Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

Cette misogynie qu’on tolère

Je ne comprendrai jamais les misogynes.

Particulièrement ceux qui se cachent derrière leur écran d’ordinateur, si fiers de leur fausse supériorité et de leurs propos blessants.  Ne voient-ils pas le mal qu’ils causent ?

Récemment, la jeune chanteuse du groupe pop Chvrches, Lauren Mayberry, a écrit un texte qui fut publié dans le quotidien britannique The Guardian.  Elle y parle des nombreux, très nombreux commentaires qu’elle reçoit par le biais de la page Facebook du groupe ainsi que par courriel, et qui sont de nature misogyne.  Pas tous, mais plusieurs d’entre eux.  Et elle essaie de s’expliquer cette attitude.

Plusieurs des messages qu’elle reçoit parlent de vouloir lui faire l’amour de manière extraordinaire, de la sodomiser ou encore de carrément la violer.  Et ça ne s’arrête pas là.  Tous ces textes puérils et dénués d’empathie sont écrits par des hommes.  Et Mayberry se défend bien d’en avoir contre les hommes – au contraire, elle dit être entourée dans sa vie d’hommes extraordinaires et attentifs, à commencer par les membres de son groupe.

En ce qui me concerne, je me désole qu’on en soit toujours là à notre époque.

Pourquoi ?

Si je pouvais m’adresser à l’un de ces hommes habités par une telle haine, je lui demanderais tout simplement : pourquoi ?

En quoi cette femme représente-t-elle une si forte menace que vous vous sentiez obligés de la blesser ainsi par des propos dégradants ?  En quoi son existence met-elle en péril la vôtre ?

« Do you hate her, ‘cause she’s pieces of you? »  – Jewel

J’en ai contre les hommes qui dénigrent les femmes.  Ceux qui sont tellement fiers de leur virilité qu’ils en oublient que la femme et l’homme sont égaux.  Et qui du même coup sont tellement pleutres qu’ils vitupèrent les femmes du haut de leur clavier.  Ces hommes qui, probablement, bandent mous auprès de leur femme, mais passent leur temps libre à se satisfaire de pornographie.

Je fais une grosse généralisation, je sais.

J’en ai contre l’intolérance tout court.  J’en ai plus qu’assez des propos racistes que j’entends ici et là, surtout depuis cette histoire de Charte dans les médias.  Et j’en ai assez du sexisme, de toutes ces personnes qui se sentent obligées de clamer haut et fort leur suprématie imaginaire.  J’en ai assez !

Si vous êtes un homme, un vrai, qui respectez vos proches, et bien je vous invite à lire la lettre de Lauren Mayberry (texte anglais seulement).  Je sais que les autres, malheureusement, ne la liront pas.  Simplement parce qu’une femme l’a écrite.

N’enseigner que les auteurs « sérieux »

Virginia Woolf

L’auteur, journaliste et enseignant David Gilmour a beaucoup fait parler de lui récemment.  Je copie ici un segment d’un article de Radio-Canada publié le 26 septembre, pour vous mettre en contexte :

« L’auteur et journaliste canadien David Gilmour, qui enseigne à l’Université de Toronto, ne s’intéresse pas aux livres écrits par des femmes, et pour cette raison, il ne les enseigne pas.

« L’auteur a confié ces propos à la maison d’édition Random House, qui les a publiés sur son blogue, Hazlitt, plus tôt cette semaine.

« Seule Virginia Woolf trouve grâce à ses yeux.  Pour le reste, il conseille plutôt à ses étudiants de changer de cours.

« David Gilmour poursuit en expliquant ne choisir que les auteurs qu’il aime ‘vraiment’, soit de ‘vrais hommes’, ‘sérieux et hétérosexuels’, comme F. Scott Fitzgerald, Tchekhov, Tolstoï, Henry Miller, Philip Roth. »

Comment peut-on défendre contre de tels propos ?

J’ai eu un prof de littérature qui m’a dit un jour que la littérature ouvrait toutes les portes.  Il me semble, et c’est très personnel comme opinion — je suis peut-être dans le champ – qu’une personne passionnée par la littérature devrait s’intéresser au plus grand nombre de choses possibles et tenter constamment d’élargir ses horizons.

