Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

 Demain sera sans rêves de Jean-Simon Desrochers

Ils étaient quatre, quatre qui vécurent ensemble leur jeunesse : Catherine, Myriam, Marc et son frère cadet, Carl.  Mais Marc à trente-trois ans se suicida.   On pourrait croire  que c’est la fin ; ce n’est que le début.  Marc connaîtra, au moment de mourir, la plus singulière des aventures.  Son esprit sera envahi par les souvenirs futurs (eh oui, je sais bien qu’il s’agit d’un oxymoron, mais tout le roman est construit sur ce paradoxe apparent) de Carl, Catherine et Myriam.  En effet, la technologie d’un lointain avenir permettra aux compagnons de Marc devenus vieux de transmettre leur expérience à ce dernier au moment de son trépas.

Carl sera hanté jusqu’à la fin par le souvenir de son frère.  Pourquoi, se demandera-t-il, en est-il venu à cette extrémité ?  Cette question, comme une douleur lancinante, ne le quittera pas.  Il cherchera la réponse dans la thèse de doctorat qu’avait entreprise Marc.  Finalement, lui qui n’avait jamais montré de grande aptitude pour les études, il s’inscrira à l’université pour comprendre, sans doute, un peu mieux son frère suicidé.

Catherine, elle, subira longtemps un destin malheureux.  Elle connaîtra la drogue, la prostitution.  Plus tard, devenue travailleuse humanitaire en Afrique de l’Ouest, elle subira plusieurs viols.

Quant à Myriam, elle qui fut toujours une fille très rationnelle, elle deviendra astronaute après avoir fait de brillantes études.

Croyez-moi, ce résumé, qui ne sert qu’à vous introduire à l’intrigue, ne rend pas justice à Demain sera sans rêves, l’un des romans les plus fascinants que j’aie lus.  Il faudrait parler du style, généralement simple, direct, efficace, qui en peu de mots rend compte de situations parfois très complexes.  Et puis il y a ce fait majeur que la plus grande partie du roman est écrite au « vous », si bien que le lecteur, pour peu qu’il s’abandonne, a l’impression de devenir chacun des trois personnages qui partagent leur mémoire avec un Marc Riopelle agonisant.  Par ailleurs, il faut mentionner que le texte se présente sous forme de fragments séparés par des blancs, ce qui à mon avis est un choix très judicieux de l’auteur.  En effet, il me semble que c’est ainsi que fonctionne notre mémoire, par flashes qui sont autant de faits saillants du passé que séparent des instants d’absence (absences salutaires, à mon avis : celui qui se souviendrait de tout dans une parfaite continuité ne pourrait plus inventer sa vie).  Enfin, il faut ajouter que c’est avec beaucoup de subtilité, sans insistance, que Jean-Simon Desrochers crée un univers science-fictionnel parfaitement convainquant.  En fait, cet univers, on l’accepte comme une pure évidence (et évident il doit être puisqu’il est constitutif du quotidien des trois personnages qui survivent à Marc).  L’un des éléments qui nous font accepter immédiatement ce monde de technologies nouvelles est sans doute ce fait que l’auteur a su inventer des néologismes qui dans leur contexte sont immédiatement compréhensibles (« holocran », « comlink », etc.).

En somme, je ne puis que vous conseiller la lecture de ce roman qui est vraiment d’une très grande beauté.

Jean-Simon Desrochers, Demain sera sans rêves, Les Herbes Rouges, 2013.

Notice biographique

Frédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)

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