Chronique cinéma et musique… de Jean-François Tremblay

10 janvier 2011

Qu’est-ce qui vous intéresse?

Jean-François Tremblay

Le 24 décembre dernier, je fus invité à un souper de Noël chez la sœur de ma copine.

Au cours du repas, j’eus l’occasion de discuter avec un homme que je rencontrais pour la première fois – en l’occurrence, le fils du beau-père du copain de la sœur de ma copine.

La conversation était entamée depuis quelques minutes lorsque j’eus l’idée de lui demander ce qu’il faisait dans la vie.   C’est alors qu’il m’expliqua, très cordialement, qu’il avait en horreur cette question, vide de sens à ses yeux.

Cet homme, un célibataire endurci dont les occupations l’amenaient à beaucoup voyager, m’expliqua que, lorsqu’il draguait dans les clubs, par exemple, il détestait se faire aborder avec cette question, qui selon lui ne disait pas grand-chose sur la personne qui y répondait.

Le travail de cet homme, me confia-t-il, ne le définissait pas, ne révélait rien de sa personnalité, et selon lui ce n’est pas cette question que les gens devraient poser lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois.

Plutôt que de demander : « Que fais-tu dans la vie? », nous devrions poser la question suivante : « Qu’est-ce qui t’intéresse? »

Je dois avouer que la chose me plût beaucoup, car étant présentement entre deux emplois, la question du « Que fais-tu dans la vie? » est l’une de celles que j’abhorre.

J’ignore à chaque fois comment y répondre, et une certaine honte accompagne irrémédiablement la réponse, un sentiment de culpabilité que je n’arrive jamais totalement à chasser (probablement dû à mon orgueil, mon éducation ou la conséquence du milieu dont je suis issu), et peu importe ce qui sort de ma bouche, je reste avec l’impression que la seule chose que mon interlocuteur retiendra est que je ne fous rien de mes journées.

En clair, je déteste devoir répondre que je suis sans emploi.  Cet état ne révèle absolument rien de ma personnalité – si ce n’est de la difficulté que j’éprouve à vendre ma salade en entrevue – et ne fais que me rendre mal à l’aise.

La vie de chômeur, quoique comportant d’évidents désavantages, me donne la chance de vaquer à des occupations pour lesquelles le temps manque lorsque je travaille.

Parallèlement à ma recherche d’emploi,  je fais partie d’un cercle d’écriture qui se rencontre régulièrement, je publie des critiques de disques et de spectacles sur un site web culturel (et pour lequel j’ai la chance d’interviewer des artistes internationaux), je lis énormément – plus que je ne l’ai fait depuis des années! –, je me nourris de disques à la tonne, de films, de séries télé, etc.

Je vis à une époque extraordinaire, une ère où la culture est à la portée de tous, au bout des doigts, et ma curiosité n’est jamais assouvie.  Je suis un grand adepte du moment présent et de tout ce qui s’y fait.  La culture est plus vivante que jamais en 2011.

Donc, à la question « Que fais-tu dans la vie? », la réponse la plus juste que je pourrais donner serait que je m’occupe en permanence à me cultiver, que mon cerveau et mes sens sont perpétuellement sollicités, et surtout, oui surtout, que je m’amuse.

Malheureusement, cette occupation de l’esprit et des sens peut être perçue comme de l’oisiveté, et je ne suis toujours pas parvenu à faire en sorte que mes passions paient le loyer.

Alors laissons cette question de côté, si vous le voulez bien, et laissez-moi plutôt partager avec vous, dans cette chronique bimensuelle, ce qui m’intéresse et me nourrit au plan culturel.

Et en retour, vous êtes invités à me faire part de ce qui vous intéresse dans les commentaires.

Dans mes oreilles ces jours-ci :

En 2010, mon album préféré fut  Pickin’ Up The Pieces de Fitz and the Tantrums, un groupe californien qui donne dans la soul à saveur rétro

Damien Robitaille

mais originale et extrêmement entraînante, et ce sans aucune guitare.  Un disque très court qui s’écoute avec beaucoup de plaisir.  Le groupe sera en spectacle à Montréal dans quelques semaines.