Prenez par exemple le chanteur David Bowie, qui vient de dévoiler la liste de ses 100 livres préférés.  Il y a de tout dans cette liste, et par des auteurs des deux sexes.  Voilà les goûts de quelqu’un de cultivé, de quelqu’un qui est ouvert d’esprit.

Je n’ai rien vraiment contre David Gilmour.  J’ai beaucoup aimé son livre The Film Club, je vous en ai même parlé ici.  Mais cette idée de ne s’intéresser qu’à des auteurs qui nous ressemblent, dans la même tranche démographique que soi, et de dénigrer les auteures, je trouve cela aberrant.  Personnellement, mon paysage littéraire ne serait pas complet sans les Beauvoir, Fred Vargas, Agatha Christie, Daphné Du Maurier, Mary Shelley, Helen Fielding, J.K. Rowling et plusieurs autres.  Comme si je décidais, dans mes fonctions de critique musical, de ne parler que de chanteurs blancs dans la trentaine.  Ça me limiterait pas mal.  Et ça m’empêcherait de goûter à toutes les saveurs que le reste du monde a à m’offrir.

Pourquoi se concentrer sur son propre nombril ?

Finale de Breaking Bad

Il n’y aura aucune révélation sur les différents éléments de l’intrigue de Breaking Bad ici.  Donc vous pouvez lire l’esprit tranquille.

Regardez-vous cette série télévisée ?  Moi j’en étais accro.  Et cette finale…  Que dire de cette finale ?

Ça m’a plu, ça m’a satisfait, ça m’a fait rire, ça m’a ému au plus haut point…  Ce n’était pas parfait, mais c’était ce que je désirais en tant qu’admirateur.  Vince Gilligan, son créateur, a créé un univers complet, riche, habité par des personnages aussi divers qu’attachants.  Cette série restera dans les annales de la petite histoire de la télé.

Et maintenant, on regarde quoi ?

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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2 Responses to Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

  1. Stéphane dit :

    Bonjour Jean-François,

    Une chronique « coup de gueule » qui fait trembler les mufles et hérisse le poil des machos men ! Je me lance à quelques supputations (ceci n’est pas une insulte misogyne, je vous rassure) pour tenter de comprendre l’attitude de certains petits goujats, et c’est un tendre euphémisme. Décidément, la langue française a toujours le substantif féminin qui convient.

    J’imagine que la « mise au jean » (sans citer une toile denim, bleu coton de marque, mais pour le jeu de mots) de la gent féminine froisse les esprits mâles qui lui préfèrent le voile intégral muni d’une jolie grille pour y laisser mourir la lumière (ce ne sont pas des monstres, tout de même !).

    En outre, ces bonnes âmes phallocrates exorcisent (à défaut d’exciser) leur problème de jouissance par la voie pathologique de l’humiliation du Féminin ; aussi, nous pourrions fouiller avec scanographe du côté (pas de chez Swann), mais de leur psyché, usant des techniques d’approche de la psychanalyse moderne, car ces sauvages cachent, probablement, de lourdes carences en amour maternel, en lait, en sein, en caresses, etc.

    Ce dégoût de la femme voit peut-être sa genèse dans l’une des viriles cavités de leur cerveau moulé au cœur d’une meule d’emmental français. Des trous, des petits trous… leur cortex aurait inspiré le  » Poinçonneur des lilas » à Gainsbourg. Ces charmants individus — qui situent leur pouvoir au niveau de l’entrejambe — me laissent présager, sans me moquer, de la mollesse de leur argumentation, de l’insignifiance de leur propos.

    Ils usent de leur fronde à défaut de savoir bander… l’arc d’Éros.

    Si seulement, si seulement si… ils pouvaient être précoces en amour et respecter la Femme dans toute sa dimension humaine. À ces dames, offrez des fleurs, des bonbons et pas des coups ou des injures, vous seriez bien moins lamentables, et surtout, plus présentables. Merci pour cet article.

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  2. Et merci infiniment à vous pour cet éloquent commentaire.

    J’aime

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