Chronique urbaine, avec Jean-François Tremblay…

15 mai 2012

Un lundi soir à Hollywood

Lundi 16 avril 2012,  Hollywood Boulevard. Vers 16 h 30.

Mon ami Marc-André, et moi-même, sortons de la station de métro Hollywood/Vine. Devant le Pantages Theater, nous prenons la décision de marcher un peu sur le boulevard, sans but précis. Nous avons toute la soirée pour nous, et nous sommes à Hollywood.

Fan de cinéma, je suis hypnotisé par les nombreuses étoiles sous mes pieds. En vérité, le Walk of Fame n’a rien de particulièrement impressionnant (surtout si vous en avez vu un autre, tel que celui de Toronto que j’ai visité en 1998).  Ce ne sont que des étoiles dans le ciment.  N’empêche que j’aurais pu passer la soirée à regarder par terre et ne rien voir d’autre autour de moi.

Au total, tel un vrai touriste, j’ai bien dû photographier une cinquantaine d’étoiles. Ridicule, je sais.

Après un délicieux hamburger chez Juicy Burger (coin Hollywood Blvd et Ivar Ave), nous continuons notre promenade. C’est alors que nous apercevons les lettres de l’enseigne d’Hollywood au loin, sur le mont Lee. Du moins, les trois premières lettres. Le reste est caché par des édifices.

Nous décidons alors de nous diriger en direction de l’enseigne pour tenter de la voir au complet. Nous partons, à pied, vers les collines d’Hollywood, sur Argyle Avenue.

Le quartier que nous découvrons est des plus pittoresques. Des maisons de tous genres, pas nécessairement luxueuses, mais très jolies, s’empilent les unes sur les autres, près des autres, formant un mélange de couleurs et de styles. La verdure luxuriante ajoute au tout.

Les rues sont étroites. La température est superbe. Nous avons cette motivation commune de voir ces grandes lettres de près (du moins, le plus près possible avant la noirceur), et nous avançons lentement, mais sûrement.

Les maisons nous cachent la fameuse enseigne, mais nous savons à peu près dans quelle direction aller. Cependant, les rues ne cessent de tourner dans toutes les directions, et nous ignorons si nous sommes dans un quartier qui nous permettra de voir l’enseigne au final, ou s’il y aura toujours plus de maisons et d’arbres.

Et nous sommes constamment attirés par diverses choses : maisons typiques, voitures décorées de manière étrange et surtout, la vue de Los Angeles qui, au fur et à mesure de notre ascension, devient de plus en plus jolie à nos pieds et qui ne cesse d’attirer notre regard.

Dans un tournant, sur Temple Hill Dr, il y a une pente à pic, entre deux maisons. Au sommet de la pente, une clôture qui semble longer un terrain. Convaincus que de là-haut nous serons en mesure de voir dans quelle direction aller, nous montons. Je suis nerveux, car le terrain semble privé. J’entends des hélicoptères à proximité, et je les imagine déjà nous interpeller, et mon imagination s’affole jusqu’à nous voir dans une cellule dans un poste de police quelconque de Los Angeles.

Une fois là-haut, mis à part une vue magnifique de Los Angeles, nous ne voyons rien. La clôture que nous avions aperçue de la rue donne sur un terrain où se trouve une demeure, mais les aspérités des lieux nous empêchent de voir quoi que ce soit d’autre. Nous redescendons, de peine et de misère (c’est très à pic).

Un peu plus sales, un peu plus en sueur, et incertains d’arriver à voir de près l’enseigne d’Hollywood, nous continuons malgré tout notre marche.

Retour, donc, vers Argyle Ave, pour ensuite prendre El Contento Dr vers le nord. Tout ceci se fait en lente montée depuis le début. J’ai très soif. Il fait chaud, mais pas trop. C’est surtout une fin d’après-midi paradisiaque. Le quartier est d’une beauté incroyable, et je suis bien. Il n’y a presque pas de circulation et malgré nos recherches infructueuses pour entrevoir, ne serait-ce qu’un moment, le signe d’Hollywood, nous avons du plaisir à nous trouver là.

El Contento monte pendant un petit moment, et j’ai un drôle de sentiment ; celui que nous allons bientôt être chanceux. C’est à ce moment que nous arrivons près d’une intersection. En approchant, je vois le nom de la rue perpendiculaire : Quebec Dr.

Je dis à Marc-André : « Ça, c’est un signe du destin ! »

Et voilà que, trente secondes plus tard, nous sommes sur Quebec Dr et qu’entre deux maisons, nous voyons enfin les lettres HOLLYWOOD au complet.

Enfin !

À partir de là, nous marchons dans Quebec Dr vers l’ouest, qui devient Creston Dr en montant vers le nord, pour aboutir sur Durand Dr.

« Durand » étant le nom de famille de ma copine, j’y vois un autre signe. Un signe de quelque chose que je ne saurais préciser, mais un signe.

Nous abordons une femme qui promène son chien et lui demandons comment on peut s’approcher du signe.

Elle nous conseille de continuer dans Durand Dr, et de prendre ensuite un chemin de terre (une trail, en bon français…), qui longe les collines et qui nous mènera à un belvédère d’où nous pourrons mieux voir l’enseigne.

Et c’est ce que nous faisons. Nous nous rendons, donc, jusqu’au chemin de terre qui longe le Hollywood Reservoir. De là, nous voyons le Mulholland Dam (le même que l’on voyait s’effriter dans le film Tremblement de Terre en 1974).

