Dires et redires : style et contraintes, par Alain Gagnon…

Dires et redires :

Pour se transformer en énergie, le vent doit rencontrer un obstacle : ailes d’un moulin, voiles d’un voilier…  La contrainte est la condition non suffisante, mais nécessaire à la création d’énergie.  De même pour l’inspiration.  Pour que l’inspiration accouche d’un texte valable, elle doit se heurter, puis se plier à une esthétique.  Sinon, nous obtenons soit des romans de gare, soit des best-sellers aux intrigues habiles, mais sans style, sans signature véritable.  Ou encore de ces premières œuvres généreuses, mais débridées, car l’écrivain ou l’écrivaine ne possédait pas encore l’armature stylistique nécessaire pour plier et faire donner l’inspiration.

Parfois, je m’ennuie de ces Français qui, vers la fin de leur vie, n’étaient plus que maîtrise — Marcel Arland, entre autres.  Ils n’avaient plus grand-chose à dire, mais ils le disaient si bien.

À quel moment l’esthétique se sclérose-t-elle ?  Ne devient plus support à l’expression, mais la réprime ?  Aussi difficile à démarquer que ce moment où le buveur passe du statut de buveur social à celui d’alcoolique.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

*

Hegel

Hegel

Dieu que Hegel et Heidegger m’ont donné de la difficulté jadis !  Je peinais sur les textes, me déchirais l’entendement contre leurs fumeuses élaborations, sachant qu’il y avait là des appréhensions primordiales sur le réel, sur l’Être et sur le devenir.  J’en sortais découragé de moi-même.  Jusqu’au jour…  Jusqu’au jour où je me suis mis à les lire comme je lis les poètes.  Tout devint alors clair et fécond.

Les philosophes germaniques, il faut apprendre à les lire ; on doit éviter de les lire comme de tarabiscotés échafaudeurs de systèmes -ce qu’ils sont malhabilement.  Lisons-les plutôt comme des poètes et partageons leurs intuitions fulgurantes.  Ou mieux, lisons-les comme on écouterait un musicien.  Ils sèment des accroissements de conscience, engendrent des sagesses soudaines dont on se serait cru bien incapable.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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One Response to Dires et redires : style et contraintes, par Alain Gagnon…

  1. Stéphane dit :

    Bonjour Alain,

    Artifice de rhétorique, cacographie et croassements du vers, rythme saint taxé, du foehn dans les plumes, du vent sous la casquette, l’écrivain tire souvent la langue sous le nez de ce miroir blanc qui accueille, en ombres chinoises, le défilé de figures de style en cale sèche…

    Sur le cadavre encore chaud d’une oie de Guinée ou d’un canard de Barbarie, le poète, en quête d’inspiration, ose parfois prélever un spécieux plumet, panache de plumitif, avant qu’une noire marée ne l’englue.

    Il n’est point aisé de coller les chimères au train et de peindre la girafe onirique avec l’encre d’Eschyle.

    Merci pour vos savantes réflexions.

    J’aime

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