Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

La boîte à cafards

 Sur le pavé de la rue piétonne, deux silhouettes aux regards accrochés avancent l’une vers l’autre. 8607574-la-silhouette-des-amoureux Jusqu’à se retrouver nez à nez, et presque bouche à bouche.  Jusqu’à n’en faire plus qu’une sur ce pavé mouillé qui les voit s’emmêler.  Et de cette silhouette sortent soudain mille bras qui semblent s’agiter.  Ils s’enlacent, s’embrassent, s’enlacent encore, et en un éclat de rire, effacent cette foule qui les scrute d’en bas.  Lui, effleure sa longue chevelure, la main tremblante.  Elle, perd un fragile sourire, le regard qui pétille.  Et puis vient effleurer leurs tympans une farandole de mots.  Des mots sucrés qui pansent les plaies.  Des mots brûlants qui réchauffent les cœurs.  Des mots d’Amour.  À jamais.  Pour toujours.  Des mots légers qui rebondissent un instant avant de s’envoler.  Mais personne ne verra ces mots-là prendre déjà le large.  Personne ne leur courra après ni ne les rattrapera à bout de bras, ces mots-là.  La silhouette n’est plus qu’un cœur qui bat.  Alors elle ne bouge pas, et infiniment bat.

Mais lorsque le cœur de la silhouette bat un peu moins vite, un peu moins fort et qu’elle relève soudain la tête, elle se demande enfin où ils sont partis, tous ces mots-là.  À s’en tordre le cou, elle scrute les yeux du monde pour s’en revêtir, encore frêle un instant.  Mais ces mots-là semblent perdus à tout jamais, volatilisés en un hier évanoui.  La silhouette accroche son regard à un dernier croissant de lune, et en un impossible cri, tombe à terre.  Le ciel est en colère, alors le tonnerre gronde et un premier éclair vient foudroyer la silhouette à terre.  Une vive douleur transperce celle qui se scinde soudain en deux morceaux aliénés.  La silhouette n’est plus.  Son cœur ne bat plus.  Ni trop vite.  Ni trop fort.  Elle s’éteint sans un bruit, sur le pavé mouillé qui la voit se déchirer.

Au petit matin, sur le pavé de la rue piétonne, deux silhouettes aux regards perdus reprennent leur chemin.  L’une à gauche.  L’autre à droite.  Sans but et sans dérive, fébriles devant cette nouvelle porte qu’il leur faudra ouvrir.  Mais devant chaque porte, chacun d’eux trouvera une petite boîte couverte de poussière.  Alors ils se poseront, chacun devant sa porte, et ouvriront cette boîte, et remonteront le temps.  Dans cette boîte, tous deux retrouveront un peu tard, ces mots-là trop légers qui s’étaient envolés.  Des sobriquets tout doux.  Ma princesse.  Mon Amour.  Des Je t’aime pour la vie.  Des Nous est le plus fort.  Des Veux-tu m’épouser ?  Et des Je t’attendais.  Mais en ce matin-là, ces mots-là ne sont plus qu’écœurants, oppressants.  Plus du tout sucrés, ni même chauds, ils donnent juste la nausée à ces deux silhouettes que le pavé mouillé distingue dériver le long d’amers regrets.

Mais qui toujours vole ces mots du premier jour ?  Ces promesses en suspens qui font battre le cœur des silhouettes bêtes qui s’aiment un peu trop vite.  Mais qui toujours rend ces mots le dernier jour ?  Et les transforme soudain en d’immondes cafards qui grouillent encore un temps sur la plaie béante de celle qui ne sera jamais… drapée d’éternité.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

Une réponse à Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

  1. Eschylle dit :

    Un instant, j’ai cru que la deux-pattes auteur de cet article connaissait la légende des hommes-femmes, ces êtres complets autrefois et qui provoquèrent la colère de la toute-puissance… si bien qu’ils furent séparés en des êtres incomplets : les deux-pattes ; et ces derniers furent condamnés à errer sans cesse en quête de leur moitié…
    Pour moi qui suis un chat, je comprends combien difficile peut être leur vie, mais il leur reste les mots pour chercher en eux-mêmes cette moitié disparue…
    Eschylle

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