Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

L’égarée…

Tout a commencé hier soir.  Ces soirs qu’avant, je chérissais tant vous savez…  Avant, lorsqu’ils étaient encore feux d’artifice, drapant nos éternelles retrouvailles de plaisirs exquis.  Il faut dire que c’était le seul moment de la journée où je me sentais exister.  Le reste du temps, je n’étais qu’attente, et ne revenais à la vie qu’à l’instant où j’entendais enfin claquer la porte d’entrée.  Il rentrait enfin !  Lui.  Et chaque soir à venir nous chuchotait déjà ses promesses brûlantes de secondes immortelles.

Et puis un jour, la porte n’a pas claqué de la même manière.  Et les promesses du soir se sont évaporées.  Ce soir-là, il n’a même pas posé un regard sur moi.  Lui, avec qui je partageais toutes mes nuits depuis déjà un mois !  Lui, qui me connaissait sur le bout des doigts, mieux que je ne me connaissais moi-même, je crois.  Lui, dont mon grain de peau s’était empreint du parfum, à force de n’être qu’un.  Ce soir-là, vous comprenez, j’ai cru crever mille fois.  Et à nouveau, j’ai regagné l’attente.

Mais ce soir-là, quelque chose avait changé, définitivement.  Et plus aucun soir ne s’est fait spectateur de nos délicieuses retrouvailles.  Je l’ai même vu, de temps en temps, flirter avec d’autres, sous ces mêmes feux d’artifice qui n’appartenaient qu’à nous, avant.  Et puis hier soir, ça a été le soir de trop.  Avant de rejoindre son autre d’un temps, il a enfin daigné me regarder.  Ce qu’il restait de moi, du moins.  Un regard vide, empreint d’indifférence… après tout ce que l’on avait vécu ensemble !  Et puis, sans un mot, il a attrapé les quelques pages noircies en lesquelles il m’avait laissée, et les a froissées.  Sans aucun remords.  Après m’avoir donné la vie, il me l’ôtait sans état d’âme.  Et moi, j’ai rejoint la corbeille sous le poids d’un silence toujours beaucoup trop lourd.  Avant ce premier cri.

J’ignore comment c’est arrivé, mais, ce soir-là, je crois que je suis venue à la vie.  Je veux dire réellement.  Moi qui n’ai jamais été qu’un personnage d’un roman à peine ébauché.  Le matin, je me suis réveillée sur son canapé.  Je ne sais pourquoi j’ai réagi ainsi, mais j’ai pris peur.  Peur de le retrouver, peur de le rencontrer, peur qu’il n’apprécie pas vraiment de trouver, dans son appartement, en chair et en os, celle à qui il voulait donner la mort quelques heures plus tôt.  Alors, j’ai pris quelques vêtements dans son armoire et, lâchement, j’ai fui.  Pour la première fois de ma vie, vous voyez, c’est moi qui l’ai claquée cette porte qui renfermait nos rêves clandestins !

Bref, après une certaine euphorie et ce sentiment de liberté que je n’avais même jamais effleuré, tout m’a semblé devenir soudain tellement compliqué.  Vous voyez, je suis un personnage tout juste esquissé, au destin raturé.  J’ai un nom, une jolie frimousse, mais aucun caractère, aucune envie !  Je ne sais même pas ce que j’aime, pas plus que ce que je déteste, c’est lui qui m’a toujours dicté mes envies.  Et puis voilà, dans mon monde de contes de fées, je suis une princesse, imaginez !  On m’aime, on me courtise, on satisfait mes souhaits avant même que je puisse en avoir !  Ici, je ne suis rien d’autre qu’une passante de plus sous un ciel trop gris.  Tout est trop différent ici.

Ce monde, vous comprenez, n’est pas le mien.  Je me sens comme perdue , errant sans buts vers des heures incertaines.  Et puis, il se passe des choses étranges en moi maintenant, vous savez.  Ça gesticule, ça bouillonne, ça semble vouloir éclater.  Ce matin en claquant la porte, j’ai senti des larmes couler au creux de mes joues, et un nœud se nouer dans ma gorge.  Et dans ma tête, on dirait qu’une fanfare s’amuse à tambouriner pour me rendre folle.  Je me sens tellement vide en ce monde démesuré qui m’échappe complètement.  Et j’ai mal, vous comprenez.  J’ai mal, comme je n’ai jamais eu mal avant.  Avant, lorsque j’étais encore blottie dans les plis douillets de ma page de carnet, à l’abri de votre monde qui fait beaucoup trop mal.

— Aidez[ -moi, Docteur, je vous en prie…

— Je crois que vous êtes atteinte du même mal que tous les humains , Princesse : la Vie.  Personne n’a jamais demandé à se poser un jour ici.  Pourtant, nous sommes tous là, avec notre vie à nous.  Avec nos maux et nos joies.  À errer en ce monde qui nous échappe, sans savoir où l’on va, avec la seule certitude qu’il y aura une fin à cette promenade éphémère.  La suite de votre histoire, c’est à vous de l’écrire à présent, Princesse.  Mais vous verrez, même si au début tout ça peut paraître compliqué, finalement, on y prend goût… et le mot fin arrive toujours beaucoup plus vite que prévu.  Alors, vivez !

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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