Et nous arrivons, enfin, au belvédère, vers 18 h 45. La lumière est splendide, tout est calme. Il y a peu de gens. Nous sommes fatigués, mais heureux d’avoir atteint notre but.

Voir le signe d’encore plus près nous aurait demandé plus de temps, voire une voiture. Et de toute façon, les lettres sont derrière une clôture aujourd’hui ; il aurait été impossible de les toucher. J’étais simplement heureux de voir de mes propres yeux une icône importante de ma vie de cinéphile.

De retour, une heure plus tard, sur Hollywood Blvd, nous avons continué notre périple.

Nous avons visité des boutiques de souvenirs, avons mangé au California Pizza Kitchen, un resto au sein même du Kodak Theatre (où sont présentés les Oscars), et sommes allés nous promener sur Sunset Blvd.

Nous avons terminé la soirée dans un bar de danseuses nues (où l’affiche annonçait  1000’s of Beautiful Girls, and 3 Ugly Ones), et au retour nous nous sommes fait arnaquer par un homme qui a partagé une ballade en taxi avec nous (à nos frais…).  Mais ceci vous sera raconté une autre fois…

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine, par Jean-François Tremblay…

1 mai 2012

Insécurités et lectures lumineuses

Sarah Slean

Installé devant mon moniteur, avec un café noir et la douce voix de Sarah Slean en arrière-plan, je me demande par où commencer.

Tout d’abord, s’il n’y a pas eu de chronique il y a deux semaines, c’est que j’étais en vacances Californie.   Au Coachella Valley Music and Arts Festival, le même où je m’étais rendu l’année dernière.

J’y allais pour me plonger dans trois jours de découvertes et d’extase musicale, mais aussi pour décrocher. J’en étais rendu au point où un collègue de travail m’a demandé, quelque temps avant mon voyage, si j’étais en burnout. C’est dire comment j’avais mauvaise mine…

En fait, l’hiver de merde que j’ai passé, et ce début de printemps tristounet (autant au niveau de la température que tout le reste) sont dus en grande partie à l’écriture des derniers paragraphes d’un chapitre important de ma vie.  Celui de ma vie à Montréal.  Je ne veux pas m’étaler sur le sujet. Je l’ai assez fait ici.

J’ai choisi d’aller vivre avec mon amoureuse là où elle travaille.   Je partirai à la fin juin. Il y a quelques années à peine, l’homme que j’étais n’aurait pu faire ce compromis. J’avais peur de m’enfermer à jamais dans une relation amoureuse.  Plus maintenant.  Pas avec elle.   Avec elle, je n’ai peur de rien.  Et avec elle, j’irais n’importe où.

J’ai également songé à quitter le Chat qui Louche. Je le dis tout haut ici pour la première fois.

La raison est simple : l’autocritique. Un sentiment profond d’inadéquation envers les bons auteurs de ce site. Mais ça aussi, j’en ai déjà parlé ici. Je me répète. Et il ne s’agit pas de la première fois où mes éternelles insécurités me causent des problèmes…  Mais je persiste et je reste. Je crois que la grisaille qui m’assaille depuis des mois va bientôt se dissiper.

Et d’ailleurs, j’aurai plus de temps à consacrer à l’écriture cet été, lorsque je serai à la recherche d’un emploi dans ma ville ontarienne. Tel que me l’a suggéré un ami, je bloguerai très certainement sur mes expériences là-bas.

Roger Ebert

Au cours de l’hiver, j’ai lu trois livres qui m’ont grandement plu et ont apporté de la lumière dans ma vie. Trois livres par trois hommes vieillissants qui font parler leur cœur.  Laissez-moi vous en faire part.

Tout d’abord, il y eut Life Itself  de Roger Ebert.

Ebert est l’un des critiques de cinéma les plus reconnus dans le monde. Cet américain de 69 ans, gagnant du prix Pulitzer, est un auteur que j’admire énormément. Ses critiques sont toujours riches, détaillées, et extrêmement bien écrites. Avec la défunte Pauline Kael, il est probablement le critique américain le plus influent.

Son livre, une autobiographie, raconte sa vie en détail, divisé en chapitres thématiques. Auteur d’un blogue très populaire, il a repris diverses entrées et les a retravaillées, pour créer les chapitres du bouquin.

Avec sa verve teintée d’ironie, son don de conteur et sa mémoire fabuleuse, il nous raconte sans pudeur sa vie, son métier, sa famille, ses amis, et ses rencontres avec diverses célébrités. Il nous parle aussi de son cancer, de son alcoolisme, de son amour profond pour sa femme.

J’ai versé quelques larmes au cours de la lecture. J’ai aimé ce livre de tout mon cœur. Et je le recommande à tout le monde.

Ensuite, ma copine m’a offert en février, pour mon anniversaire, un livre du critique canadien David Gilmour intitulé The Film Club (L’école des Films, en français).

Il s’agit d’un fait vécu. L’auteur nous raconte dans ce livre la solution bien particulière qu’il a trouvée pour faire face aux graves problèmes que son fils adolescent éprouvait à l’école. L’entente entre le jeune homme et son père était que le fils pourrait abandonner l’école, mais qu’en revanche, il serait obligé de regarder au moins trois films par semaine avec son père. Des films choisis par ce dernier, dans le but de faire son éducation.

Le livre nous raconte donc cette période charnière dans la vie du fils de David Gilmour, du point de vue du père. On nous montre l’évolution du fils, mais aussi tout ce que le père a lui-même appris au fil de ces quelques années précieuses passées avec son fils.  Souffrant moi-même du grand vide laissé par mon père il y a quatre ans, j’ai été profondément touché par ce récit d’amour paternel. Le livre nous fait passer agréablement du rire aux larmes, et se lit en très peu de temps. Un petit bijou.

