Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

Le trappeur

Personne ne connaissait le prénom qui lui avait été donné à la naissance : depuis toujours on l’appelait Le Loup, et cette identité convenait.  En le voyant, l’image qu’il projetait ne trompait pas : c’était un homme des bois qui ne pensait ni ne vivait comme les autres.

Il portait des vêtements vieillots et rapiécés.  Sa longue chevelure était grisâtre et son regard intelligent.  J’arrivais à percevoir un visage aux traits raffinés que dissimulait une barbe.  Certes, il ne laissait pas pousser ses poils pour cacher une cicatrice.  C’est avec fierté qu’il disait se préparer pour affronter les froideurs de l’hiver.  Ce lainage rendait jaloux les imberbes.

Son enfance fut agréable.  Son père, un agriculteur, lui avait appris à travailler durement pour gagner son pain.  Dès cinq heures, au petit matin, le jeune enfilait une salopette et allait traire les vaches.  Il courait dans les champs labourés jusqu’à apercevoir la lisière de forêt.  L’appel de la nature le possédait.  Souvent, il prenait plaisir à s’amuser dans les bois jusqu’à l’épuisement et s’endormait à l’ombre des grands conifères.  Il était là, dans son univers, en terres accueillantes.

Le Loup avait compris le cycle de la vie en regardant les plantes émerger du sol, fleurir, propager leurs semences et mourir.  Ce personnage singulier avait choisi de vivre en retrait de la civilisation, dans le fin fond des bois, et de devenir trappeur.  Certains villageois le traitaient d’idiot ; moi, je le voyais comme un réfugié volontaire.

Le savoir qu’il avait acquis était dû, en grande partie à ses amis amérindiens qui lui avaient enseigné plusieurs techniques de chasse et le langage des animaux.  Cet homme ne craignait pas le hurlement des loups.  L’hiver venu, le froid et les grands espaces lui rappelaient qu’il avait le sang chaud et devait en tout temps s’adapter aux conditions climatiques pour ne pas être malade ou mourir gelé.

Selon lui, l’essentiel en forêt était de savoir faire du feu sans allumettes.  À l’aide d’un archet, d’une lanière de cuir, d’un bâton et de fibres de bois, il jouait du violon et l’air s’enflammait !

Les plats qui mijotaient dans son chaudron de fonte étaient délectables.  Les saveurs du terroir s’accentuaient par le mélange d’assaisonnements à base de feuilles, de racines, de mousses, de graines, de fruits et de sucs contenus dans les viandes sauvages.

Ce chasseur pratiquait le piégeage.  Ces peaux étaient à leur meilleure en saison froide de par la densité de leur fourrure.  Le Loup était rusé et ingénieux.  Ses pièges, placés à des endroits stratégiques, en témoignaient.  Certains, construits avec des perches, suspendaient d’un coup la bête au-dessus du sol.  D’autres noyaient l’animal sous la glace.  Il se servait d’arbres renversés au-dessus des ruisseaux pour y dissimuler des pièges et réussissait même à attraper des loutres dans des cabanes de castor.

Je prétends qu’on le nommait Le Loup, car il ressemblait curieusement à l’animal éponyme, physiquement, mais aussi de par son attitude.  Le printemps venu, il se pointait au village pour vendre ses peaux.  C’est comme s’il entrait en territoire étranger et que les habitants acceptaient difficilement ses différences.  C’est avec plaisir qu’il saluait les gens qui osaient le regarder dans les yeux.  Tel un vieux loup solitaire, il repartait.  Ceux qui se sont attardés à ses expériences de vie, aux connaissances qu’il aimait transmettre, s’en sont enrichis.  Je suis heureuse de l’avoir côtoyé.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue :virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

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One Response to Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

  1. Stéphane dit :

    Portrait de l’homme sauvage : du pinceau jusqu’à la pointe sensible de la plume, vous dessinez son mystère… Merci Virginie.

    Je me permets de faire écho à votre texte avec ce poème :

    Vieux loup de mer

    Vieux loup de mer,
    Le goût de l’écume
    Brûle tes babines.
    Ta gueule de houle
    Essuie une lame :
    Une déferlante
    D’âpres souvenirs !
    Hélas ! Sous ta quille,
    Les saisons salines
    Ne s’allongent plus.
    Elles ne glissent plus
    Sur ta coque humide
    Avec leurs éclats
    D’ombres écarlates.
    Vieux loup de mer,
    Ce n’est plus la mer
    Qui te fait tanguer ;
    Mais, le mal, austère,
    Qui ronge ton corps.
    Comme un nouveau-né,
    Tu trembles : esquif
    Fragile du temps.
    Tu serres les poings ;
    Où sont ces parfums
    De malt, de vanille ?
    Où sont ces colliers,
    Cœurs des vahinés ?
    Et, tes mains voudraient
    Plonger dans le bleu
    D’un ciel idéal,
    Entre les rayons
    D’une barre moite,
    Tourbillonnant comme
    Un soleil de bois.
    Soudain, tu reviens
    De ce long voyage ;
    Et dans tes yeux clos
    Danse le sourire
    Sinueux des vagues.

    © Stéphane, le 5 décembre 2010

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