Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

Le gai de service…

Dans l’excellente série télévisée Masters of Sex, diffusée les dimanches soirs à Showtime depuis septembre dernier, on nous présente les déboires (réels) du docteur Bill Masters et de son assistante Virginia Johnson qui, dans les années 50, ont étudié de façon extensive la sexualité chez les deux sexes, faisant avancer à très grands pas les connaissances médicales à ce sujet, non sans se heurter, ce faisant, aux opinions coincées de certains, d’essuyer scandale après scandale et moult échecs.

La série, signée Michelle Ashford, est inspirée de la biographie de Thomas Maier intitulée Masters of Sex : The Life and Times of William Masters and Virginia Johnson, the Couple Who Taught America How to Love. L’écriture est intelligente, fine, et drôle, et je vous la recommande ardemment.

L’un de mes personnages préférés est joué par Beau Bridges.  Il est le doyen de l’université pour laquelle travaille le docteur Bill Masters.  Cet homme, Barton Scully, est un citoyen respecté, envié, marié depuis de nombreuses années à une femme belle et intelligente.  Par contre, il cache un secret.  Un secret que Bill Masters découvrira lors de ses recherches auprès de prostituées : Barton Scully voit en secret des prostitués mâles.

Ce qui aurait pu être traité de façon grossière au fil des épisodes l’est plutôt avec beaucoup de délicatesse.  Le jeu sublime de Beau Bridges – qui n’a rien à envier en termes de talent à son populaire frère Jeff – y est pour beaucoup.  Ses yeux sont d’une expressivité sans pareille, il s’investit totalement dans ce personnage tourmenté, et j’y crois.  Je crois en cet homme, en son conflit intérieur, ses déchirures.  Lorsque sa femme le confronte et lui met sur le nez ses absences ou le fait qu’il ne la regarde plus, ne la touche plus, ses remords sont palpables.

Et lorsque Bill Masters se sert de son information « privilégiée » pour faire chanter le doyen Scully, permettant ainsi à ses recherches controversées de se poursuivre en toute quiétude, l’expression sur le visage de ce dernier vaut mille mots (et bien davantage).  La trahison de son vieil ami, qui se sert d’une « faiblesse de son caractère » pour obtenir ce qu’il désire, le perturbe profondément.

J’ai toujours énormément de sympathie pour les personnages gais dans les séries que je regarde.  Et je me rends compte que pratiquement chaque grande série a aujourd’hui le sien, ce qui peut être agaçant en quelque sorte, car il y a risque que le personnage en question ne soit que le « gai de service », mais certains sont traités avec finesse.  La plupart même.  C’est quasiment un cliché de dire qu’on a fait du chemin depuis André Montmorency dans Chez Denise, mais c’est bien vrai.

Prenez Salvatore Romano dans les premières saisons de Mad Men ; ce dessinateur gai vivait dans le placard, était marié à une jeune femme au foyer typique des années 60, menait une vie en apparence « normale » et se refusait à voir lucidement sa « situation ».  On l’a perdu de vue il y a quelques saisons, et j’ignore s’il est dans les plans de le faire revenir un jour – j’aimerais bien savoir où il en est à l’approche des années 70 –, mais le personnage a laissé sa marque dans l’imaginaire des amateurs de la série.  Tout le monde l’aimait, nous aimions tous son conflit intérieur, ses tentatives maladroites de s’intégrer aux autres, de sembler « normal ».  L’acteur Bryan Batt, en couple dans une relation gaie depuis plus de 20 ans, jouait ce rôle avec réalisme.  Sans doute que son expérience personnelle nourrissait son jeu.

Je suppose qu’aussi désireux de dénicher un rôle qu’un acteur puisse l’être, il serait quasiment impensable pour un homosexuel de jouer à « la tapette » dans un film ou une série de nos jours, et d’ainsi faire reculer la cause et ternir l’image des homosexuels.  On est loin de la caricature de l’homosexuel dans le film de 1984 Beverly Hills Cop, avec Bronson Pinchot et son personnage efféminé prénommé Serge, et c’est tant mieux !

Est-ce que cela est dû au fait que davantage d’homosexuels et de femmes écrivent les séries télé, y apportant une sensibilité différente que celle « macho » à laquelle nous étions auparavant habituées ?  Michelle Ashford, de Masters of Sex, avoue que son équipe d’auteurs est presque entièrement féminine, mais selon elle il s’agit davantage d’une coïncidence que de quelque chose de volontaire.

Pourtant, même dans des œuvres essentiellement « de gars », on retrouve des personnages homosexuels intéressants.  Par exemple, Angela Darmody dans la série Boardwalk Empire qui se passe dans l’Amérique des années 20 (une série écrite par un homme straight marié, Terence Winter).  L’un de mes personnages préférés, Angela, est une jeune artiste mariée à Jimmy, un gangster pur et dur.  Secrètement, elle entretient une relation homosexuelle avec une amie, et leur histoire est très bien traitée à mon avis, hormis les scènes de sexe qui n’ont pas toujours lieu d’être, mais qui sont écrites et filmées par des hommes, donc ceci explique cela.

Chaque série doit-elle aujourd’hui avoir son personnage gai ? Cela semble être le cas…  Downton Abbey et le personnage de Thomas, 19-2 et Bérangère, etc.   Et je ne parle pas ici des œuvres où les homosexuels sont « célébrés », comme Glee, une série qui atteint bien son objectif : aider les jeunes auditeurs homosexuels à s’accepter.  Ce que je conteste, c’est le fait d’insérer à tout prix un homosexuel pour pimenter le récit.

Ceci étant dit, je vois tout de même d’un bon œil qu’on retrouve des personnages gais.  Cela inspire des gens à sortir du placard ou, du moins, à se sentir mieux dans leur propre peau en étant témoin des déboires d’autres homosexuels à des époques aussi dures ou plus dures que la nôtre.

Plus on en parle, plus on expose les gens à cette réalité, plus on aide à contrer l’intolérance, et ça, c’est très positif.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et decinéma. Ila fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

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One Response to Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

  1. roses57 dit :

    J’aime bien et je partage

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