Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

Marchands de rien

 

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Musclés.  Siliconés.  Le sourire ajusté.  La langue qui claque.  Et l’œil vide.  Ils ont atteint le premier palier du rêve de l’enfant qu’ils étaient.  Être sexy, comme Barbie.  Être fort, comme Ken.  Ce sont des enfants.  De grands enfants dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles de la voûte céleste.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et le monde d’aujourd’hui leur vend du rêve.  Ce rêve d’enfant enfoui : devenir enfin l’une de ces étoiles qui brillent.  Alors ils y croient, et fixent avec envie les strass et paillettes en se disant qu’un jour, ils feront partie de ces stars qui font briller les yeux du vulgaire passant.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Des milliers, séquestrés dans la pièce centrale de chaque foyer.  Dans cette boîte à images dont se gave le monde.  Leur rêve est devenu réalité.  Enfants de la télévision, ils ont rejoint ses entrailles, ce doux cocon paisible, ce ventre maternel.  Et tous les jours, lors de l’échographie, on les regarde évoluer dans leur jolie prison dorée.  On les nourrit, les montre du doigt, les flatte, les excite.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et à présent, le monde le sait.  Ils sont là.  Ils sont nés.  On les voit.  Partout.  Tout le temps.  À la télévision.  À la radio.  Sur Internet.  Dans les magazines.  Sur les affiches.  Dans les discussions.  Nos enfants-rois.  Et ils jubilent.  Parce qu’enfin, à cet instant, ils existent.  Pour chaque regard posé sur leur plastique parfaite.  Pour chaque bouche qui les encense.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et, sous les projecteurs, derrière le masque et l’œil flatteur de Photoshop, ils rayonnent encore et toujours plus.  Alors, ils déploient leurs ailes fragiles et découvrent un autre monde où un jardin des possibles s’offre à eux.  Sans même avoir eu besoin de retourner la terre, semer la moindre graine, s’en occuper jour après jour, avant d’enfin en récolter le fruit.  Non, un jardin des possibles sous vide, entassé dans un caddie en plaqué or.  Vous avez la carte de fidélité s’il vous plaît ?  Un monde de strass et de paillettes, de faux-semblants et de paraître, de larges sourires et de couteaux dans le dos à la fin de la fête.  Ils enchaînent les séances photo, les défilés, les films X, les séries B, s’engendrent égéries, ou créateurs de fortune.  Et enfin, ils jouissent.  Sans se douter que dans ce triste jeu, ils ne seront jamais rien que des étoiles filantes.  Que demain n’attend déjà plus.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Victimes de ce monde qui glorifie la jeunesse et la beauté.  Ils sont beaux.  Ils sont jeunes.  Victimes de ce temps qui ne bonifiera jamais rien d’autre que l’esprit.  Ridules.  Calvitie.  Capitons.  Ils ne sont déjà plus assez jeunes.  Plus assez beaux.  Ces étoiles d’hier sur lesquelles les projecteurs se sont désormais éteints.  Parce que les yeux du monde se sont déjà posés sur d’autres.  D’autres, encore jeunes.  Encore beaux.  D’autres dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles…  D’autres déjà sous ces mêmes projecteurs.  Tantôt le monde entre leurs mains, tantôt tristes pantins de ce monde vorace.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Placardés en cent par cent cinquante dans les couloirs du métro.  À nous hurler : Regarde-moi !  À nous murmurer : Rejoins-moi…  Ils sont laids.  Tellement laids.  Figés sous vide, à côté de ce type.  Ce type en bas, qui colore notre bout de métro par ses mots.  Ses mots vrais, que les notes de sa guitare portent au-dessus de la foule.  Ce type que le monde ne voit pas.  Parce qu’il n’est pas vraiment jeune.  Pas vraiment beau.  Ce type auprès duquel une foule aujourd’hui s’arrête.  Touchée par sa musique, ses mots, ses messages d’espoir.  Qui le rendent beau.  Tellement beau.  En cette voûte céleste qu’il érige.  Lui qui n’a rien à vendre.  Ni corps.  Ni or.  Juste des sourires à répandre dans le monde.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche  : https://maykan2.wordpress.com/)

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One Response to Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

  1. diwan dit :

    L’envie d’être devant les « sunlights » a toujours existé.
    Je crois que malheureusement nous n’y pouvons rien, c’est ainsi.

    J’imagine qu’a l’âge de pierre monsieur Cro-Magnon bombait le torse devant sa belle, avec un pied sur le mammouth qu’il venait de terrassé.

    Aujourd’hui, les moyens modernes permettent tous les excès. Nous consommons à un tel point que l’homme est devenu une denrée pour l’homme, et comme la tomate qui doit être belle, comme la banane qui doit être jaune, l’homme ou la femme doit être grand(e), beau (belle), fort(e), endurant(e), musclé(e), si un jour il ou elle veut décrocher le Graal : la notoriété.

    Triste évolution des choses, poudre aux yeux, et délire narcissique de grands malades qui s’ignore.
    Comme vous l’écrivez très justement, le retour de bâton est d’une violence inouïe. Combien ont été starifiés, combien ont voulu être connues, combien ont fait les pires choses pour un moment de gloire éphémère, et qui se retrouvent aujourd’hui dans le caniveau avec une seringue dans le bras, ou à sucer leur bouteille de vodka journalière achetée à monoprix dans le rayon promo.

    Juste une question : cette photo de Bimbos barbisées – rassurez-moi – elle est bidon ?

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