Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

Les canots d’Obedjiwan

Il y a longtemps, la forêt boréale était le lieu où Européens et Amérindiens échangeaient dans le commerce des fourrures.  Les peaux douces, chaudes et lustrées des castors, des martres, des loutres et des visons faisaient la joie des étrangers.  Un jour, une guerre de territoire se déclara entre les Montagnais, les Iroquois et les Attikameks.  Ces derniers furent vaincus et presque anéantis.   De plus, comble de malheur, des épidémies dévastatrices les frappèrent.   D’autres épreuves allaient s’ajouter pour assombrir encore le tableau…

Les Attikameks s’étaient établis dans le Haut-Saint-Maurice, un territoire sauvage, immense, parsemé de lacs limpides où l’épinette noire est un des rares conifères à résister aux hivers rigoureux.  La chasse à l’orignal, à la sauvagine et la pêche faisaient partie des activités quotidiennes essentielles à leur survie.  Ces Amérindiens observaient les bêtes et apprenaient de leurs comportements.   J’ai entendu dire que c’est en regardant une gélinotte marcher sur la neige qu’un homme avait eu l’idée de fabriquer des raquettes en babiche d’orignal pour faciliter ses déplacements.

L’arbre donnait la vie.  Son liber nourrissait l’homme.  On utilisait les feuilles et les branches pour produire des médicaments.  Avec l’écorce, on fabriquait des canots et  des paniers.  On utilisait les racines pour confectionner des cordages.

Un printemps où les nuits étaient très froides et les journées ensoleillées, une femme « kukum[1] » fit la découverte du sirop d’érable.  La sève montait à profusion à la cime des arbres.  La vieille entailla un tronc pour y recueillir son eau et la faire bouillir.  Elle oublia son chaudron quelques heures sur les braises…   Et un nectar sucré en résulta – il allait en régaler plus d’un.

Au vingtième siècle, l’arrivée des pensionnats autochtones bouleversa leur vie.  Les enfants, séparés de leur famille, devaient faire face à une nouvelle langue, à une nouvelle culture, à la solitude.

Il y a des hommes déportés de leurs coins de pays que d’autres ont forcés à s’exiler vers des lieux habités.  Souvent, ils déambulent dans la ville d’un pas lent, incertain.  Déracinés de la culture dans laquelle ils auraient voulu vivre, ils essaient de se tenir debout malgré la douleur.  D’autres, mieux adaptés au changement, à la modernisation, affichent fièrement leur identité amérindienne et s’intègrent bien dans la société actuelle.

Leur langue maternelle, l’attikamek, me semble abrupte à l’oreille de par ses consonnes prononcées sèchement.  C’est en les entendant s’exprimer dans leur dialecte que j’ai la conviction qu’ils sont des survivants, des guerriers.  On sent l’importance qu’ils accordent à la transmission de leur culture ancestrale.

Le canot voyage, glisse et fend l’eau.  Le pagayeur est son guide et peut le mener très loin.

Virginie Tanguay


[1] Grand-mère.

 Notice biographique de Virginie Tanguay

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

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