Et je viens de terminer, ce week-end, la lecture du long roman 11/22/63 de Stephen King.   Plus de 800 pages qui tournent autour, vous l’aurez deviné, de cette fameuse journée où JFK fut assassiné.

En 2011, un jeune professeur d’anglais au secondaire,  Jake Epping, apprend par le biais d’un ami restaurateur l’existence d’un passage vers le passé, plus précisément vers l’année 1958. Un passage qui se trouve dans le restaurant de son ami.  Celui-ci étant trop vieux et trop malade pour mener à terme son projet, il convainc donc Jake d’aller en 1958 et d’y rester jusqu’en 1963, et de tenter de sauver le président Kennedy. Et du fait même, de vérifier si Oswald a bien agi seul.

Et c’est ce que Jake, 35 ans, décide de faire.

Sur plus de 800 pages, on suit donc la vie de Jake Epping dans l’Amérique des années 60. Les magnifiques voitures, la musique, les cigarettes, les vêtements, le rythme de la vie moins effréné…  Ici, Stephen King est en mode nostalgique et sentimental. Il s’agit de l’un de ses romans les plus atypiques.

Il ne s’agit pas d’un roman parfait, loin de là. Il y a des longueurs. Et il a deux histoires auxquelles on s’intéresse à des degrés différents. Tout d’abord, il y a la mission de Jake, c’est-à-dire le travail de détective qu’il effectue : pendant des années, il suit Oswald et sa petite famille, tente de mieux connaître le futur assassin du président et de savoir, hors de tout doute, s’il est coupable ou non.

Et puis il y a la vie au quotidien de Jake, qui se trouve un boulot d’enseignant dans une petite ville, près de Dallas, et qui tombe amoureux de Sadie la bibliothécaire.

Cette histoire est certes plus intéressante que l’autre, et on en vient à ne plus vraiment se soucier de la mission de Jake, du moins jusqu’à un certain point. Quand ces deux histoires se déroulent en parallèle, on ressent de la frustration à passer constamment de l’une à l’autre. Mais lorsque les deux récits finissent par se rejoindre, le tout devient palpitant, et les quelque 200 ou 300 dernières pages sont des plus enlevantes.

Stephen King se permet de réécrire l’histoire, mais ceci ne se fait pas sans conséquence. La finale est déchirante et fait partie des choses les plus sensibles que King ait écrites. L’histoire d’amour au cœur de ce roman est l’une des plus belles qu’il a inventées. Et c’est cet élément que l’on retient le plus lorsqu’on referme le roman.

En cette fin avril, je vais de mieux en mieux.

On se revoit dans deux semaines.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine de Jean-François Tremblay…

6 février 2012

 S’ouvrir au changement

(Note — Le texte promis sur la télésérie Breaking Bad ne sera pas publié cette semaine, mais plutôt dans une chronique subséquente.)

 Première partie : Partir

Take me to the fantastic place /Keep the rest of my life away/[…] /Take me by the hand /You’ll either kill me or you’ll save me (« Fantastic Place », Marillion  – 2004)

 Au moment d’écrire ces mots, je me trouve devant un courriel de mon propriétaire me demandant si je renouvelle mon bail cette année ou non.

Ce courriel, à vrai dire, je le redoutais un peu.

Il y a trois semaines, après quelques mois de sérieuse réflexion, j’ai pris la décision d’aller rejoindre ma copine dans cette ville ontarienne où elle travaille depuis septembre. J’ai prévu partir au terme de mon bail, fin juin.

Lorsque la décision fut prise, il y eut les appels téléphoniques obligatoires à la famille, la mise à jour du statut Facebook, ainsi que l’annonce à mon employeur.

Mais ce qui, dans mon esprit, m’apparaissait comme étant l’étape la plus importante était le non-renouvellement du bail. Le point de non-retour. J’attendais cette demande de mon propriétaire avec une certaine… appréhension, je crois.

Car la décision de partir ne fut pas prise à la légère.

J’expliquais il y a quelques mois dans cette chronique que 2011 avait été une bonne année pour moi. En vérité, mes cinq années passées à Montréal, depuis la fin de mes études et mon départ du Saguenay pour la métropole, ont été parfois dures, mais très bonnes dans l’ensemble.

Jon Anderson

Un vieil ami m’a téléphoné vendredi soir. Un ami à qui je n’avais pas parlé depuis quelques mois. Cette personne chère à mes yeux, pour qui la vie ne fut pas de tout repos, me félicita pour mes accomplissements récents (la couverture d’un festival de musique en Californie pour le site Sorstu.ca, des entrevues avec des artistes légendaires tels que Jon Anderson, etc.), pour ma persévérance dans le domaine artistique.

Cet ami a, pour sa part, abandonné depuis longtemps l’espoir de devenir photographe. Il n’a pas eu le courage de continuer dans le domaine, de peur de devoir se battre toute sa vie pour survivre.

En ce qui me concerne, je pense qu’il faut être un peu détraqué mentalement pour mener le mode de vie que je mène, le genre de vie sans garantie qui t’oblige à te balader de boulot en boulot constamment, à ne jamais savoir de quoi les  six prochains mois seront faits.

Il m’a dit durant notre conversation téléphonique que mon père serait fier de moi. J’espère que cela est vrai. Le jour du décès de mon père, j’ai subitement réalisé que tout ce que j’avais fait jusque-là avait inconsciemment été fait dans le but d’épater mes parents. Cette réalisation fut tout un choc pour moi.