J’ai aussi découvert dernièrement – en retard sur tout le monde – les merveilleuses petites chansons de Damien Robitaille.  Ce mélange de kitsch assumé, de bouffonnerie, de flirt, et de poésie du quotidien m’a tout de suite interpellé.  En attendant de le voir sur scène, j’écoute ses albums en continu.

Dans ma télé :

 

Martin Scorsese

Durant les Fêtes, j’ai rattrapé la première saison de la série Boardwalk Empire.  Produite par Mark Wahlberg et Martin Scorsese (celui-ci ayant réalisé le premier épisode), cette série, qui mélange habilement le drame à la comédie, raconte l’histoire semi-réelle des gangsters d’Atlantic City au début des années 1920, menés par Nucky Thompson (personnage joué avec brio par Steve Buscemi et basé sur le vrai Nucky Johnson).  La distribution de haut calibre – Kelly McDonald, Michael Shannon, Dabney Coleman, etc. –  nous en met plein la vue et le scénario est habilement construit, nous tenant en haleine d’un épisode à l’autre.  Je suis tombé sous le charme, et bien que ça ne soit pas aussi bon que Mad Men – rien ne l’est, à mon avis – c’est semblable.  Les années folles du cinéma muet et d’Eddie Cantor sont reconstituées avec justesse, et ce que l’on apprend, entre autres, sur la condition des femmes à cette époque est fascinant.

Vous saviez, par exemple, que les femmes utilisaient du Lysol comme moyen de contraception dans les années « 20 » ?  Je l’ignorais…

Notice biographique

« Jean-François Tremblay est né à Jonquière en 1977.  Passionné de musique et de cinéma dès un très jeune âge, il fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bacc. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007. »  Il tiendra une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

 




Éphémérides… le gramophone…

30 août 2010

1er sept 1887 : Le gramophone est breveté

Le gramophone est un appareil qui permettait d’entendre de la musique ou des paroles préalablement  enregistrées sur un disque.   L’Allemand Emile Berliner l’aurait inventé, développé et breveté de 1886 à 1889. Le disque à gravure latérale, support de l’enregistrement sonore, en constitue l’innovation majeure. La gravure latérale consiste en un va-et-vient d’un stylet graveur dans le plan du disque.  Au au microscope, un sillon à gravure latérale rappelle les méandres d’un fleuve sur une carte géographique.

Si Berliner est à l’origine de l’adoption de ce procédé, il n’est toutefois pas le tout premier à l’avoir essayé.     Le Smithsonian Museum détient un disque enregistré qu’on y a déposé en 1881.   Charles Sumner Tainter et Chichester Bellet l’ont fabriqué cette même année .  Il faut rappeler aussi l’invention  de Thomas Edison qui, fin 1877, réalisa  le premier phonographe.  Son procédé consistait à graver en profondeur la surface d’un cylindre en rotation. On désigne cette technique sous le nom de gravure verticale.  On peut citer  aussi Édouard-Léon Scott de Martinville qui a inventé le phonautographe, dix-sept ans auparavant, bien que les résultats furent modestes, il réussit à enregistrer Au clair de la lune le 9 avril 1860.

Emile Berliner reçoit un brevet pour le gramophone en 1887.  Une compagnie fondée par Berliner et quelques amis le commercialisera pour la première fois en 1893.  Un concurrent, Seaman, arrivera à faire retirer le gramophone des circuits des grands magasins aux États-Unis. Berliner s’installera alors à Montréal où son entreprise connaîtra un immense succès.  En 1901, on vendra deux millions de disques. À la fin de la Première Guerre mondiale, (1914-1918), la compagnie  prendra une formidable expansion et l’usine de Berliner constituera l’une des plus modernes de Montréal.

Avant la radio, le gramophone aura servi à la diffusion et à la démocratisation de la musique.   Un précurseur du mp3…

 

 

Emile Berliner

 

(Sources partielles : Wikipédia et Les éphémérides d’Alcide.)

 


Cioran et la musique : Abécédaire…(37)

1 juin 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Musique — Au sujet de la musique, Cioran, ce vieux magicien, ce vieux saint sans-dieu, vient nous illuminer, nous mettre en relation avec ce que nous avons de plus cher en nous par ce télescopage esthétique :

Nous portons en nous toute la musique : elle gît dans les couches profondes du souvenir.  Tout ce qui est musical est affaire de réminiscence.  Du temps où nous n’avions pas de nom, nous avons dû tout entendre.

