Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

 Deux poids, deux mesures

Ugly girl, ugly girl, do you hate her
‘Cause she’s pieces of you?
” – Jewel

Natalie-Portman

Natalie Portman

Il existe deux poids, deux mesures à propos de la femme « normale » et « ordinaire » telle que représentée par les actrices hollywoodiennes, du moins d’après ce que je peux lire sur le web.  Et ça me frustre.

Je suis un homme hétéro, j’aime les belles femmes, et, personnellement, j’élève Grace Kelly et Natalie Portman au rang de déesses.

Ceci dit, il y a une attitude dominante qui me pue au nez.  Celle de rejeter tout ce qui n’est pas conforme à sa propre petite idée de « perfection » et de « beauté ».

Prenez par exemple l’actrice-auteure-réalisatrice américaine Lena Dunham.  À 26 ans, elle a une intéressante carrière, avec un film indépendant apprécié de la critique (Tiny Furniture) et une série télévisée, Girls, qui remporte beaucoup de succès sur la chaîne HBO.

Girls raconte l’histoire de quatre amies dans la mi-vingtaine vivant à New York et se démenant à travers les nombreuses histoires de cœur, de cul et les déceptions professionnelles.  On y dépeint la réalité de ces filles de façon très naturelle, sans fard ni artifices.  Principalement grâce aux dialogues savoureux de Dunham et de son équipe de scénaristes, le spectateur assiste à différentes scènes crues, vraies, et également très drôles.

La femme n’est pas objet ici.  Elle n’est pas idéalisée.  Dès le premier épisode, on voit ces filles aller aux toilettes, on les voit nues à

Lena Dunham

Lena Dunham

maintes reprises, on les voit baiser dans des positions ingrates.  Lena Dunham, qui joue le personnage principal, Hannah Horvath, n’hésite d’ailleurs jamais à se dénuder pour la caméra, malgré son évident embonpoint – sujet qui est amené directement dans les dialogues.

Ce qui déplaît d’ailleurs à plusieurs téléspectateurs.  Et pourquoi ai-je l’impression qu’il y a davantage d’hommes que cela dérange ?

John Nolte, de Breitbart.com, est un journaliste de la droite américaine qui a écrit à quelques reprises contre la série et l’apparence de Lena Dunham.

Sur Twitter, le 25 février : How many have cancelled HBO out of the fear they might see Lena Dunham naked while channel surfing? Probably more than watch the show. (Lien)

Sur Twitter, le 14 janvier : I can think of about 250 reason not to watch HBO’s GIRLS, but avoiding seeing Lena Dunham naked is in the top 3. (Lien)

Prenez cet autre exemple du profil Facebook de Refinery29.  Un article et une photo de Lena Dunham ont incité des gens à écrire « Someone must kill her » et « Gross ».  (Lien)

Qu’est-ce qui pousse les gens à autant de haine envers cette femme ?  Est-ce la vue de toutes les femmes qui font un peu ou beaucoup d’embonpoint qui les rend aussi violents ?  Ou est-ce le fait que Dunham dise tout haut ce qu’elle pense ? 

Les gens n’ont pas apprécié cette publicité où elle parle de sa « première fois »…

http://www.youtube.com/watch?v=o6G3nwhPuR4&feature=player_embedded

Pour ma part, je trouve cette pub amusante ; eh oui, je vois son côté provocateur.  Mais ce genre d’humour est pratiqué par les hommes depuis toujours.  Par contre, quand ça sort de la bouche d’une femme, d’une femme au look « vrai », à l’attitude forte, on l’accepte mal.

Pourquoi ?  Pourquoi a-t-on si peur de ce qui est vrai ?

Jennifer Lawrence

Jennifer Lawrence

D’un autre côté, on a Jennifer Lawrence.  22 ans, et récemment élue Meilleure Actrice aux Oscars pour son rôle dans Silver Linings Playbook.

La jeune femme, lorsqu’on lit ce qui s’écrit à son propos, semble incapable de la moindre faute.

Même sa chute dans les escaliers, alors qu’elle allait chercher son Oscar, fut accueillie avec le genre de réactions que les gens ont en voyant un adorable chaton : « Aaaaaaah !  Ce qu’elle est mignonne ! »

Parce qu’elle est (relativement) jolie, et simple, et apparemment dénuée de prétention, on la décrit comme une personne « vraie ».  Elle est l’une des nôtres.  Et tous les hommes sur le web veulent l’épouser.

On la décrit ainsi : « Authentique, belle, simple et talentueuse » (lien).  Elle est probablement tout ceci, mais pourquoi accepte-t-on aussi facilement sa « simplicité », son « authenticité », et moins celle de Lena Dunham ?

Se pourrait-il qu’un seul qualificatif fasse toute la différence dans le jugement que l’on accorde à l’une et pas à l’autre ?

Belle.

Jennifer Lawrence correspond à l’idée que l’on se fait de la beauté.  Pas Lena Dunham.

Et serait-ce attribuable en partie au poids ?  Est-ce que de voir des bourrelets – de voir une femme avec des bourrelets se dénuder à la caméra, la honte ! – nous répugne ?

Nos corps sont-ils tous si parfaits que de regarder quelqu’un au physique « ordinaire » nous soulève le cœur ?

Pourquoi, lorsque je vois des images de Lena Dunham sur le web, sont-elles accompagnées de commentaires tels que « Il faut la tuer », et que les photos de Jennifer Lawrence ont des commentaires du genre « Je veux la marier » ?

Ces deux filles, pour différentes portions de la population, représentent la « normalité », la « simplicité ».  Mais on ne semble pas s’entendre sur ce concept de « normalité ».

Peut-être – et j’avance une théorie complètement farfelue ici –  est-ce parce que la « normalité » n’existe tout simplement pas ?…

Je suis encore secoué à la suite de la lecture de ces commentaires désobligeants à propos des nouvelles publicités télévisées contrant l’homophobie.

Non, mais dans quelle société vivons-nous ?  Comment pouvons-nous être encore aussi peu tolérants envers la différence ?  Il faut vraiment être crétin pour écrire de telles choses – surtout que la plupart d’entre elles sont écrites avec de nombreuses fautes.  Est-ce la preuve que l’acceptation et l’éducation vont de pair ?

Quoi qu’il en soit, c’est tout à fait désolant.

depositphotos_4809139-Girls-in-classic-colorful-dressesCette chronique fut écrite en écoutant la liste de lecture « Classic Girl Groups » sur l’excellent site musical Songza, que j’utilise souvent.  De la musique pour toutes les occasions, toutes les ambiances.  J’y fais de belles découvertes !

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers lesArts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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