Bref, dans cinq mois, je quitterai ma province pour devenir un Ontarien.

Je ne souhaite pas quitter cette vie montréalaise que j’ai choisie il y a cinq ans, celle qui me permet d’aller voir des spectacles de toutes sortes à quelques minutes de chez moi, qui me permet de vivre sans permis de conduire sans la moindre contrainte. Une vie virevoltante, épuisante par moments, mais toujours excitante et bien remplie.

Ce n’était pas ça le plan.

Non ? Pourquoi le faire alors ?

C’est simple : pour mon couple. Par amour. Parce que ma copine n’a pas choisi son lieu de travail, mais a suivi l’emploi là où il était. Amoureuse de Montréal, elle s’ennuie souvent de la ville. Mais elle aime son travail, et obtiendra très certainement un poste permanent d’ici quelques années. Si je désire une vie de couple « normale » et éventuellement une vie de famille, je dois mettre certaines choses de côté et accepter le changement.

 Deuxième partie : Changer

There been times that I thought I couldn’t last for long / But now I think I’m able to carry on / It’s been a long, a long time coming /But I know a change gonna come, oh yes it will ( « A Change Is Gonna Come », Sam Cooke )

 Le chemin de vie que j’ai pris plus jeune est ce fameux chemin rocailleux dont on m’a parlé dans les cours d’enseignement religieux, celui plus difficile, abrupt, incertain et fait de détours. L’autre chemin, celui de la facilité, de la routine, de la sécurité, n’a  jamais été une option pour moi. J’ai choisi la voie des arts, car j’ai toujours senti que j’étais un artiste. Un artiste de quoi?  Allez savoir…  Mais un artiste.

Avec une amoureuse qui visait l’enseignement universitaire, je me suis toujours comparé aux femmes de joueurs de hockey ; il me faudrait, le jour venu, suivre ma copine là où le travail se trouverait. L’idée à l’époque faisait sourire, mais devant la réalité de la chose, je me questionne, et j’ai peur.

S’il y a quelqu’un dans mon entourage qui était fait pour aller vivre à l’extérieur de la province, pour vivre dans une langue étrangère, c’est bien moi. Celui qui n’a jamais rien fait comme tout le monde. Celui dont la mère a de la difficulté à décrire les occupations aux gens qui demandent : « Il fait quoi ton fils dans la vie ? »

Celui qui a pris le chemin difficile, celui qui s’est laissé influencer par la doctrine de Rocky IV qui nous enseigne que pour réussir, il faut bûcher, souffrir et sacrifier son confort personnel.

Marcher sur un fil sans le moindre filet, voilà le lot des artistes. Vivre en permanence avec cette insécurité, cette crainte du lendemain, sans trop savoir ce qu’il y aura sur la table à manger, ou d’où viendra l’argent qui paiera cette nourriture.

Pourquoi donc, si je vis ainsi depuis plusieurs années, ai-je encore peur du changement ? Peut-on jamais s’habituer à celui-ci ?

J’ai passé ma vie à me laisser guider un peu à l’aveuglette par mes instincts. Mes parents m’ont toujours conseillé de suivre mon cœur, et je l’ai fait. Comme je suis un être impulsif, je ne reste pas en place très longtemps. J’ai abandonné des études sur des coups de tête, organisé des déménagements sans avertissement. Et j’ai toujours su retomber sur mes pattes peu importe la situation dans laquelle je me trouvais, me souciant peu de l’incompréhension de mon entourage qui me regardait évoluer en se grattant la tête.

Mais cette fois-ci, j’ai l’impression que ce n’est plus mon instinct qui me dicte de faire un choix, mais plutôt la situation professionnelle de ma copine. Je me sens poussé dans une direction que je n’ai pas choisie, et ce, par un vent très insistant. Et j’ai peur. J’ai peur de me perdre.

J’ai cru que ma vie, que mes percées professionnelles, se feraient ici dans la métropole. Je sentais, et je sens encore, que j’ai besoin de la grande ville pour m’accomplir. Mais est-ce bien vrai ? Suis-je en mesure, par moi-même, d’être qui je veux être, indépendamment du lieu ?

Troisième partie : S’ouvrir

She took my hand and said “Let’s go together” / “You and me against the world” / And so we stuck it out through still and stormy weather

(« Tumble Down The Years », Marillion  – 1999)

Ma copine est la première personne pour qui je suis prêt à accueillir tous les changements, petits ou grands, que la vie me propose. La première avec qui j’ai envie de bâtir quelque chose de solide et de durable.

Au fil des ans, cette personne m’a fait grandir, évoluer, et changer, sans que je renie un seul moment qui je suis. J’ai été témoin de relations où l’une des deux personnes changeait au point de ne plus la reconnaître. Ce n’est pas mon cas.

Notre relation est basée sur un principe très simple : le respect de l’autre. À aucun moment je n’ai mis de bâton, dans les roues de ses études et du travail qu’elle avait à accomplir, et pour sa part elle fut toujours prête à m’écouter, m’encourager et m’épauler dans tous mes projets. Nous respectons et abordons chacun avec sérieux les efforts professionnels de l’autre.

Nous avons une relation exceptionnelle, unique.    Chaque moment passé ensemble est un moment que je chéris. Nos esprits sont sur la même longueur d’onde. Il y a de la camaraderie, une large dose d’humour, une ouverture d’esprit, de la franchise et, bien sûr, de l’amour.

