Dires et redires, par Alain Gagnon…

Miles Davis et le laisser-écrire…

Voilà ce que je répète [aux écrivains en devenir] : « Vous souhaitez écrire et ne savez par où commencer ?  Écrivez le premier mot, la première phrase : pour le reste, le texte s’autogérera adéquatement, si vous êtes honnêtes.  C’est-à-dire si vous ne le forcez à confesser des états d’âme ou des idéaux que vous souhaiteriez bien avoir et manifester. »

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

*

Miles Davis m’est d’un grand secours pour expliquer la notion d’inspiration et la nécessité pour un artiste de développer sa propre langue, sa propre musique. Davis joue les classiques du jazz (Porgy and Bess, Caravan…), mais une fois qu’on l’a entendu, on ne peut plus s’y tromper : il s’agit bien de Miles Davis, pas de Chet Baker ni de Louis Armstrong. Il joue de la trompette comme personne n’en a joué avant lui, il donne à la mélodie une couleur, une sonorité, une langueur – une autorité ! –, qui n’appartiennent qu’à lui.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

*

 

Le laisser-écrire — Depuis trois ans, je m’acharnais à un recueil de poèmes que je n’arrivais pas à conclure. Je m’y acharnais, car la substance me plaisait – plus encore !  : elle me convenait. J’y mettais trop d’efforts. Je m’efforçais de pousser ce nouveau matériel dans des formes empruntées à certains de mes ouvrages qui m’avaient apporté de la satisfaction. Bref, l’histoire des vieilles outres et du vin nouveau. Une citation de Stevenson, reprise par Borges, a provoqué une embellie : « La prose est la forme la plus difficile de la poésie. » Je l’avais lu il y a déjà quelques semaines et n’y portais plus attention, lorsqu’hier matin… Dans la nuit de dimanche à lundi, j’avais très mal dormi. Petit déjeuner au restaurant, puis je revenais paresser et laisser filer le dernier jour de ce congé pascal. Par discipline et monomanie, je me suis assis devant mon ordinateur et ai ouvert le dossier poésie sans aucune attente. Le miracle s’est produit. Le laisser-écrire a pris le dessus et je me suis mis à parcourir mes vers en les abolissant. En les remontant à la ligne supérieure, le curseur les transformait peu à peu en prose…  Et, bon dieu ! ça se tenait ! La ponctuation française suffisait à créer et à maintenir la musique !

Heureuse fatigue qui exige le repos de la raison raisonnante et laisse le champ libre à l’inspiration. Laisser l’Esprit souffler, édifier lui-même ses propres formes pour y étendre sa substance…

De là à déclarer le vers libre inutile dans son mimétisme de l’anecdote versifiée, il n’y a qu’un pas que je n’hésite pas à franchir.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

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2 réponses à Dires et redires, par Alain Gagnon…

  1. Sophie Torris dit :

    Vous ne me ferez pas croire, cher Chat, que Miles Davis n’a pas pratiqué quelques fastidieuses gammes avant de faire un premier boeuf qui ne ressemble qu’à lui. Je suis bien d’accord qu’il faut laisser l’inspiration souffler mais seulement quand elle a bien transpiré. Alors, oui, vous avez raison. C’est souvent là…au moment même où l’inspiration lâche prise, que les accords les plus personnels naissent. Je vous écris, en espérant que ce petit répit, cette petite ballade en dehors des sentiers battus et rebattus de ma prochaine chronique me permettra de trouver la clairière que je cherche depuis quelques jours.
    Je veux vous croire mon Chat et je retourne à l’écriture, persuadée de poser enfin une action de grâce.
    Bon lundi.
    Sophie

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  2. Alain Gagnon dit :

    Le tout est de faire confiance au dynamisme du texte. Il provient du « soi », plus intelligent que le « moi ».
    Bon lundi à vous également, chère Sophie des aurores absentes.

    Alain G.

    J’aime

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