Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

 

Au nom de la liberté

 Nous voulons être libres! Nous haïssons qu’on nous dise quoi dire, quoi faire. Malgré cette soif de liberté, une majorité respecte les lois, les règles de conduite. La plupart du temps, sans effort. Pas besoin de lois pour ne pas frapper, pour ne pas voler, pour ne pas violer, pour ne pas tuer ? Pas besoin de lois pour respecter l’autre. En nous, une morale agit, appelle « mal » ces écarts de conduite. Pour cette majorité, pas besoin de lois. Chez les animaux, il y a des règles pour la survie, pour la sélection naturelle, des règles inscrites dans les gènes, gérées par l’instinct. Pas de papier. L’Homme, doté de raison, a besoin d’encre pour agir. Sans règles, c’est le chaos. Pourquoi?

Les règles sont pour les sots, ceux qui n’écoutent pas en eux-mêmes, ceux qui ne comprennent pas, les prêcheurs de liberté à tout prix, êtres libres de tout faire, au risque de miner leur existence, celle des autres, celle de la société. Au nom de la liberté, on bloque un pont, une route, on paralyse un métro, on perturbe le libre quotidien des autres. Au nom de la liberté, on vole, on viole, on tue celui qui veut vivre. Que signifie la liberté quand elle brime celle des autres? Les psychopathes se croient libres, les tyrans aussi. Au nom de qui? De la vie, de la nature, de la morale? Certainement pas. Ils se croient libres pour eux-mêmes, pour leur nombril. Ils se foutent de l’autre, de la liberté de l‘autre. Les lois sont pour eux.

Déjà, entre 108-43 av.  J-C,  Marcus Tullius Cicero disait : « Nous sommes esclaves des lois pour pouvoir être libres. » Plus tard, au 18e siècle, Charles de Secondat, Baron de La Brède et de Montesquieu, écrivait que « la liberté est le droit de faire ce que les lois permettent ». Jean-Paul Sartre remodela la citation en : « Être libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir faire ce que l’on peut. »

La liberté, c’est choisir ses contraintes. L’ermite vit les servitudes de la solitude. Je choisis d’avoir la paix, seul, sur une île déserte. Je subis la météo, je mange quand je peux, selon les aléas de la chasse et de la pêche. Pas quand je veux. Aucun réconfort d’une parole, pas d’aide. Seul, je m’endure moi-même, je brave la folie.

Je choisis de m’y rendre avec la plus belle femme au monde, de vivre d’amour et d’eau fraîche. Après quelques semaines, j’essuie ses caprices. En contexte social, il faut subir les autres.

Je choisis de retourner à la civilisation, je partage mon quotidien avec d’autres prospecteurs de liberté. J’y choisis de vivre que pour moi, d’être seul parmi les autres, de brimer la liberté des autres, de tout contrôler, d’être un tyran. J’en subis les conséquences, ici-bas (les prisons débordent), ou dans les mémoires. Je choisis la liberté des autres, de ne pas nuire, de les vouloir capables de choisir, de les savoir libres d’embrasser leurs contraintes, avec discipline, sans chaos. J’en ressens l’effet apaisant de ma propre liberté. « Je ne suis vraiment libre que lorsque les êtres humains qui m’entourent sont également libres », écrivait Mikail Bakanine, philosophe révolutionnaire russe.

L’humain naît pour être libre, et chacun est responsable de l’humanité. La liberté, c’est la fierté de s’associer à ce fragile équilibre.

 Citations dans Evene

© Jean-Marc Ouellet 2012

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

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