Pour mon amoureuse, je suis prêt à tout. Du moins, je suis prêt à essayer.

Je suis prêt à changer de ville, à aller n’importe où. Cela me fait peur un peu, mais avec elle à mes côtés je sens que je peux tout affronter. Nous sommes une équipe, « together against the world ».

Dans une comédie romantique que je regardais récemment, un personnage disait ceci : « Il ne s’agît pas de savoir avec qui tu veux passer ton vendredi soir, mais plutôt avec qui tu as envie de passer toute la journée du samedi. »

Je passerais toutes mes journées avec elle.  C’est pour cela que je vais la rejoindre.  Pour être avec celle que j’aime.

Pour le reste, je dois avoir confiance en la vie.

Elle fut bonne pour moi jusqu’à présent.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine par Jean-François Tremblay…

23 janvier 2012

Un village Français

La Deuxième Guerre mondiale est un sujet historique qui me fascine.  Cette période de l’Histoire, aussi sombre fût-elle, demeure captivante à plusieurs égards.  Je ne suis pas le seul à m’y intéresser, si j’en crois tout ce qui se publie depuis 70 ans.
Au cours des dernières semaines, je me suis donc plongé dans cette saga qu’est la télésérie Un Village Français, un succès populaire et critique en France.  C’est par le magazine Histoire que j’ai appris son existence. Un article présentait un palmarès des meilleures séries historiques de l’heure.
Un Village Français raconte la vie quotidienne de la population de Villeneuve (lieu fictif) sous l’Occupation allemande. Trois saisons ont été diffusées à ce jour. Les deux premières couvrent un an de temps historique. La troisième offre un format différent : ses douze épisodes ne couvrent que quelques semaines.  Disponible sur DVD en France, vous la trouverez sur Amazon.
Les intrigues passionnantes m’ont immédiatement accroché.  Le jeu des acteurs est juste et la reconstitution de qualité.
Bon, ma copine, historienne de formation, avait quelques réserves, surtout en ce qui a trait aux tenues légères des femmes. Elle s’interrogeait à savoir si les femmes se dénudaient autant à l’époque. Sauf ce détail, elle fut aussi emballée que moi par l’ensemble.
Alors que la première saison ne nous montre les intrigues du point de vue des Français, la deuxième introduit un Allemand très intéressant : Heinrich Müller (rien à voir avec le personnage historique, si ce n’est le nom). Interprété par l’acteur Richard Sammel, cet officier nazi prendra de plus en plus de place.  Tandis qu’on le dépeignait comme un monstre dans les émissions de la deuxième saison, la troisième saison nous fait découvrir une facette plus attachante de sa personnalité, et l’acteur dévoile un talent immense, nous obligeant à ressentir de la compassion pour cet odieux personnage.   J’ai découvert en Richard Sammel un acteur formidable, au visage terriblement expressif, envoûtant.
Ceci dit, l’ensemble de la distribution est tout aussi fantastique.
Ce qui m’a interpellé dans Un Village Français, c’est le réalisme de l’œuvre : surtout les réactions des protagonistes devant les événements qui surviennent dans leur vie. Le générique d’ouverture nous apprend qu’on a fait appel, pour l’écriture, à une consultante en psychologie des personnages. Je ne sais pas si ce genre de consultation est courant en télévision, mais, au cours de la troisième saison, certains personnages font face à des décisions qu’aucun humain ne devrait avoir à prendre.  Aucun sujet n’est traité à la légère ; chacun y réagit de manière crédible.
J’attends avec impatience le reste de cette captivante téléséries que TV5  a diffusée en partie ici, au Québec, avant d’interrompre sa diffusion.


Dans deux semaines, je vous reviens avec un texte sur une autre télésérie que je dévore en compagnie de ma copine depuis peu : la série américaine que la critique acclame :  Breaking Bad.  Faites-vous plaisir, jetez-y un œil.  C’est du bonbon !

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pourse diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine, de Jean-François Tremblay…

9 janvier 2012

Une chouette saison…

Il y a de ces coïncidences étranges parfois. Au moment même où je décide de vous parler d’un roman que je suis en train de lire, et dont

Josef Skvorecky

j’ignorais l’existence même il y a encore quelques semaines, l’auteur s’éteint.
Josef Skvorecky, un auteur réputé d’origine tchèque (mais qui vivait à Toronto depuis de nombreuses années) est décédé la semaine dernière à l’âge de 87 ans, d’un cancer.
Cette triste nouvelle survient alors que je lis The Swell Season, une collection de six histoires qu’il a publiée en 1975 (et lancée en français sous le titre Une Chouette Saison).
Se déroulant dans une petite ville tchèque occupée par les Allemands dans les années 40, The Swell Season relate les aventures sentimentales de Danny Smiricky, étudiant, musicien et coureur de jupons célèbre dans son entourage.
Ce personnage qui d’emblée m’a semblé dépourvu de profondeur – et j’ai bien failli abandonner la lecture du livre – s’avère au fil des histoires un jeune homme plutôt sensible (quoique superficiel et obsédé par le sexe) dont l’attrait pour les jeunes femmes n’a d’égal que son amour du jazz. Danny verra ses avances se faire refuser à nombreuses reprises, ce qui ne minera pas pour autant sa détermination, et qui donnera lieu à de nombreuses situations cocasses.
Une grande place est accordée à la religion (Danny, malgré ses pulsions sexuelles, est un être très pieux), ce qui m’a un peu rebuté, mais dans le contexte historique du récit cet aspect prend tout son sens.
Lorsque vous lirez ces lignes, j’aurai probablement terminé la lecture du livre, et bien que je ne sache pas encore si je me lancerai à nouveau dans la lecture d’un autre roman de Skvorecky, The Swell Season a de nombreux mérites. On y retrouve un humour sous-jacent très subtil que j’ai mis du temps à déceler, mais une fois qu’on a compris l’écriture de Skvorecky on s’en délecte.
Une scène en particulier, dans le récit intitulé « Charleston in a Cage », m’a fait pouffer de rire du début à la fin, alors que Danny et l’auteur d’une pièce de théâtre scolaire se retrouvent devant un officier allemand qui leur pose des questions sur la nature irrévérencieuse du texte de leur pièce. On assiste au cours de cette scène à une réécriture hilarante du texte par l’officier. Le tout est extrêmement bien écrit.
D’autre part, l’amour du jazz de l’auteur (et du personnage principal) rend l’ensemble des plus poétiques, avec de nombreuses références à des standards du genre et leur intégration naturelle dans la trame narrative.
Alors, bien que j’aie mis du temps à « embarquer » dans cette histoire, et que j’en ignore l’issue au moment d’écrire ceci, je vous recommande tout de même ce livre, œuvre sensible et amusante d’un auteur important.
—–

