Billet de Milan, par Clémence Tombereau…

La ville rêve

La ville, lasse, se repose sous le ciel paréo, sur la terrasse du monde. Elle n’est pas amoureuse ; elle n’attend personne. Elle vit, suit son rythme avec une précision

Nuda di Marina (à la Klimt), Alfa Castaldi

bien huilée. De temps en temps elle se frotte au ciel dans un semblant d’étreinte – un simulacre du jeu amoureux. Mais l’étreinte jamais ne se conclut : la ville reste à terre et le ciel à sa place. Tous les nuages du monde n’y pourront rien.

La ville dort comme toi, ivre de sa journée, éreintée par sa course, par les mouvements trop vifs qu’elle doit supporter. Aussi, lorsque tout, doucement, s’arrête, on imagine son soulagement. On croit même percevoir un immense soupir qui fait bouger les feuilles des arbres endormis. La ville souffle.

Elle respire régulièrement, comme toi. Elle rêve de calme. Elle rêve de jardins. Elle rêve en silence que meurent toutes les voitures. Elle rêve que l’humain n’existe plus, mais se réveillera bien consciente que, sans l’homme, elle n’existe pas. La ville est faible femme.

 

Création

Il a fallu que les hommes essaient, se trompent, s’acharnent pour rendre la chaleur du soleil, la lueur du jour et la fraicheur du crépuscule. Il a fallu que les meilleurs techniciens, les meilleurs informaticiens se transforment en Michel-Ange du virtuel. Ils avaient entre les mains le monde, béant ; ils devaient le recréer, encore mieux, encore plus surprenant et on se doute – on ne sait plus très bien – que le grand art a dû alors s’accoupler avec le progrès.

Toutes les nuances de bleu ont été épuisées, pressées, diluées, mêlées, pour dessiner l’azur du nouveau monde. Une multitude de valeurs calorifères ont été dépecées par les doigts minutieux de ces nouveaux démiurges. Les grands chantiers des pyramides d’Égypte, ceux des gratte-ciel américains n’étaient que des broutilles à côté de cette immensité qu’il fallait meubler à la perfection. Il a fallu créer la vie. Créer la pluie. Démanteler les gouttes, en extraire l’essence, les cellules souches, et bien plus encore, et reproduire, et se tromper, non, ce n’est pas encore de la pluie, acharnez-vous on vous dit : on veut de la vraie pluie, pas de l’eau bête qui tombe du ciel, pas un arrosage automatique !

Il a fallu les torturer, sûrement, les menacer de mort, ces hommes, ces encore hommes, ces génies qui ont su concevoir un autre monde. Ils ont dû souffrir, sentir dans les tréfonds de leurs entrailles la sale morsure de l’impuissance humaine. Mais ils ont continué, aussi fou que cela puisse paraître, comme autant de fourmis opiniâtres, sérieuses, qui reconstruisent un univers alors qu’un coup de vent vient d’anéantir celui qu’elles connaissaient. C’est cela. L’homme a dû être fourmi et bien plus que ça.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit actuellement à Milan, en Italie.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rouge-déclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous que vous auriez intérêt à visiter : http://clemencedumper.blogspot.com/  (Clémence Tombereau vient de publier aux Éditions du Chat Qui Louche Fragments, un recueil de billets que vous pouvez vous procurer en version numérique pour un prix plus que modique à l’adresse suivante : http://www.editionslechatquilouche.com/)

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