Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

Le grain de Terre

  

Terre au loin sous les anneaux de Saturne

Où étiez-vous le 19 juillet dernier ?  Au travail ?  En vacances, chez vous, au chalet, sous d’autres cieux ?  Vous ne vous en souvenez pas ?  Eh bien, moi, je vais vous le dire où vous étiez !  Regardez la photographie ci-contre.  Vous étiez là, sur ce minuscule point de lumière, juste au-dessus de la flèche.  Sur la Terre !

Pas de truquage.  Une photo de notre planète à partir d’un point de vue inédit, unique, tout près de Saturne et de ses mythiques anneaux à 1400 millions de kilomètres de nous.  Cliché saisi par la sonde Cassini avec un appareil datant des années 1990 (la sonde nous a quittés en 1997) et rendu public par la NASA.  Imaginez : en zoomant à l’infini, nous pourrions nous y observer dans le bouchon de circulation, sur le terrain de golf ou à la plage.  De quoi se sentir petit.

L’univers est immense, et nous sommes minuscules, des grains de sable agités et belliqueux dans la jungle florissante et paisible de la nature.  Nous regardons le ciel, n’y remarquons que quelques fades nuages glissant sur une coupole bleu uniforme, nous croyons que la limite du monde est là, juste au-dessus de notre tête.  Dans son poème Le Couvercle, Charles Baudelaire a écrit : « Le Ciel !  Couvercle noir de la grande marmite où bout l’imperceptible et vaste humanité. » Inconscients de notre insignifiance dans l’univers, présumant de la suprématie de notre état, nous forgeons un quotidien égoïste, trop souvent au mépris de l’autre.  « Le néant, c’est l’univers sans moi. » écrivait le poète et écrivain français, André Suarès.  Nous vivons notre propre univers, un microcosme passager, fragile, indécis, restreint, pendant que l’univers s’éternise dans la cohérence et l’ordre.  « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. » ironisait Albert Einstein.

L’humanité est bête.  Son désordre étonne puisque sa raison lui attribue des avantages irréfutables.  Bernard le Bovier de Fontenelle disait : « Si la raison dominait sur terre, il ne s’y passerait rien. » Sans aucun doute !  Quelle sérénité ce serait !  En lieu et place, le gâchis est manifeste, un fatras que l’humanité s’ingénie à infliger à la nature, si ordonnée, si harmonieuse.  Motivée par sa propre jouissance, elle fait fi de son insignifiance, ne communique plus avec ce qui la dépasse.  Pourtant, il suffit de si peu.    « Je ne puis regarder une feuille d’arbre sans être écrasé par l’univers. » témoignait Victor Hugo.  Pendant ce temps, l’univers insondable se rit de l’humanité.  Pourquoi s’intéresserait-il à un grain de lumière dans l’immensité ?  « L’avenir de l’humanité n’a d’intérêt que vu d’en bas », disait le grand dramaturge Bertolt Brecht.

Nous sommes humains !  Êtres prodigieux, doués de raison.  Mais limités, imprévisibles.  Nous sommes des électrons libres dans l’infini.  Retrouvons notre orbite, participons à l’Harmonie, avant qu’Elle nous néantise.

Et pour les nombrils du monde incrédules : scrutez le point lumineux sur le cliché.

Vous apercevez-vous ?

Source : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/espace/20130723.OBS0679/en-images-la-terre-vue-depuis-saturne.html

© Jean-Marc Ouellet 2013

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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2 Responses to Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

  1. Stéphane dit :

    Bonjour Jean-Marc,

    Très bon article. L’homme-grenouille se voit déjà plus gros que le Bœuf céleste. Il grimace, triture, tracasse, amasse, brise, vomit sur le vivant, serpente sur la terre, bave sur la Nature, car il n’est qu’un nourrisson, bébé nourri aux sons du pouvoir et du profit ; pourtant, l’évolution n’arrête jamais sa grande roue lumineuse et, un jour, celui qui n’est, encore, qu’un préhumain se redressera, avec force et humilité, sur le sentier de son Humanité.
    Merci Jean-Marc.

    Je permets de vous répondre par ce poème qui fait, curieusement, écho à votre chronique. Un pont de singe invisible vibrerait-il sur la corde quantique tendue entre la petite France et l’âme cousine de Québec ?

    Homme singe

    À nu, man !

    Homme singe

    Qui bande ses muscles,

    Espérant étouffer

    La raideur d’un tronc ouvert

    Laissant ses sillons à l’air

    Libre de la forêt.

    À nu, man !

    Homme singe

    Qui s’étend vers le ciel

    Jusqu’à la vanité,

    Espérant caresser

    La nuit de ces fleurs bleues,

    Fruits de la canopée.

    À nu, man !

    Homme singe

    Qui à tout bout de champ

    Sort sa science synthétique,

    Oubliant la sagesse

    De la Nature ancestrale.

    À nu, man !

    Homme singe

    Qui s’habille d’argent,

    Croyant seul s’investir

    Dans la modernité ;

    Son égo perdant de vue

    L’horizon végétal

    Qui lui ouvre la voie

    D’une évolution

    Sans chaînes.

    À nu, man !

    Homme singe

    Qui chasse les plaisirs,

    Oubliant de cueillir

    Les beautés qui fleurissent

    Au bord de sa route,

    Épices célestes

    Parfumant son chemin.

    À nu, man !

    Homme singe,

    Tu n’es pas ce Dieu

    Hanumân

    Que vénèrent les Indiens ;

    Tu écartes de ton cœur

    Le feu sacré

    De ta primitive nature.

    À nu, man !

    Homme singe,

    La Nature te pardonne,

    Car tu n’es qu’un enfant

    Qui a bien du mal

    À se tenir debout

    Sur le sentier de la lumière…

    © Stéphane, le 1 octobre 2013

    J’aime

    • Jean-Marc Ouellet dit :

      J’aimerais mes mots induisant d’infinis d’échos tels que celui-là !!! Il m’émeut, m’est particulièrement précieux. Merci Stéphane.

      Jean-Marc

      J’aime

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