The Swell Season

Marketa Irglova

En 1991, Glen Hansard est encore un jeune musicien et chanteur dublinois à la recherche du succès.
Il vient de jouer un petit rôle dans le film musical d’Alan Parker The Commitments, et se lance dans une tournée avec son propre groupe The Frames. Lors de cette tournée, le jeune musicien apportera un livre, qui le marquera profondément. Ce livre s’intitule The Swell Season, par Josef Skvorecky.
Dix ans plus tard, alors que The Frames jouit d’un bon succès local, mais n’arrive pas vraiment à percer ailleurs qu’en Europe, Glen Hansard fera la rencontre d’une jeune musicienne et chanteuse tchèque, Marketa Irglova. Une grande complicité naîtra entre les deux âmes qui se comprennent et se complètent parfaitement.
Quelques années passeront avant qu’un album, fruit de la collaboration entre Hansard, Irglova et quelques musiciens de The Frames, ne voie le jour. Pendant ces années, Irglova a lu, sur les conseils de Hansard, le livre de Skvorecky et l’a beaucoup aimé. Au moment d’enregistrer un instrumental pour l’album, on lui donnera le titre The Swell Season. Qui deviendra également le titre de l’album. Et éventuellement le nom de cette nouvelle formation.
En 2006, Glen Hansard et Marketa Irglova sont approchés par John Carney, un réalisateur dublinois, pour composer la musique de son prochain film. Carney, ancien bassiste de The Frames et ami de Hansard, a déjà prévu tourner son film avec la vedette anglaise Cillian Murphy. Mais celui-ci se désiste, et c’est alors que Hansard et Irglova deviendront les acteurs principaux de ce petit film grandement improvisé, tourné avec un budget dérisoire de 160 000$ et quelques petites caméras numériques.
Racontant l’histoire de deux artistes qui leur ressemble grandement, le film Once donne la chance à Glen Hansard et Marketa Irglova de démontrer leurs talents de chanteurs, compositeurs et d’acteurs. Le film, ode à la musique, s’apparente à un long clip musical d’une heure et demie. Empreinte de joie, de tristesse, d’un naturel et d’une douce amertume, Once est une œuvre intimiste et sensible, sûrement l’un des plus beaux films d’amour jamais tournés.

Bande-annonce de Once :  http://www.youtube.com/watch?v=I6xIF92OUos
Le jeu des acteurs, naturel, n’est jamais forcé, et puisque les chansons sont les leurs, le tout jouit d’une grande authenticité, ce qui renforce la charge émotionnelle du film.
De plus, au cours du tournage, les deux artistes tomberont amoureux.
Distribué de manière quasiment confidentielle dans les cinémas du monde entier, Once rapportera, à la grande surprise de tous, plus de 20 millions au box-office. Moi-même, je l’ai vu deux fois au cinéma, à l’été 2007.
La chanson Falling Slowly, un air magnifique à faire dresser les poils sur les bras, conduira Glen Hansard et Marketa Irglova sur les planches de la cérémonie des Oscars en 2008, où ils performeront et obtiendront l’Oscar de la meilleure chanson originale.
En 2009, The Swell Season sortira son troisième album (si on inclut la bande sonore du film, qui s’est très bien vendue). Strict Joy, qui comprend des éléments folk, soul et rock, est une évolution du son du groupe, une œuvre mature qui s’apprécie de mieux en mieux au fil des écoutes.
La relation amoureuse entre Hansard et Irglova prendra fin au cours de l’année 2009, mais la complicité entre les deux musiciens

Glen Hansard et Marketa Irglova

demeure tout de même, et la formation continuera d’exister et de donner des spectacles en 2009, 2010 et 2011.
Depuis, Marketa Irglova a lancé un album solo en octobre 2011 (l’excellent Anar), et Glen Hansard a reformé The Frames pour une tournée mondiale. Il a également rejoint, pour quelques concerts seulement, la formation originale du film The Commitments.
The Swell Season est présentement en hibernation, mais ce n’est que pour mieux revenir éventuellement.
Je vous laisse sur cette magnifique performance du groupe en 2007. La chanson est une reprise d’une pièce de Bob Dylan intitulée You Ain’t Going Nowhere (la version studio de The Swell Season se retrouve sur la trame sonore du film I’m Not There).
Cette performance en particulier montre bien l’enthousiasme contagieux de Glen Hansard sur scène. Et ceci a été filmé en plein cœur de leur relation amoureuse (on peut voir Hansard voler un baiser à Irglova vers 2 min 30 s). Ce petit vidéo filmé par un amateur est tout à fait magnifique, simplement parce qu’il témoigne de l’amour sincère de la musique ainsi que du talent de The Swell Season.
http://www.youtube.com/watch?v=GIEmQ1tvo-4

