Dires et redires, par Alain Gagnon…

 

Margaret Atwood

La folle liberté du créateur…

Je crois Margaret Atwood un peu toquée. J’ai beaucoup aimé ses poèmes jadis, mais son Survival, que je viens de relire, ne passe pas plus qu’il ne passait dans les années 70. Essai indigeste ; comme sont parfois indigestes les textes de nos écrivains québécois de l’appartenance – du Cycle du sirop d’érable, pour paraphraser Jacques Godbout. D’après les tenants de cette thèse autoflagellante, pour écrire un grand livre, il faudrait d’abord que la société à l’intérieur de laquelle crée l’écrivain ait pris pleinement conscience d’elle-même et se soit délestée de toutes ses aliénations : n’y persisterait plus alors aucune forme de colonisation culturelle, économique, sociale… Bref, il faudrait d’abord avoir « re-possédé le pays ». Mon œil ! Dans ces conditions, qui aurait écrit un grand livre ? Cervantès dans son Espagne sous crosse catholique ? Joyce dans son Dublin ? Kafka, juif, dans son appendice tchèque de l’empire austro-hongrois ?

Je rejette, par amour de la folle liberté créatrice, toute appartenance a priori. Celle qu’on dessine dans les colloques ou les séminaires pour ensuite aligner ses créations en rapport avec… Viagra pour intellectuels défaillants. Je sais qu’une fois les œuvres écrites ressortent des appartenances spécifiques. Un Argentin ne saurait se comparer à un Québécois ni à un Italien. Le milieu culturel et les conditions historiques façonnent les créateurs ; ça coule de source. « Et ça doit justement couler de source », si on veut éviter l’artificiel, le trompe-l’œil, l’art pompier que reflètent des centaines de plaquettes de poèmes qui moisissent chez les bouquinistes. L’art vrai n’a pas d’intentions : ni sociologiques ni nationales. Sa fin est le beau et le vrai, recherchés et formulés par l’esthétisme, qui est son outil propre. Ses voies sont obscures, et il n’a pas à se justifier d’être. Sa seule utilité (et quelle utilité !) est d’ouvrir des dimensions nouvelles, des territoires inexplorés dans la psyché humaine, qui est en manque de sens et qui a soif de ce que ne pourront jamais lui donner sociologie, politique, psychologie, sciences exactes…

Le camarade Staline

Non seulement je rejette toute appartenance a priori, mais je crains les cultures nationales fortes – voyez ce qui est arrivé à la littérature française ces dernières décennies : redites et insignifiances bien astiquées abondent. Les appartenances culturelles fortes et volontairement ficelées ont existé. Vous voulez des exemples ? La sculpture et l’architecture dans l’Allemagne et l’Italie fascistes ; le roman et le cinéma sous Staline, et la musique sous Jdanov, l’ineffable ministre de la Culture de l’oncle Joseph… Je m’arrête là. Une culture nationale forte, et le sentiment d’appartenance officiel qui en découle, brime, écrase, écarte les créateurs, mais engraisse, jusqu’à la bouffissure, les institutionnalisés culturels de banquets, de congrès, de bourses, de voyages, d’emplois bidons pour supposément créer… Le Québec a connu, dans ce domaine, de fortes propensions à imiter les modèles européens les plus débilitants.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

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