Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

J’ai pas envie de parler en anglais…

« People are strange when you’re a stranger. » – Jim Morrison

Un Canadien errant...

Un Canadien errant…

Avant de déménager en Ontario, je ne connaissais pratiquement rien à cette province.  Je mêlais dans monesprit sa géographie.  Je croyais que Toronto était située au nord d’Ottawa.

Puisque j’y habite, je l’ai maintenant un peu arpentée.  Juste un peu, car c’est très grand.  Je n’ai pas encore vu le Nord, pas vu les zones plus francophones.  On me dit que je vis à cinq ou six heures de Sudbury et de sa concentration de Franco-ontariens.  J’irai voir ça un jour.

Le 23 juin dernier, ça a fait un an pile que j’habite ici.  L’année s’est relativement bien passée, somme toute, mais ce ne fut pas très facile non plus.  Ça ne l’est toujours pas.  Je me suis déraciné il y a un an de ma province natale, ce qui était énorme pour moi.  J’ai aujourd’hui une carte d’assurance-maladie verte, je ne suis plus, sur papier, un Québécois.  L’idée que j’étais un Ontarien a mis du temps à me rentrer dans la tête.  Quand c’est arrivé, ça a fait mal.

Je ne rappellerai pas les événements déjà mentionnés ici, mais j’ai suivi ma blonde en Ontario l’an dernier.  Elle y a un excellent job d’enseignante qu’elle aurait été idiote de refuser.  L’Ontario n’était pas son choix non plus, mais elle aurait pris le job même s’il avait fallu déménager plus loin encore.  C’est comme ça.  Moi, comme une blonde de joueur de hockey, j’ai suivi.  J’ai attendu un an avant de suivre, mais j’ai éventuellement suivi.

Je vivais bien avec mon choix jusqu’à ce que mon cerveau décide qu’il ne l’acceptait pas totalement.  Il faut savoir que j’ai passé 35 ans de ma vie dans le Québec francophone.  Donc, vivre entouré d’Anglos en permanence, ça peut devenir quelque peu éreintant.

Ce n’est pas que j’aie de la difficulté avec l’anglais – je le parle et l’écris –, mais à part les discussions avec ma blonde et quelques amis qui baragouinent le français, tout se passe dans la langue de Shakespeare ici.

Et ça, je le savais avant de venir y vivre, bien entendu.  Sauf qu’il y a un fossé entre le concept exotique et attirant d’habiter dans un lieu différent de ce que l’on connaît, et y vivre pour de bon.  Quand l’idée que nous allions probablement passer notre vie ici, du fait que ma blonde aura très certainement sa permanence en tant que prof dans quelques années, quand cette éventualité s’est accrochée pour de bon en moi, j’ai souffert.

L’hiver fut plutôt long et pénible.  En plus de souffrir de la grisaille des mois frisquets, j’ai vécu une sorte de blocage psychologique face à l’anglais.  Un soir, en mars dernier, alors que nous allions rejoindre des amis dans un bar (des amis anglophones, bien entendu), je me suis retrouvé devant ces dits amis et mon cerveau m’a immédiatement fait savoir qu’il n’avait aucune envie de parler en anglais.

J’ai donc prononcé quelques politesses, et je suis resté dans mon coin toute la soirée.  Au fond de mon cœur, ce soir-là en particulier, je souhaitais être à Montréal, à Jonquière, n’importe où, où on parle ma langue.  Où je n’ai pas à faire un effort pour choisir les bons mots.  J’ai frappé un mur psychologique.  Je n’avais jamais vécu ça avant.  Un refus total de parler.

Puis, en jasant de mes soucis quelques semaines plus tard avec d’autres personnes, ça a fini par passer.

Je ne suis pas le seul à avoir mis du temps à m’adapter à la vie ici.  J’ai des amis qui sont anglophones de naissance et qui ont eu du mal à s’adapter à cette ville.  Il s’agit d’un endroit accueillant, beau et où la vie est paisible, mais aussi parfois difficile, car le taux de chômage y est parmi les plus hauts au pays (si ce n’est pas LE plus haut), et donc où il n’y a pas grand-chose à faire.  C’est une ville de personnes âgées, de retraités, de pauvres.  Mis à part, bien sûr, les employés de l’hôpital et ceux de l’université.  La ville, qui fut à une époque très industrielle, très active, tourne aujourd’hui autour de ces deux seuls pôles.

Il y a également ici une scène musicale et culturelle bouillonnante que je suis de plus en plus.  Je m’implique peu à peu.  Je participe à des pièces de théâtre, j’essaie d’interagir avec les gens.  Je n’ai pas de job à proprement parler, mais ça va venir.  J’apprends à apprivoiser le milieu, à mieux le cerner.

Et ce 23 juin dernier, je suis allé fêter la Saint-Jean, ici, dans ma ville anglophone !

Oui, oui, j’ai appris il y a peu de temps qu’il y a un regroupement de francophones ici, un club qui organise des activités de temps en temps.  Quel bien ça m’a fait !!  Certains sont originaires du Québec, d’autres de l’Ontario.  Nous avons passé cette journée de la Saint-Jean, ma blonde et moi, à faire leur connaissance, à créer des liens qui pourraient m’aider à mieux m’intégrer à la communauté.  Et ce fut très plaisant.

iii323_19960068_arms_peterboroughDonc non, je ne suis pas encore totalement prêt à accepter mon statut d’Ontarien.  Je suis, et resterai, avant tout, un Québécois dans mon cœur et mon âme.  Je ne savais même pas que j’avais ces sentiments d’appartenance envers le Québec jusqu’à ce que j’habite en dehors de la belle province.  C’est étrange…

Et je sais très bien que je ne suis pas le seul dans cette situation ; d’autres ont de bien plus grands problèmes que les miens.  Mais je vis tout ça pour la première fois.   Et je parle en anglais.  On me dit que ma maîtrise de la langue est excellente.

Mais je sens davantage le besoin de préserver ma langue maternelle et de la faire rayonner.  Du mieux que je le peux.  C’est à cela que je vais occuper mon temps, je crois bien.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

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One Response to Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

  1. Bonjour Jean-François,
    J’ai bien aimé votre témoignage et je peux comprendre l’isolement et la nostalgie que vous ressentez dans cette forme d’exil au « Canada anglais ». Si vous voulez découvrir le visage francophone de l’Ontario (car il existe), je vous encourage à aller faire un tour dans le Nord ou l’Est, et même à essayer de vous brancher à Toronto sur quelques institutions comme le Centre francophone.
    Je serai également très heureux de vous brancher sur notre production litteraire.
    Marc Haentjens, Éditions David (Ottawa)

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