Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

Alexis, dit le Trotteur, cheval du Nord

1888, à la gare de Roberval

1888, à la gare de Roberval

C’est en 1860 que les terres de l’arrière-pays de Charlevoix accueillirent un nouveau-né qui allait devenirmalgré lui une légende du folklore québécois : Alexis Lapointe.  Il grandit en plein cœur d’une famille nombreuse, typique de l’époque.  Son père était cultivateur.  Très jeune, il développa un intérêt marqué pour les chevaux.  Il vouait toute son admiration à cet animal qui représentait la robustesse, la vaillance et l’endurance.  Son imaginaire d’enfant était possédé à un point tel qu’il se crut lui-même un cheval, né sous une forme humaine.

Alexis observait les chevaux et ses pieds piétinaient le sol.  Il possédait des jambes et des genoux d’une puissance incomparable.  Sa tête balançait d’un côté, de l’autre, et son nez reniflait en s’ébrouant…  Sa chevelure folle flottait dans le vent.  Avant de saisir une gerbe de foin et de la mâchouiller, il poussait un hennissement qui résonnait jusque dans la cuisine d’été de la maison familiale.  La mère d’Alexis, bouleversée par tout ça, en échappait les ustensiles qu’elle s’apprêtait à installer sur la table.  En effet, les parents du jeune homme trouvaient ses agissements plutôt particuliers…  Mais ils croyaient qu’il s’agissait d’états d’âme passagers.  Ce ne fut pas le cas.  Avec l’âge, les comportements excentriques d’Alexis se multiplièrent.

La nouvelle, voulant qu’un « homme-cheval » habite les environs, se répandait.  Chaque samedi, sur le coup de midi, la foule de curieux s’entassait sur le lopin de terre des Lapointe.  Elle prenait place le long des pieux de cèdres dans les champs pour assister aux courses d’Alexis « le centaure » contre les plus rapides étalons de la région.  L’intensité du moment qu’il vivait était palpable.  Alexis allait même jusqu’à se fouetter les muscles avec une hart pour se stimuler.  La sueur qui coulait de son front perlait au soleil, les cris de stupéfaction des spectateurs étouffaient le râlement des bêtes, tandis que la poussière levait au ciel.

Certaines commères repartaient en le traitant d’imbécile sans attendre la fin du divertissement, d’autres le voyaient comme un amuseur public ou un athlète d’exception.  L’homme, qui voulait sans cesse relever des défis, se mit à battre à la course les premières automobiles qui apparurent dans la région et même des trains à vapeur.

Plusieurs membres de la parenté et des habitants du village le considéraient comme un idiot, ne l’acceptaient pas ou l’enviaient.  Certes, « le Trotteur » était différent des autres et le savait.

Malgré les préjugés, il resta authentique et fier de ses exploits.  Prenant plaisir à épater la galerie avec ses prouesses, ce nomade vivait au gré du vent.  Une anecdote veut qu’un jour, sur le quai de La Malbaie, son père refusa qu’il embarque sur le bateau qui allait le mener à Bagotville, soit douze heures de navigation.  Alexis entreprit le voyage au trot, un trajet de cent quarante-six kilomètres.   Il attendit sur le quai pour attraper les amarres du bateau à l’arrivée de son père.

Il était attristé par la difficulté qu’il avait à séduire les femmes.  Bien que passionné de tout ce qui portait jupon, il demeura célibataire.  Très peu instruit, il se disait qu’il y aurait toujours du travail manuel pour lui permettre de gagner son pain, il n’en voulait pas plus.  Son corps vieillissant, n’étant plus apte à maintenir le rythme de ses jeunes années, il est devenu homme de chantier, presque oublié des siens.

Il mourra sur un pont, heurté par un train, en 1924.  Cet accident est survenu sur le chantier de la centrale hydroélectrique Isle-Maligne à Alma, au Lac-Saint-Jean.

Celui que l’on nommait le « cheval du nord » aurait certainement voulu être apprécié à sa juste valeur alors qu’il vivait.  L’image de ce personnage m’apparaît souvent quand je traverse une voie ferrée.  Je crois que chaque homme laisse une trace derrière lui pour les générations à venir.  Elle peut se trouver en des endroits insoupçonnés, il nous suffit d’ouvrir les yeux.

Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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