Résumé de l’intrigue
Dans un style qui n’appartient qu’à cette auteure, Une couleur dans le noir raconte l’histoire d’une adolescente en crise qui tente de
faire le deuil de sa mère morte dans sa tendre enfance. Elle essayera tant bien que mal de créer des liens avec sa belle-mère ainsi qu’avec son père qui noie son désespoir dans l’alcool pour oublier sa première épouse. L’adolescente vivra les prémices d’un premier amour avec un jeune homme dont elle deviendra enceinte. Elle devra prendre la difficile décision de garder ou de rejeter cet enfant et finira par l’accepter en hommage à sa mère morte.
Ce roman vaut par sa langue et l’atmosphère inoubliable qu’il crée. Une écrivaine est née.
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Extrait
Ma mère, c’est un ange. Ma mère est morte quand je suis née. Je suis née les deux pieds devant, à contrecœur, on m’a prise de force. On m’a tirée, on m’a tirée si fort, et moi je m’agrippais de toutes mes forces à la paroi maternelle, et j’ai glissé, et j’ai cédé, et je suis arrivée en criant. Mon père m’a dit que le médecin n’avait jamais entendu un enfant crier si fort ni remuer autant. Et ma mère est morte. Et mon père a voulu mourir. Je me suis peut-être agrippée trop fort à elle. Je suis orpheline de mère, je n’ai jamais eu de mère et quelquefois, elle me manque. Terriblement.
J’ai une photo de ma mère. Un cadre doré un cadre sans contours réels, contours flous qui tirent vers le passé qui m’attirent dans un lieu innommé, dans une autre vie qui n’est pas la mienne. Je regarde le papier glacé, le papier de cette photo, et j’aspire à prendre naissance en elle mais toujours je ne fais que regarder. Une simple spectatrice confinée à la dernière rangée.
Une femme est sur une plage, un grain de sable que je glisse entre mon pouce et mon index, que je roule entre mes deux doigts, que je forme sans idée préconçue. Et l’image se précise. La femme semble s’étirer sous un soleil trop chaud, un grain de sable avec sa blondeur qui s’alanguit sous les rayons. Elle sourit mais si on y regarde de plus près, son sourire peut ressembler à une grimace, un étrange rictus qui ne trahit ni joie ni désespoir mais un mélange d’indifférence et d’un sentiment qu’on ne peut nommer, un sentiment à l’odeur de mort.
De loin, sans qu’on me voie, vilaine espionne à l’affût, je regarde la scène. La femme avance lentement, avance vers l’eau comme si elle voulait s’y noyer. Elle plonge et je la perds. La femme se relève et son corps ruisselant est exposé au soleil. Son corps ruisselant tiré en avant par un poids, un poids trop lourd. Est-ce mon imagination ? Le poids d’un enfant dans un ventre qui se plie avec elle, qui nage dans son eau à elle, dans son eau à lui. Mais non, il n’y a pas d’enfant, l’enfant est sur la plage, et sur la plage encore, il y a un homme, du déjà vu, un homme qui regarde la femme et la passion entre eux, surtout lui, quelquefois comme une barrière, une barrière qui surgit, une barrière qui me bloque le passage, à moi.
La femme retourne sur la plage et l’homme la prend dans ses bras et attrape au passage des petites gouttes d’eau. Et la petite fille, le bébé, bat des mains et vient sur eux. Et plus tard, la femme se relève et reprend la pose et il n’y a plus de gouttes d’eau. Ni de grain de sable. La femme dans sa beauté prend toute la place dans sa blondeur dans son sourire et dans ses yeux, si loin. Et je m’éloigne car je suis triste. Cette plage n’est pas la mienne. La photo me brûle les mains et à chaque fois c’est pareil et je retourne le cadre du mauvais côté, du côté où il n’y a rien.
Je suis une image. Je suis un mouvement sur du papier. Je me froisse, je me rature et je recommence. On me redéfinit toujours. Quand je sens que l’image est la bonne, je la garde jusqu’à ce que ça se froisse encore.
Notice biographique
Pascale Bourassa est née au Lac-Saint-Jean. Elle a fait des études en création littéraire et obtenu une maîtrise en 2001 à l’UQAM. Elle avoue avoir été influencée par la grande Anne Hébert dont elle admire les œuvres. Son écriture s’inscrit en partie dans le mouvement psychanalytique. Pascale Bourassa s’inspire des gens qui l’entourent. La psychologie humaine la fascine. Elle adore aussi voyager et découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures. Elle habite maintenant l’Alberta et montre une prédilection pour les grands espaces sauvages de l’Ouest.
En 2009, elle publiait son premier roman : Le puits, aux Éditions de la Grenouille Bleue.
Publié par Alain Gagnon 










































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