Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

Confessions d’un accro des réseaux sociauxmediassociaux professionnels

« Bonne fête ! Passe une belle journée. » Voilà, dans son intégralité, le vœu d’anniversaire le plus répandu sur Facebook. C’est d’une tristesse…

Parfois je souhaiterais être en mesure de mettre ce vil réseau social derrière moi. Pourtant je fais partie de ceux qui s’en servent le plus. J’administre deux ou trois pages auxquelles les gens peuvent s’abonner, en plus d’avoir mon profil personnel. Mais, autant suis-je fasciné par les possibilités que m’offre le réseau, autant j’ai envie souvent de tout envoyer paître.

C’est que, voyez-vous, je fais partie de cette dernière génération qui aura goûté à « l’avant Facebook ». J’ai observé l’évolution des relations interpersonnelles au cours des années, une évolution influencée en grande partie par les réseaux sociaux, et plus précisément Facebook. J’ai constaté les changements. Contrairement aux jeunes nés à l’époque de l’explosion de ce service virtuel, il y a 7 ou 8 ans, j’ai eu le temps de vivre en tant qu’adulte dans un monde essentiellement différent.

Suis-je nostalgique ? J’ai de la difficulté à répondre. En fait, je déteste ce mot, « nostalgie ». Il me semble que les nostalgiques portent toujours des lunettes teintées en rose. J’ai d’ailleurs parlé plus précisément de ce qui déclenche la nostalgie chez les gens ici même il y a plus d’un an. Non, sans être tout à fait nostalgique, je suis plutôt déconcerté de la vitesse avec laquelle nos rapports changent.

J’ai appelé un vieil ami récemment pour son anniversaire. C’est quelque chose de tout à fait naturel à mes yeux, quelque chose que j’essaie de faire chaque année et qui me tient encore plus à cœur à mesure que j’avance en âge. Mais mon ami fut surpris de mon appel (« Tu t’es rappelé que c’est ma fête ?! »), et j’ai été moi-même surpris du fait que nous avons parlé pendant deux heures et demie, lors de cet entretien téléphonique. Chose inhabituelle en cette époque de règne des réseaux sociaux, et où les téléphones intelligents servent de moins en moins à… téléphoner.

Ce qui était banal à mes yeux, il n’y a pas si longtemps – c’est-à-dire de parler des heures au téléphone –, devient quasiment un exploit dont je retire un certain degré de fierté aujourd’hui. Parler deux ou trois heures au téléphone devient quelque chose dont j’ai envie de me vanter. « J’ai appelé mon ami, ça veut donc dire que je suis un très bon ami ! » Ridicule, n’est-ce pas ? Pourtant j’en suis là.

Mis à part cet ami (et quelques rares personnes), les autres anniversaires dans mon entourage (un entourage virtuel composé de près de 300 « amis ») me sont signalés au quotidien par Facebook. Un petit message (« Bonne fête ! Passe une belle journée ») et hop ! Ma bonne action est accomplie, passons au suivant.

C’est d’une tristesse…

Ironiquement, le jour de notre propre anniversaire est toujours excitant en cette époque facebookienne. On reçoit des dizaines, voire des centaines de vœux d’anniversaire. La vague d’amour qui semble nous submerger est impressionnante. Mais lorsque l’on y réfléchit de plus près, ces gens n’ont probablement – du moins pour la plupart – pris que quelques secondes, au plus quelques minutes, pour écrire ces mots qui perdent de leur sens et de leur force à chaque année. C’est mécanique, machinal, une tâche de plus à accomplir dans sa journée.

formation réseaux sociauxQuelle serait la solution ? Aimerais-je que les gens me téléphonent davantage ? Déjà, quand mon téléphone sonne, je deviens nerveux et agressif. Ça m’irrite et j’attends de voir si on me laissera un message. La spontanéité dans les relations humaines se perd.

Vous vous souvenez de cette famille dont je vous ai parlé ici qui a vécu une année entière en reproduisant l’année 1986 ? En faisant un retour sur l’expérience dans une entrevue au Globe and Mail, Blair McMillan a dit : « Je crois que notre maison fait peur aux gens. Les gens entrent ici et ils doivent mettre leur téléphone au rancart et sont obligés de converser. Ça leur est étranger de ne pas avoir de technologie pendant toute une journée et ne pas savoir ce qui se passe dans le monde. Ça les stresse. »

Et voilà. C’est stressant les anniversaires, les conversations téléphoniques. Les « autres » sont stressants.

C’est d’une tristesse…

 

Notice biographique432295_10151130281416193_857073040_s

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 

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