Chronique d’humeur, par Jean-Pierre Vidal…

Noël quand même

Au risque de casser un party qui, de toute façon, se déroulera bien sans moi, je dois confesser ici mon exécration de Noël.  Le mot n’est pas trop fort.  Car j’haïs effectivement cette période, comme on dit, « pour me confesser », c’est le cas de le dire.

Mes raisons sont multiples, certaines, j’en conviens, relevant du psychanalyste que je n’ai pas, mais d’autres frappent désormais quiconque indifféremment.  Parce qu’elles tiennent à ce qu’on pourrait appeler l’air du temps, ce Zeitgeist dont, il y a un peu plus d’un an, les indignés du square Victoria rappelaient justement l’importance.

Pour revenir un peu sur mon histoire personnelle, qui par bien des traits coïncide avec celle de chacun d’entre nous, chrétiens occidentaux, j’ai commencé à détester Noël, l’année, il y a maintenant un demi-siècle ! où je n’ai plus cru en Dieu.  J’ai coutume de dire, en me fendant d’un aphorisme, que je me fais de lui une idée trop haute pour y croire.

Cette idée trop haute en tout cas ne se satisfait pas de ce gentil distributeur de confiseries pour l’âme que nous présentent toutes les sectes plus ou moins protestantes et le catholicisme lui-même, maintenant saisi par le populisme complaisant qui prend notre âme pour de la guimauve.  Et je refuse d’autant plus son adoration qu’elle se fait désormais par des rituels bonbons célébrés dans une langue indigente et s’accompagne d’obligations peu contraignantes, dignes de la simple commodité que nous l’avons fait devenir.  On a les dieux qu’on mérite.

Le vieillard gâteux qui préside aux fêtes de Noël n’est pas loin de Mercure, le dieu latin du commerce dont Noël est assurément le royaume incontesté.  On y est submergé par un déluge de bons sentiments, de décorations kitsch et de musique nanane.  Au moins sur ce plan, nos amis anglo-saxons ont-ils coutume de faire une place à une autre musique de Noël, moins tartignolle et moins sucrée que celle déversée par les médias du « temps des fêtes », comme on l’appelle : à Noël, ils assistent nombreux à des exécutions du Messie de Haendel en chantant tous ensemble les chœurs.  Nous, pendant ce temps-là, gloussons aux mélodies sentimentales de quelque sirupeux crooner américain ou tressautons à la ridicule interprétation rock de Noël d’un chanteur pop en mal de disque d’or.  Et nous retrouvons fièrement nos valeurs à la courte messe de minuit de huit heures, moins fatigante que celles de la tradition.

Mais la raison sans doute la plus impérieuse pour laquelle je déteste Noël, c’est sa convivialité forcée et l’obligation qui nous est faite d’y participer, dans la plus parfaite hypocrisie.

Je ne supporte pas cette unanimité factice dont la publicité fait le moteur de sa persuasion en parvenant à nous convaincre qu’elle existe et que ses messages l’atteignent : les plus vieux se souviendront de la trouvaille ingénieuse d’un de nos publicitaires : « tout le monde le fait, fais-le donc ».  Tout le monde aime Noël.  Ben non, pas moi !  Et je suis persuadé que je suis loin d’être le seul.  Mais chut ! n’écœurons pas le bon peuple !

Répétons plutôt ici le seul message qui vaille la peine d’être relancé dans cette cacophonie de vœux pieux et de sentiments de confiserie, ce message ancestral qui est au cœur de toutes les religions du livre et qui peut se décliner en hébreu, en grec, en latin, en arabe et même en farsi, sans oublier le français, cette langue devenue très secondaire : paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, dont je suis sûr que vous êtes, vous qui me lisez.  Souhaitons-nous que leur nombre s’accroisse au moins un peu dans l’année qui vient.

Le tollé suscité jusque dans les rangs les plus fanatiques de ces joyeux innocents du Tea Party par l’insondable stupidité du vice-président de la National Rifle Association me laisse à penser que nous sommes peut-être sur la bonne voie.

Mais ce sera long, mes frères.

Notice biographique

PH.D en littérature (Laval), sémioticien par vocation, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis l’ouverture de l’institution, en 1969. Fondateur de la revue Protée, il a aussi été chercheur et professeur accrédité au doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Il a d’ailleurs été professeur invité à l’UQAM (1992 et 1999) et à l’UQAR (1997).
Outre de nombreux articles dans des revues universitaires et culturelles, il a publié deux livres sur Robbe-Grillet, un essai dans la collection « Spirale » des Éditions Trait d’union, Le labyrinthe aboli ; de quelques Minotaures contemporains (2004) et deux recueils de nouvelles, Histoires cruelles et lamentables (Éditions Logiques 1991) et, cette année, Petites morts et autres contrariétés, aux éditions de la Grenouillère.  De plus, il vient de publier Apophtegmes et rancœurs, un recueil d’aphorismes, aux Éditions Le Chat Qui Louche.
Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (Spirale, Tangence, Esse, Etc, Ciel Variable, Zone occupée). Il a préfacé plusieurs livres d’artiste, publie régulièrement des nouvelles et a, par ailleurs, commis un millier d’aphorismes encore inédits.
Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec, Société et Culture.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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