Une fois de plus cet athée, ami des saints, nous place au diapason de la grâce.

Après ce passage, donc, rangeons tout travail.  Pratiquons l’otium pour le reste du jour.  Cette façon intelligente de ne rien faire d’utile, qui vaut bien des révolutions politiques pour décaver les États.  Au programme, Wagner, Hildegarde Bingen et Satie.


Schopenhauer et la musique : Abécédaire…(36)

31 mai 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Musique — Lorsque l’on écoute bien l’univers, on entend de la musique ou du bruit  – selon son état d’âme.  Langage de la Volonté, selon Schopenhauer.

 

Schopenhauer

 

Musique — La musique est l’expression la plus aiguë de la perfection dans le monde, la plus compréhensible pour ce monde.  Si un poète ou un philosophe déclare détester la musique, ne dépensons pas un sou à l’achat de ses œuvres.  Nous n’aurions droit qu’à un soliloque itératif et plastique.  Gaspillage d’argent et, surtout, de temps.



Musique et intermédiation : Abécédaire…(35)

29 mai 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Musique — Tout ce qui désigne à la fois révèle et occulte.  À preuve, les symboles et les mots.  De là la primauté de la musique, médium à intermédiation minimale.  Tous l’entendent par le cœur, par l’âme, hors l’entremise des langues, dialectes, patois que chacun baragouine.

Souvenons-nous de cette magnifique fête des musiques et de la danse offerte à l’univers lors du passage au Troisième Millénaire.

http://maykan.wordpress.com/

 


Art, finalité, érudition… Abécédaire…(4)

7 mars 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Art — Nous sommes plus que des animaux, plus que des conglomérats de souvenirs et de réflexes conditionnés.  Nous sommes des êtres à conscience réfléchie.  Et une part de liberté est inhérente à cette conscience – congrue, mais réelle et déterminante.  Sans liberté, les hasards et le temps auraient pu, au mieux, engendrer des aisances, des facilités techniques ; l’art, jamais.

Art — Finalité de la musique : trouver la mélodie qui contiendrait toutes les notes et réconcilierait tous les sons.  Finalité de la poésie : le vers absolu qui éclairerait la lumière absolue de lumière absolue – celle dont l’ombre n’est même pas le contraire, celle qui n’est même pas le contraire de l’ombre.  Finalité de la peinture : trouver la couleur et la forme qui aboliraient toutes les couleurs et toutes les formes…  Devenir à nouveau sourd, aveugle, muet qui voit, profère et entend la Réalité nue du monde.


Art — L’érudition est parfois la plus sûre ennemie de l’art et de la culture.  Elle est recettes, tics, plagiats plus ou moins volontaires, tape à l’œil, bons mots à disposer entre les petits-fours dans les cocktails et les lancements.  Elle fait souvent fuir ceux que l’art pourrait autrement toucher.

Art — La seule certitude pour l’artiste est l’échec, relativement à son projet.  Ceux qui croient avoir réussi portaient de bien insignifiants, de bien chenus projets.

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Propos sur l’oubli de soi…(17) : Carleton, la mer et Moïse…

31 janvier 2010

Extraits d’un ouvrage à Paraître : Propos sur l’oubli de soi…

Les paysages sont des escabeaux sur lesquels s’arcboute l’esprit pour hausser ce vivant au-delà de lui-même.  Toute identification ne peut être qu’adjuvant temporaire.  Carleton et la mer me sont moins nécessaires.  Mais l’air y est toujours aussi doux au soir et les vagues une musique qui rend insatiable.

*

 

Par la musique nous avons la capacité de penser au-delà du moi quotidien, au-delà des dieux, au-delà de ce que les dieux auraient voulu que nous pensions, que nous sachions.

*

 

Beaucoup sont dans la situation de Moïse.  Du haut d’une colline, de loin, on lui a montré la Terre promise. Mais on ne lui a pas permis d’y entrer.  De même, nous pressentons au cœur du soi le Réel.  Nous l’effleurons, le courtisons.  Bien peu s’y fondent dès cette vie.

*

 

Tu croyais tuer le temps par de si nombreuses activités, de si nombreux projets.  Un si grand activisme…  Et c’est le temps qui a tué ce que tu croyais être toi.


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