Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

Incertitudes…

Kim Lizotte

Je lisais récemment le dernier billet de l’humoriste Kim Lizotte sur le blogue Urbania où, éloquemment, elle fait ses adieux à la vingtaine.  Elle y affirme laisser derrière elle, à l’aube de la trentaine, les incertitudes professionnelles et les sempiternelles questions identitaires.

Et me voilà, moi, du haut de mes 36 ans, toujours aussi incertain de mon avenir, incapable de définir ce que je suis et surtout, ce que je veux.  Et le texte de Lizotte, aussi beau soit-il, me déprime.  Simplement parce que je n’ai pas encore trouvé la paix de l’esprit.

À 30 ans, je n’avais pas le niveau d’assurance ni les acquis que Lizotte possède au même âge.  Aujourd’hui, à 36 ans, je suis encore aussi confus face à tout.

Je me sors peu à peu d’un creux de vague.  J’ai passé les deux derniers mois, essentiellement, à me lamenter silencieusement sur mon sort.  Sans trop le laisser voir, j’ai gémi intérieurement.  J’ai refoulé maintes fois les larmes.  J’ai discuté de mes soucis avec mon amoureuse.  J’ai tout remis en question plus d’une fois.

Mon déménagement dans une autre province a semblé se faire sans heurts aux yeux de mon entourage.  Toujours souriant, en profitant pour travailler sur ma forme physique comme jamais, j’ai tenté pendant les neuf ou dix derniers mois de ne rien laisser paraître de mes inquiétudes, de la peur qui m’habite.

J’ai tendance à ridiculiser mes peurs.  À me faire ma propre psychanalyse et à me répéter constamment, en bon Saguenéen d’origine, que je « fais simple » avec mes problèmes.  Ce ne sont même pas de vrais problèmes, me dis-je à moi-même.  Il y a des gens qui vont vivre dans des pays étrangers.  Il y a des gens qui quittent tout – leur confort, leur famille, leurs amis, tout – et partent vers des lieux cent fois, mille fois plus étranges que celui où j’habite présentement.

Je suis déménagé en Ontario !  Sérieusement, JF !  C’est la fucking province voisine, pas le bout du monde !  J’suis entouré de gens sympathiques, certains mêmes qui comprennent (à défaut de bien le parler) le français.  Je n’ai aucune raison de me sentir mal.

Alors pourquoi suis-je autant angoissé ?  Pourquoi ai-je autant de difficulté à accepter ma situation ?

Ma copine et moi sommes en couple depuis le printemps 2009, et nous avons vécu en appartement à Montréal pendant deux ans.  Elle est déménagée en Ontario, suite à son embauche dans une université à l’été 2011 et, après un an de relations à distance, je l’ai suivie.

J’ai préféré mettre l’accent sur mon couple, pour assurer la solidité de ses assises, plutôt que sur mes opportunités professionnelles (qui devenaient de plus en plus intéressantes à Montréal).  J’ai longtemps pesé le pour et le contre, et j’ai fait mon choix librement, et je ne l’ai jamais regretté.  Jamais.

Cependant, et très honnêtement, je m’emmerde dans mon petit patelin ontarien.  Le fait qu’il détienne le plus haut taux de chômage au Canada – auquel je contribue – n’aide en rien la situation.  Et au niveau culturel, ça bouge un peu dans le coin, mais pas assez à mon goût.

Je n’ai pas trouvé d’emploi depuis l’été dernier.  J’ai cherché, j’ai fait quelques démarches, mais rien.  Mon anglais est bon, mais je ne vois rien qui soit indiqué pour moi.  Le fait que je ne possède qu’un vulgaire Bac.  en arts, sans la moindre spécialisation, n’aide pas à renforcer le peu de confiance que j’ai en moi-même.

Bon, d’accord, j’ai une forte tendance à l’apitoiement.  C’est un trait de famille.  Gotye chantait l’an dernier : « You can get addicted to a certain kind of sadness » (« On peut devenir dépendant d’une certaine forme de tristesse »), et il y a un peu de cela.  Mais ce n’est pas que ça.

J’ai de la difficulté à sortir de chez moi, à faire face aux gens.  Encore suis-je chanceux d’avoir découvert les vertus de l’exercice physique.  La course, que je n’avais jamais pratiquée avant mon arrivée ici, m’a été bénéfique.  Non seulement m’a-t-elle fait perdre plus de 50 livres, elle m’a également permis de ne pas tomber dans un état de dépression.  Enfin, pas totalement.  Et mes visites régulières au gym me permettent d’avoir un semblant de vie sociale.  Ça, et les relations amicales que nous entretenons avec plusieurs collègues de ma copine, qui m’ont accueilli avec une joie évidente dans leur cercle.

Malgré tout, je suis stressé, angoissé.  Toute la pression vient de moi-même, je le sais.  Je suis hyperexigeant envers ma propre personne.

À 36 ans j’ignore encore et toujours ce que je veux faire de ma vie.  J’ai l’impression d’avoir un grand nombre de portes devant moi, que je pourrais toutes ouvrir, mais il me manque la force de les pousser.

J’aimerais travailler dans les arts.  À vrai dire, j’aimerais faire professionnellement ce que je fais bénévolement depuis trois ans pour Sorstu.ca.  Les rares fois où je suis retourné à Montréal, pour faire la critique d’un spectacle ou une entrevue avec un artiste dans le cadre de mes fonctions pour ce site, j’ai eu un pincement en repensant à ma vie là-bas et à tout ce que j’ai laissé derrière.  À tout ce qui aurait pu arriver.

Je ne regrette pas d’avoir privilégié ma relation de couple à mon bonheur professionnel.  Je suis convaincu que le lieu où l’on se trouve ne fait pas le bonheur.  Celui-ci est dans la tête.  C’est quelque chose qui se cultive et qui se développe, peu importe où l’on habite.

Par contre, il y a des périodes, comme celle dont j’essaie de m’extirper en ce moment, où les incertitudes sont si fortes, si pesantes, qu’il est difficile de trouver la sortie et d’imaginer qu’on puisse retrouver la paix de l’esprit.  Tout est difficile, tout demande un effort plus grand.

J’ai un nuage noir au-dessus de la tête qui refuse de se dissiper.  Il y a bien quelques éclaircies, mais elles se font rares.

En espérant que le printemps qui tarde à nous réchauffer puisse m’apporter une certaine paix de l’esprit…

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Il a fait sesétudes collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers lesArts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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