Dires et redires, par Alain Gagnon…

 

De La Fontaine et Dostoïevski…

Lorsque, comme moi hier, on se paie coup sur coup du Poe et du Márquez, la réalité de la littérature s’impose dans une intuition absolue. On n’en doute plus. Le texte littéraire se démarque ; lorsque l’on ouvre certains ouvrages, on sait qu’on pénètre en haute littérature, même si elle ne se prouve pas. Comme l’écrivait Alain sur le beau : « Pour tout dire, le beau a ce privilège d’exister. » De même, la littérature est. Et elle est d’autant plus qu’elle vaut, comme tous les arts, par ce qu’elle possède en elle d’irréductible à l’analyse.

Les acharnés de la non-littérature devraient relire Le renard et les raisins de Jean de La Fontaine.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

*

Les préfaces et les introductions ordinairement ennuient. Sauf si on s’appelle Dostoïevski, qu’on est traduit par André Markowicz et qu’on s’apprête à écrire Les carnets de la maison morte. Dans une introduction habile, Dostoïevski nous présente un personnage, ancien bagnard, qui tiendra son rôle comme narrateur tout au long du récit. Le procédé est habile. On s’en doute, l’auteur en profite pour s’abandonner à son penchant : les jugements généraux sur les lieux, les gens et la façon dont on devrait vivre sa vie dans la lointaine Sibérie – ce qu’on appellerait aujourd’hui, dans notre Québec contemporain, l’art de vivre en région périphérique ou semi-périphérique.

À la première page, on retrouve ces lignes qui ont des pieds et des mains. Il y parle des habitants « contraints »de la Sibérie : fonctionnaires impériaux, anciens bagnards assignés à résidence ou qui optent pour demeurer sur place, voyageurs venus de Russie…

« Ceux d’entre eux qui savent résoudre l’énigme de la vie restent presque toujours en Sibérie et s’y enracinent avec bonheur. Par la suite, ils portent des fruits riches et doux. Mais les autres, les gens frivoles, ceux qui ne savent pas résoudre l’énigme de la vie, s’ennuient très vite en Sibérie et se demandent avec angoisse pourquoi ils sont allés jusque-là. C’est avec impatience qu’ils attendent le terme légal de leur mission […]. »

 

Fédor n’explique pas ce que signifie « résoudre l’énigme de la vie ».Vos hypothèses sont aussi bonnes que les miennes. Néanmoins, comme les vôtres, je les ignore, je fais la liste de celles qui me viennent à l’esprit. Résoudre l’énigme de la vie pourrait signifier :

1. que l’on a tout compris ; que l’Être, la mort, la naissance ne recèlent plus de secrets ; que l’on est omniscient ;

2. la résignation.  Qu’une sagesse infuse nous fait tout accepter comme valable et bien parce que dans l’Être ;

3. que l’on s’est égaré jusqu’à la complaisance dans les attraits variés du quotidien, avec la jouissance de l’artisan qui ne voudrait voir plus loin que le jour qui décline et le plaisir qu’apporte l’outil au contact de la matière ;

4. que la musique nous a ouvert son espace sans mots et qu’on y jouit sans retenue de ce que tout l’Être peut offrir à des cerveaux enfin délivrés ;

5. que la christéité ou la bouddhéité a enfin émergé en soi et que, délivré de toutes contradictions, on accède à la haute compréhension qui guérit tous les maux.

Voilà les hypothèses à vérifier, voilà ce que je soumettrais par lettre à Fédor si les postiers célestes n’étaient en grève.

Mon plus grand souhait, c’est qu’un jour, nous soyons tous – écrivains, poètes, philosophes – dépassés. Que l’on viendra nous lire, sans trop d’insistance, dans des bibliothèques surannées et que des jeunes gens commenteront : « Comment ont-ils pu être aveugles à ce point ? Comment ont-ils pu vivre dans un monde si infernal ? » Cette désuétude sera notre victoire.   Ou, plutôt, la victoire de l’Esprit.

Jeunes gens, songez à nous alors, nous qui aurons vécu l’âge de Fer.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

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