Chronique d’un été, par Alain Gagnon…

Jargeau et bois-pourri…

Chaque saison possède ses couleurs, ses bruits, ses odeurs qui sont autant de déclencheurs de souvenirs enfouis et de confirmations subjectives que nos perceptions sont en accord avec le calendrier officiel.

imagesUn samedi, je revenais d’un petit déjeuner à La Baie par cette Petite-Suisse saguenéenne : le rang Saint-Joseph.  À l’un des nombreux détours de la route, au pied d’une colline, une masse mauve a attiré mon attention.  Je me suis arrêté pour me rendre jusqu’à une clôture, qui borde la route asphaltée, et me replonger dans l’enfance en rendant hommage au  Jargeau (Vesce Jargeau).  Dressées sur leur tige, entourées par un fouillis de feuilles étroites, ces petites fleurs bleuâtres, pourpres ou bleues constituent à la fois l’un des ornements les plus communs et les plus délicats de nos étés.  Lorsque j’étais écolier, elles représentaient, avec les lilas, le début des vacances.  Elles symbolisaient ce temps de la liberté, des grandes chaleurs et de la vie au grand air en vêtements légers.  La fin des mois d’encabanement et d’emmitouflement d’un hiver rigoureux – que prolongeait, bien au-delà du mois de mars, un printemps qui n’en finissait pas de s’accrocher aux neiges et aux pluies froides.  Les bestiaux adorent cette plante semi-grimpante et multiflore.  Les enfants aussi : ses fleurs, qui telles de minuscules perles pourpres colorent les champs de la belle saison, ont un goût de miel très prononcé.

Ce même soir, nous prenions le frais sur le patio quand, du ciel, nous parvint un autre symbole de l’été, sous forme de bruit cette fois.  L’engoulevent bois-pourri.  « La voix nocturne de la forêt », comme l’appelle le célèbre naturaliste américain Roger Troy Peterson.  Les anglophones le désignent sous le nom de Whip-Poor-Will.  Si l’on récite cette phrase assez rapidement, en accentuant le Will, on a une idée approximative de son cri.  Les oreilles francophones entendraient plutôt bois-pourri, bois-pourri, bois-pourri…  De là son nom dans la langue de Molière et de Vigneault.  Ce cri mélancolique, cet images (1)insectivore à grande bouche gobeuse le pousse sans cesse lorsque, dans les crépuscules de l’été, il survole aussi bien les milieux urbains que la forêt de conifères ou de feuillus en pourchassant les moustiques.   On le nommait jadis le chie-maringouins.  Son cri, son vol rapide en cercle, que lui permettent des ailes robustes et arrondies, coïncident toujours avec l’arrivée des maringouins, brûlots et autres insectes assoiffés de sang humain, qui sont la terreur des amoureux du plein air en juin et juillet.

Jargeau et bois-pourri ont crié « Présents ! ».  L’été est là.  Rangeons nos bottes et nos pelles, et sortons nos parasols…  Pour quelques semaines !…

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

3 réponses à Chronique d’un été, par Alain Gagnon…

  1. Eschylle dit :

    Été dans le ciel
    l’engoulevent-bois-pourri
    cri mélancolique

    J’aime

  2. Jean-Marc Ouellet dit :

    Je me délecte de tes magnifiques chroniques, Alain. Vivre l’été alors que la fenêtre givrée cache la neige qui s’accumule. Quel bonheur ! Merci.

    Jean-Marc

    J’aime

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