Qu’est-ce qui vous intéresse?
Le 24 décembre dernier, je fus invité à un souper de Noël chez la sœur de ma copine.
Au cours du repas, j’eus l’occasion de discuter avec un homme que je rencontrais pour la première fois – en l’occurrence, le fils du beau-père du copain de la sœur de ma copine.
La conversation était entamée depuis quelques minutes lorsque j’eus l’idée de lui demander ce qu’il faisait dans la vie. C’est alors qu’il m’expliqua, très cordialement, qu’il avait en horreur cette question, vide de sens à ses yeux.
Cet homme, un célibataire endurci dont les occupations l’amenaient à beaucoup voyager, m’expliqua que, lorsqu’il draguait dans les clubs, par exemple, il détestait se faire aborder avec cette question, qui selon lui ne disait pas grand-chose sur la personne qui y répondait.
Le travail de cet homme, me confia-t-il, ne le définissait pas, ne révélait rien de sa personnalité, et selon lui ce n’est pas cette question que les gens devraient poser lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois.
Plutôt que de demander : « Que fais-tu dans la vie? », nous devrions poser la question suivante : « Qu’est-ce qui t’intéresse? »
Je dois avouer que la chose me plût beaucoup, car étant présentement entre deux emplois, la question du « Que fais-tu dans la vie? » est l’une de celles que j’abhorre.
J’ignore à chaque fois comment y répondre, et une certaine honte accompagne irrémédiablement la réponse, un sentiment de culpabilité que je n’arrive jamais totalement à chasser (probablement dû à mon orgueil, mon éducation ou la conséquence du milieu dont je suis issu), et peu importe ce qui sort de ma bouche, je reste avec l’impression que la seule chose que mon interlocuteur retiendra est que je ne fous rien de mes journées.
En clair, je déteste devoir répondre que je suis sans emploi. Cet état ne révèle absolument rien de ma personnalité – si ce n’est de la difficulté que j’éprouve à vendre ma salade en entrevue – et ne fais que me rendre mal à l’aise.
La vie de chômeur, quoique comportant d’évidents désavantages, me donne la chance de vaquer à des occupations pour lesquelles le temps manque lorsque je travaille.
Parallèlement à ma recherche d’emploi, je fais partie d’un cercle d’écriture qui se rencontre régulièrement, je publie des critiques de disques et de spectacles sur un site web culturel (et pour lequel j’ai la chance d’interviewer des artistes internationaux), je lis énormément – plus que je ne l’ai fait depuis des années! –, je me nourris de disques à la tonne, de films, de séries télé, etc.
Je vis à une époque extraordinaire, une ère où la culture est à la portée de tous, au bout des doigts, et ma curiosité n’est jamais assouvie. Je suis un grand adepte du moment présent et de tout ce qui s’y fait. La culture est plus vivante que jamais en 2011.
Donc, à la question « Que fais-tu dans la vie? », la réponse la plus juste que je pourrais donner serait que je m’occupe en permanence à me cultiver, que mon cerveau et mes sens sont perpétuellement sollicités, et surtout, oui surtout, que je m’amuse.
Malheureusement, cette occupation de l’esprit et des sens peut être perçue comme de l’oisiveté, et je ne suis toujours pas parvenu à faire en sorte que mes passions paient le loyer.
Alors laissons cette question de côté, si vous le voulez bien, et laissez-moi plutôt partager avec vous, dans cette chronique bimensuelle, ce qui m’intéresse et me nourrit au plan culturel.
Et en retour, vous êtes invités à me faire part de ce qui vous intéresse dans les commentaires.
Dans mes oreilles ces jours-ci :
En 2010, mon album préféré fut Pickin’ Up The Pieces de Fitz and the Tantrums, un groupe californien qui donne dans la soul à saveur rétro
mais originale et extrêmement entraînante, et ce sans aucune guitare. Un disque très court qui s’écoute avec beaucoup de plaisir. Le groupe sera en spectacle à Montréal dans quelques semaines.
J’ai aussi découvert dernièrement – en retard sur tout le monde – les merveilleuses petites chansons de Damien Robitaille. Ce mélange de kitsch assumé, de bouffonnerie, de flirt, et de poésie du quotidien m’a tout de suite interpellé. En attendant de le voir sur scène, j’écoute ses albums en continu.
Dans ma télé :
Durant les Fêtes, j’ai rattrapé la première saison de la série Boardwalk Empire. Produite par Mark Wahlberg et Martin Scorsese (celui-ci ayant réalisé le premier épisode), cette série, qui mélange habilement le drame à la comédie, raconte l’histoire semi-réelle des gangsters d’Atlantic City au début des années 1920, menés par Nucky Thompson (personnage joué avec brio par Steve Buscemi et basé sur le vrai Nucky Johnson). La distribution de haut calibre – Kelly McDonald, Michael Shannon, Dabney Coleman, etc. – nous en met plein la vue et le scénario est habilement construit, nous tenant en haleine d’un épisode à l’autre. Je suis tombé sous le charme, et bien que ça ne soit pas aussi bon que Mad Men – rien ne l’est, à mon avis – c’est semblable. Les années folles du cinéma muet et d’Eddie Cantor sont reconstituées avec justesse, et ce que l’on apprend, entre autres, sur la condition des femmes à cette époque est fascinant.
Vous saviez, par exemple, que les femmes utilisaient du Lysol comme moyen de contraception dans les années « 20 » ? Je l’ignorais…
Notice biographique
« Jean-François Tremblay est né à Jonquière en 1977. Passionné de musique et de cinéma dès un très jeune âge, il fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma. Au cours de son Bacc. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent. Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise. Jean-François habite la métropole depuis 2007. » Il tiendra une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.



Publié par Alain Gagnon 







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