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pourse diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine, avec Jean-François Tremblay…

27 décembre 2011

Deux séries télé à voir

Homeland
Réseau : Showtime
Diffusion originale du 1er épisode : 2 octobre 2011
Diffusion originale du dernier épisode de la saison : 18 décembre 2011
Créée par Howard Gordon et Alex Gansa (qui ont tous deux contribué au succès de la série 24), Homeland est un remake d’une série d’origine israélienne intitulée Hatufilm.
L’histoire tourne autour d’un soldat américain, Nick Brody (Damian Lewis), qui fut fait prisonnier en 2003 en Irak et porté disparu depuis, et qui réapparaît soudainement huit ans plus tard alors que plus personne ne l’espère. Son retour auprès de sa femme (Morena Baccarin) et de ses deux jeunes enfants ne se fera pas sans heurts, alors que celle-ci avait depuis pris un amant.
En tant que spectateurs, nous sommes invités à suivre le personnage de Carrie Mathison (Claire Danes), un agent de la CIA qui soupçonne Brody de travailler pour l’ennemi. Mathison mettra tout en œuvre pour démontrer le bien-fondé de ses soupçons à ses supérieurs, dont son ancien patron et mentor, Saul (Mandy Patinkin), et son patron actuel, David Estes (David Harewood), allant jusqu’à poser des gestes extrêmes qui auront d’énormes répercussions.
Loin de l’image très cartoonesque de l’Amérique que dépeignait 24, où tout était blanc ou noir, Homeland joue dans des zones dramatiques plus subtiles, plus modérées. Le « terroriste » n’est peut-être pas l’islamiste dans sa mosquée, mais plutôt votre voisin.
Le jeu des acteurs est fantastique. Claire Danes joue ici un rôle extrêmement difficile, celui d’un agent de la CIA aux prises avec le syndrome de bipolarité, qu’elle cache à tout le monde. Son jeu n’est jamais exagéré ou caricatural et dépeint très bien le côté maniaque de cette maladie.
Damian Lewis (un acteur que j’avais trouvé fantastique dans le médiocre film Dreamcatcher) joue ici un soldat américain en chair et en os, non pas un cliché sur deux pattes. Son sergent Brody est un être complexe, difficile à cerner, que l’acteur interprète avec brio. De plus, Lewis est Anglais d’origine, ce qui rend la chose encore plus complexe, car il doit jouer avec un accent américain sans failles – ce qu’il fait.
Mandy Patinkin – mon acteur préféré, j’ai suivi sa carrière dans le détail depuis de nombreuses années – joue Saul Berenson, le mentor de Carrie, qui lui aussi mène une vie complexe. Son jeu, tout en nuances, fait de son personnage l’un des plus intéressants de la série.
Les dialogues ne tombent jamais dans le cliché. On croit à ces personnages, à ces situations. Rien n’est ce qu’il semble être. Les auteurs évitent les pièges qui ont fait la renommée de 24.
L’ambiance musicale de la série tourne autour du jazz, dont le personnage de Claire Danes est une fan. On peut y entendre, entre autres, du Miles Davis, et le générique d’ouverture de la série est des plus fascinants selon moi.
La finale de la saison (qui ne compte que 12 épisodes) fut diffusée le 18 décembre dernier, et m’a tenu en haleine pendant toute la durée de l’épisode (qui fut allongé à 1 h 30 pour l’occasion). Une finale épuisante émotionnellement  (j’en suis ressorti littéralement fatigué), pleine de suspense, de rebondissements et qui nous rend impatients de voir la saison 2 (la série fut renouvelée assez tôt cet automne).
Homeland a reçu quelques nominations aux Golden Globes, dans les catégories Meilleure série télé dramatique, Meilleure Actrice (Claire Danes) et Meilleur Acteur (Damian Lewis).
Les critiques ont été très favorables à l’ensemble de la saison, ainsi qu’à sa finale explosive, et je ne saurais que trop vous recommander cette série télévisée de grande qualité qui va au-delà des clichés et fouille un peu plus la psyché humaine.  Même Barack Obama est un fan de la série.*
Un grand cru de la télé américaine 2011.
Bande-Annonce :  http://www.youtube.com/watch?v=bSTN7ClsewQ

