973. L’époque est reconstituée de manière fabuleuse (bien que je ne fusse pas né), non pas à grands coups de pinceaux, mais par petites touches subtiles, colorant ainsi l’arrière-plan, mais laissant la place nécessaire aux relations entre les personnages pour que celles-ci se développent.

Joyland se déroule donc à l’été et à l’automne 1973. C’est l’année des 21 ans de Devin Jones, étudiant de l’université du New Hampshire qui vient travailler au parc d’attractions Joyland en Caroline du Nord pour l’été. Dans ce parc, il fera la rencontre de la jolie Erin et de Tom qui deviendront ses amis pour la vie. Ensemble, ils apprendront le fameux langage parlé par les forains, ils amuseront les enfants jour après jour et, éventuellement, iront explorer ensemble la fameuse maison des horreurs qui se trouve au cœur du parc et dont on dit qu’elle est hantée par le fantôme d’une jeune fille qui y fut tuée quelques années auparavant.

Au-delà de ce récit de base, on retrouve également la relation entre Devin, un petit garçon handicapé et la mère de celui-ci, qui vivent non loin du parc. On a aussi la touchante relation téléphonique entre Devin et son père, récemment veuf. Enfin, au milieu de tout ça, Devin doit également composer avec son premier vrai cœur brisé. Ses 21 ans ne sont effectivement pas de tout repos ! Mais King tisse cette toile narrative de manière extrêmement habile. Bien qu’on soit tentés de croire en entrant dans cette histoire que l’horreur y occupera une grande place, ce sont plutôt les sentiments de Devin qui meublent le récit. Et c’est tant mieux.

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Les personnages sont si bien décrits qu’on les voit surgir de la page et vivre devant nous. La musique ambiante (les Doors, entre autres), les couleurs et les sons du parc d’attractions, ainsi que le vent et le bruit de la mer (toute proche du parc) font partie des différentes choses qui font frétiller nos sens tout au long de cette lecture passionnante. On tourne les pages avidement. Et bien que je n’aie pas nécessairement d’intérêt pour les parcs d’attractions en général (je ne les fréquente jamais), le simple récit des premières semaines de travail de Devin à Joyland, où il apprend les rudiments du métier, est raconté de manière si adroite que j’en aurais pris un livre entier.

Ce n’est pas le meilleur livre de King, mais il s’agit certainement l’un de ses plus touchants. Facile à lire, court, reconstituant habilement une époque que l’auteur chérit, Joyland est recommandé pour tous. Ce n’est pas une histoire d’horreur, mais plutôt un récit sur les traces profondes que l’amour et l’amitié laissent gravées en nous lorsque l’on entre dans l’âge adulte.

Notice biographiquechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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