Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

La femme adultère

Elles sont là.  Toutes.  Emmêlées les unes aux autres.  Entre tes tickets de carte bancaire et tes PV impayés.  Prêtes à surgir au moment voulu.  À la question fatidique Vous avez la carte de fidélité ?  Toutes, fidèles.  Trop, fidèles.  À attendre que tu daignes les dégainer enfin.  Oui.

Et te voilà asservie à cette vie pétrie d’une loyauté obsédante.  Avec ta grande surface.  Ton magasin de vêtements.  Ton salon de coiffure.  Ta boulangerie.  Ton cinéma.  Toujours les mêmes.  Les tiens.  Et tu n’oses pas.  Non, n’oses pas dévier du droit chemin.  Parce que tu as peur.  Oui, peur, que l’on te montre du doigt.  Femme adultère !  Dans la rue.  Femme adultère !  Alors dans la rue, tu marches tête baissée, les yeux collés à un macadam froid.  Pour qu’on ne puisse pas t’accuser d’avoir osé poser un regard sur un autre.  Un autre que celui à qui tu as promis fidélité pour la vie.  Lui qui te promet monts et merveilles si tu daignes rester auprès de lui.  La récompense suprême de l’opprimée dévouée.

Mais voilà, les autres s’y mettent aussi.  À te faire de l’œil quotidiennement.  À te prendre par surprise quand, impassible à ton volant, ton regard dévie du feu à l’énorme panneau publicitaire qui te fait face.  Femme adultère !  À te faire du rentre-dedans quand, tranquillement allongée sur ton canapé douillet, ils jaillissent sans prévenir de ton poste de télé.  En plein pendant l’intrigue de Docteur House, en plus.  Femme adultère !  Ils te font envie, ces autres.  Ces autres omniprésents auxquels tu n’as pas droit.  D’une société paradoxale t’incitant despotiquement à rester fidèle, au beau milieu de son consumérisme indécent.  À te chercher.  Toi.  Partout.  Tout le temps.  Par moult offres.  Plus alléchantes les unes que les autres.  Viens !  Viens !  Viens !  Et tes mille et une cartes de fidélité qui te lancent un regard noir et te montrent déjà du doigt.  Femme adultère !  Femme adultère !

Ce matin, ton mec a oublié son portefeuille sur le meuble d’entrée.  Et tu sens trépigner, à l’intérieur, ses cartes de fidélité à lui.  Trépigner de ne pas être auprès de lui.  De déjà l’imaginer avec d’autres.  Tu les entends crier à travers le cuir malmené.  Homme adultère !  Homme adultère !  Et tu as beau leur crier que, non, il n’ira pas en voir d’autres, elles ne t’écoutent pas et continuent à geindre.  Alors tu ouvres le portefeuille pour tenter d’apaiser chacune d’elles.  La carte du kebab du coin.  La carte du salon de coiffure voisin.  La carte du supermarché d’à côté.  La carte de la boulangerie de votre rue.  La carte de sa boutique de jeux vidéo préférée.  La carte du bazar où il achète tous les cadeaux de l’année.  Ceux de Noël.  Des dates anniversaires.  Des fêtes diverses.  Ce magasin dont les articles parsèment votre appartement depuis.  La carte de… Soudain, tu frémis.  Il en manque une, de carte.

Frénétiquement, tu répands sur le sol le contenu de son portefeuille plein à craquer.  Carte bleue.  Permis de conduire.  Carte vitale.  Tickets de carte bancaire.  Carte d’identité.  PV.  Coordonnées diverses.  De contacts professionnels.  De son conseiller de banque.  De son psy.  D’autres, non identifiés.  D’autres dont le numéro est accompagné de petits caractères étranges.  De pattes de mouche non identifiables.  Des alphabets en vrac.  Des messages codés.  Des nuages.  Des giboulées.  Des tempêtes.  Des petits cœurs, peut-être.  Il manque une carte.  La carte de votre couple.  Ce couple d’un toi plus moi.  Ce couple d’un nous auquel il avait juré fidélité.  Devant Monsieur le Maire.  Devant Monsieur le Curé.  Devant le monde entier.  Tes bras tombent contre ton corps.  Le portefeuille vient écorcher le plancher.

Rapidement, tu saisis ton sac à main.  Malmenant au passage ton portefeuille qui s’excite dedans.  Et toutes tes cartes de fidélité.  Perfides, alitées.  Tu claques la porte au nez de cette vie d’esclavage terne et fade.  Cours vers la première station de métro.  Sautes dans la première rame.  Vers nulle part.  Vers partout.  Les yeux fermés, tu sors de ton petit sac ton portefeuille.  Tu l’ouvres.  Tes cartes de fidélité jonchent à présent le sol.  Tu tends ton portefeuille au premier passant que tu croises.  Et cours.  Cours.  Cours.  Vers un ailleurs sans autres.  Ces autres qui te font de l’œil, du pied, du rentre-dedans.  Tu cours.  Cours.  Cours.  Et tombes dans les bras de la liberté d’être toi-même à l’instant T.  Avec tes rêves.  Tes envies.  Tes virages.  Tes coups de tête.  Tes paradoxes.  Tes choix.  À toi.  Femme affranchie !

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 

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