Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

Mon premier semi-marathon (réflexions éparses sur la vie et la mort)

Je n’étais pas nerveux ; non, le mot est trop faible.  J’étais terrifié.ADSC_0014

Courir un semi-marathon, c’est-à-dire 21 kilomètres.  À mes yeux, c’est énorme, voire ridicule.  Pourquoi faire cela ?

En même temps, je suis conscient que c’est bien peu de choses comparées à d’autres épreuves.  Terry Fox, par exemple, a couru l’équivalent d’un marathon par jour (42 kilomètres) pendant 143 jours consécutifs.  Et ce, avec une jambe artificielle…

Mon seul but était de terminer, me rendre jusqu’au bout, ne pas flancher.  Me prouver que j’en étais capable.

C’était le 23 février dernier – un jour avant mes 37 ans.  C’était ma façon d’affirmer au monde que je suis en vie, que j’aime la vie.  Que, comparativement à mon père décédé il y a six ans, à l’âge de 55 ans, et qui a passé la majeure partie de sa vie à s’alimenter de manière déplorable et à ne pas faire d’exercice, je suis en bonne forme et j’ai la ferme intention de demeurer en vie.  J’ai été longtemps sur la même pente dangereuse que lui, mais aujourd’hui je peux dire que j’ai complété un semi-marathon.

Je l’ai terminé en deux heures et vingt-sept minutes.  Un très mauvais temps pour tout coureur le moindrement compétitif, mais je suis fier d’avoir été au bout de l’épreuve.  Un jour, je ferai mieux.  Et un jour, je ferai un marathon complet, peut-être plusieurs.  Pour l’instant, je suis simplement heureux d’être en vie.  Grâce à ce sport, qui m’a fait perdre considérablement de poids et regagner l’estime de moi-même, de nombreuses portes se sont ouvertes – et j’ai franchi celle-ci avec fierté.

J’écris ce texte le jour de l’anniversaire du décès de mon père.  Il me manque terriblement.  Je l’aimais de tout mon cœur, et sa voix, ses conseils, sa présence me font défaut.  Chaque année, cette journée est difficile.

Et cette fois, c’est encore plus marquant pour une raison.

J’ai ouvert Facebook en me réveillant ce matin et j’ai vu la photo d’une fille dont le visage m’était vaguement familier dans une rubrique nécrologique.  Et puis, j’ai finalement allumé : cette fille, j’ai travaillé avec elle au début de février.  J’avais alors dégoté un petit emploi temporaire, et nous étions plusieurs à occuper le même travail.  Cette jeune femme, je l’avais remarquée pour son sourire radieux.  Et elle était gentille.  On a échangé quelques mots, sans plus.  Aujourd’hui, je regrette de ne pas lui avoir parlé davantage.

On m’a dit qu’il s’agissait d’un suicide.  J’ignore les détails ; j’ignore tout de sa vie.  Mais l’idée qu’il y a à peine quelques semaines, cette jeune femme de 28 ans avait toute la vie devant elle, qu’elle souriait, me parlait, et qu’aujourd’hui il ne reste plus rien de ce sourire, cela me fend le cœur.

Pendant que je courais mes 21 kilomètres le 23 février et que je vivais une certaine extase en réaffirmant mon désir de vivre, que vivait-elle de son côté à quelques jours de sa mort ?  Quelles étaient ses pensées, ses émotions ?

Ces pensées se bousculent dans ma tête.

deuil-600Je ne comprendrai jamais le suicide.  Ma joie de vivre a toujours été immense.  La vie est une chance.  Tellement de facteurs auraient pu faire en sorte que nous ne naissions pas.  La vie est une opportunité.  Il faut en tirer le meilleur.  On passe tellement de temps à se concentrer sur des choses futiles, à se préoccuper de ce qui ne le mérite pas.

Lors de l’hommage au mort pendant la récente soirée des Oscars, il était frappant de voir le nombre de jeunes gens décédés au cours de la dernière année.  J’ai tellement peur de mourir jeune.  C’est quelque chose dont je suis devenu pleinement conscient lorsque j’étais penché sur le corps sans vie de mon père, il y a six ans.  Mon père qui n’a pas su profiter pleinement de sa vie, qui a travaillé avec acharnement pour une retraite qu’il n’aura jamais connue.

Comme le chantait Ferland : « Je veux mourir ma vie, et non vivre ma mort. »  Je commence à peine à comprendre ces paroles.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique etdecinéma. Ila fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant 432295_10151130281416193_857073040_sPeterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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One Response to Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

  1. Eschylle dit :

    Respirer le temps
    s’accorder avec le sens
    partager la vie

    Sur un fil de vie
    compassion est conscience
    s’étoffe le cœur

    Aimé par 1 personne

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