Nouvelle, novella, haïkus et Tacite, par Alain Gagnon…

Dires et redires

Notes pour une réponse éventuelle à des étudiants qui m’ont demandé un court texte impressionniste sur l’art dehaiku la nouvelle. (Si c’est impressionniste, je veux bien…)

La nouvelle, c’est le haïku du prosateur qui se refuse à l’architecture à oubliettes du roman pour exposer, à la lumière implacable de la brièveté, un réel transfiguré, ciselé, dénudé. La nouvelle est à la littérature ce que la toundra et le désert sont à la géographie : lieux impitoyables et minéraux, où l’œil boit les horizons et se doit de s’attacher à des fragments infimes pour éviter sa propre fragmentation, sa dissolution dans l’Être.

À l’opposé, le conte, furtif et aguicheur, sans cesse propose ses grimaces complices et ses minauderies, ses sentes nocturnes et lascives, où palpite et s’embusque la Vouivre… Mais le stylo continue, sur la page crème et poreuse, sa marche dégingandée – flèche de Zénon à centre fou, tension vers ce papier de riz où toute encre sèche et disparaît avant que le tracé ne s’inscrive. 

Ouais… Au moins, ces étudiants apprendront-ils comment il ne faut pas écrire !

[Le chien de Dieu]

*

Mon recueil de novellas intitulé Trois visages d’Is progresse bien. La novella est un texte moyen, ni court, ni long, hérité de la culture médiévale d’Occitanie -un hybride ébahi qui, à la traîne dans une bretelle de l’autoroute littéraire, regarde passer les genres nobles et sourit avec la satisfaction de ceux qui savent avoir le temps, car leurs désirs ne les portent pas très loin. En fait, on écrit peut-être des novellas lorsque l’on se sent trop paresseux pour pondre un roman et pas assez talentueux pour ciseler une nouvelle.

9782213024974J’ai écrit jadis, dans un roman, quelque chose comme « s’enfoncer avec Tacite dans les certitudes du mal ». Je relis les Annales cette semaine et je me demande à quel point il a influencé mon style parfois minimaliste ou mes récits elliptiques, syncopés. Tacite est une très ancienne et itérative fréquentation. En traduction de versions latines d’abord, puis dans GF pour cet amour que j’ai toujours porté à l’histoire des humains. Tacite a utilisé un style journalistique avant la lettre, comme si l’espace lui était compté, chichement. À titre d’exemple, le premier paragraphe des Annales : en quelques lignes, on passe de la Rome des rois à celle d’Auguste, avec une grande sensation de vitesse et de densité, mais sans essoufflement… Six à sept siècles, faut le faire ! Et cet art du non-dit, de l’« à peine esquissé » auquel il a donné son nom -le « tacite ». Ainsi, cette phrase simple, mais pleine de connotations, à la fin du paragraphe 52 du Livre deuxième : « Les pères conscrits lui décernèrent les ornements du triomphe, distinction qui, grâce au peu d’éclat de sa vie, ne devint pas funeste à Camillus. » Combien ces deux lignes sont riches d’enseignement ? Que nous laisse-t-il pressentir ? L’envie d’abord qu’engendrait l’honneur suprême du triomphe ; la jalousie, la cruauté de la Rome de Tibère ; et l’insignifiance sociale du personnage honoré, Camillus… Tout cela suggéré, soufflé sans insistance, dans la plus pure tradition romaine du naturel, du mesuré, du non artificiel, de la gravitas… Il faudrait citer l’entièreté de l’ouvrage.

[Le chien de Dieu]

 L’auteur…

  • Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

    (Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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