Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

(C’est avec un immense plaisir que nous saluons le retour de Jean-Marc Ouellet comme chroniqueur régulier au CQL.  Tu nous as manqué.  Sois le bienvenu chez toi, collègue en écriture !  AG)

 La porte

 La porte est close.  C’est la bonne, celle que j’ai moi-même fermée, alors que les hasards me courtisaient.  Huit mois déjà.  Des mois d’aventures, de satisfactions, d’espoir, de doutes.  Les grains de sable se sont échoués dans les dossiers et les rencontres.  Les défis se sont succédé, ont été relevés.  Mais au plus profond de moi, le vide était là.  Ce lieu me manquait, avec ses textures, ses arômes, ses saveurs, ses bruissements, ses couleurs.  Au début, j’ai cru pouvoir oublier.  Or, comme le dit un proverbe bouddhiste : « Le moine en fuite n’échappe pas à son monastère. » Ce qui est en soi demeure en soi.  La fuite n’y change rien.  Chaque jour, j’y pensais donc.  Et si je revenais…

Les circonstances ont changé.  Le questionnement s’est accru.  Un jour, j’ai tranché.  Toujours ces choix à faire.  J’ai quitté le chemin qui m’avait charmé.  Non sans mettre la table pour la relève qui viendrait.  Enfin, l’heure du retour sonna.

Aujourd’hui, je m’approche donc de cette porte.  Je brûle de la frôler, de sentir ses rugosités, d’y produire ce « toc-toc-toc » feutré et familier, de la franchir, d’entrer, de déployer mes pensées au service de la fratrie.  J’ai hâte de signifier mon retour, là, après ma fuite.  Oserai-je vraiment ?  Pudeur de celui qui craint.  Le « que dira-t-on » fait peur.  « Tiens, le revoilà, celui-là ! » qu’on s’exclamera peut-être.  Quel doit être l’accueil pour celui qui est parti, a prospecté dans la vie, réintègre le bercail, fort de nouveaux acquis ?  Son bagage s’est alourdi.  Maintenant qu’il renaît, il veut le semer à qui écoutera.  Si la porte s’ouvre…

J’approche.  Est-ce le bon jour ?  Suis-je encore inspiré ?  Me reniera-t-on pour mon absence ?  Que dirai-je pour qu’on me pardonne ?  Les questions tourbillonnent.

Voilà, j’y touche presque.  Qu’elle est sublime, cette porte !  Qu’elle est faste !  Là, juste devant moi, close, mais accueillante.  De la voir, de la humer, me réconforte.  Bien sûr, le temps a fait son œuvre.  Elle n’a pas si changé pourtant, mais n’est plus tout à fait la même.  Elle s’est épanouie, est devenue une grande dame.  Depuis mon départ, elle a continué son chemin, là, à la même adresse.  Elle a bravé le destin, y a déniché des perles.

J’arrive !  J’inspire une pleine bouffée de courage.  Je frappe enfin, j’attends.  La vie est une éternelle espérance.  J’espère donc, le temps s’éternise, la minute imite les heures.  Alors, pour tuer l’attente, je contemple la porte.  L’inscription est toujours là, belle, fière.  « Le Chat Qui Louche ».

La porte s’ouvre.  J’exulte.  Les questions s’évanouissent.  Qu’il fait bon revenir chez soi !

 © Jean-Marc Ouellet 2013

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue Moebius. Chroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

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2 Responses to Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

  1. Bienvenue de nouveau!

    Ça m’a fait penser à ceci:

    « walking through the undergrowth, to the house in the woods
    the deeper I go, the darker it gets
    i peer through the window
    knock at the door
    and the monster i was
    so afraid of
    lies curled up on the floor
    is curled up on the floor just like a baby boy

    i cry until i laugh  »

    (Darkness, Peter Gabriel, 2002)

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    • Jean-Marc Ouellet dit :

      Merci, Jean-François.

      Je connaissais la pièce sans jamais m’être attardé aux paroles. L’évocation est intéressante. J’étais ce petit  » monstre  » parti dans l’underground pour revenir au bercail, frapper à la porte, et sévir encore en riant.

      Heureux de vous rejoindre dans la confrérie.

      Jean-Marc.

      J’aime

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