American Horror Story
Réseau : FX
Diffusion originale du 1er épisode : 5 octobre 2011
Diffusion originale du dernier épisode de la saison : 21 décembre 2011
Dans un autre registre (dramatique, oui, mais beaucoup plus frénétique et effrayant), American Horror Story est une création de Ryan Murphy et Brad Falchuk, créateurs de la série Glee, qui remporte un vif succès auprès des jeunes.
Cette fois-ci, pas de paillettes et encore moins de chansons : on est dans le domaine de l’horreur, du macabre, du suspense.
Intelligemment raconté, le récit traite de la famille Harmon. Ben (Dylan McDermott), un psychologue qui a eu le malheur de tromper sa femme dans les mois précédents, tente de racheter sa faute en emménageant avec sa petite famille dans une grande et antique maison de Los Angeles. Vivien (Connie Britton) n’a plus tellement confiance en son mari, mais accepte tout de même d’emménager avec lui dans cette maison, offrant du coup une seconde vie et une dernière chance à leur couple. Leur adolescente, Violet (Taissa Farmiga), est déchirée entre ses deux parents et trouvera réconfort éventuellement auprès de Tate (Evan Peters), un client de son père qui cache plusieurs secrets.
Il y a une foule de personnages dans cette série télévisée, et plusieurs d’entre eux ne sont pas aussi vivants qu’ils en ont l’air. Mais parmi eux se trouve celle qui sert d’ancrage au tout, et qui rend cette série si fascinante à regarder : Constance, interprétée par Jessica Lange.
L’actrice de 62 ans compose ici un rôle si merveilleux, si intrigant qu’on est pendu à ses lèvres chaque fois qu’elle apparaît à l’écran (et elle y est souvent). À la fois attachante et repoussante, de par ses paroles et gestes, cette voisine un peu trop présente dans la vie des Harmon, une « Southern Belle » aux grands airs et aux nombreux secrets, prendra au fur et à mesure que la saison avance une place centrale dans l’histoire. Mère d’une jeune trisomique, son passé est rattaché de bien des façons à la grande maison dans laquelle s’est installée la famille Harmon.
Cette maison, datant des années 20, fourmille de recoins, de passages, d’endroits plus angoissants les uns que les autres, et surtout de divers occupants, dont chacun a une histoire troublante.
Le montage et le rythme sont très dynamiques. Frénétiques même parfois. J’ai tout de suite été accroché par le jeu de caméra quelque peu inhabituel, par le montage chaotique (dans le bon sens du terme), mais surtout par l’histoire, pleine de mystères que l’on voudrait résoudre tout de suite.

Jessica Lange

Les dialogues sont intéressants, et le tout se maintient bien au long de la saison. Mais surtout, le jeu des acteurs est fantastique. Connie Britton, dans le rôle de Vivien Harmon, est adorable, et extrêmement crédible. Dylan McDermott, qu’on a vu souvent au cinéma dans les années 90,  joue parfaitement le mari trompeur qui tente malgré tout de racheter ses fautes.
Et Jessica Lange… ah Jessica Lange… Vraiment, elle mérite cette nomination qu’elle a reçue pour les Golden Globes, et je lui souhaite de tout cœur ce prix (la série est également en nomination pour Meilleure série dramatique). Elle a fait de American Horror Story quelque chose de supérieur à une simple histoire de maison hantée. Elle confère de la crédibilité au tout et, comme je l’ai mentionné, elle hypnotise le spectateur à chacune de ses présences à l’écran.
Le dernier épisode de la première saison (il y aura une suite) m’a beaucoup plu, mais j’ignore où l’histoire peut aller après cette fin. Je terminerais là, personnellement, sans en rajouter. L’histoire est bouclée.
Mais peut-être, comme je l’ai lu quelque part, veulent-ils raconter une histoire d’horreur différente chaque saison, reprenant du début chaque fois avec de nouveaux personnages. Enfin, c’est à voir, et je ne la recommande pas qu’aux amateurs d’horreur, mais à toute personne qui aime les séries dramatiques, qui se tiennent et présentent des performances d’acteurs solides.
Bande-Annonce :  http://www.youtube.com/watch?v=y0ssM6vtz_c
*(L’autre série préférée de Barack Obama est Boardwalk Empire, dont je vous parlais en janvier dernier. Avec Mad Men, Boardwalk Empire constitue probablement ce qui s’est fait de mieux à la télé ces dernières années, selon moi. Et tant qu’à parler de bonne télé, ma copine est une grande fan de Downton Abbey, une série anglaise qui se passe dans les années 1910. Apparemment que c’est très bon aussi.).

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine par Jean-François Tremblay…

13 décembre 2011

Bilan d’année et divers sujets…

Cela fait près d’un an que j’écris pour le Chat Qui Louche, et chaque fois que je m’installe devant mon écran pour pondre un nouveau texte, la même question me tourmente : de quoi vais-je bien parler ?

Le problème découle en partie du fait que, tel l’étudiant que j’étais, je continue de faire les choses à la dernière minute. C’est le cas de cette chronique. Mis à part un texte ou deux dans l’année, la plupart ont été pensés et écrits la journée même où je les ai transmis à notre cher hôte, M. Gagnon.

Il y eut des moments intéressants, d’autres plus faibles, et ceux carrément paresseux où j’ai fait des listes (voir les deux derniers textes). En cette fin d’année, où j’ai été très occupé et où j’ai vécu mille et une expériences et émotions diverses, je ressens une énorme fatigue, physique et psychologique, et j’avoue très sincèrement ne pas toujours avoir les idées claires pour donner une opinion sur un sujet sérieux. Il est donc plus facile pour moi de lister des films d’horreur, par exemple. Ça, je peux le faire dans mon sommeil.

En 2011, j’ai voyagé hors du pays (pour la première fois de ma vie), en avion (pour la première fois de ma vie), aux États-Unis, pour une fin de semaine magique. La Californie au mois d’avril, quel paradis !

Ma copine a terminé ses études doctorales, et s’est tout de suite trouvé un emploi d’enseignante dans une université ontarienne. Nous vivons séparés. Ça joue beaucoup sur les émotions. Un jour j’irai la rejoindre, mais je ne suis pas prêt. J’aime ma vie à Montréal. La décision de déménager rejoindre celle que j’aime est déchirante.

En 2011, j’ai interviewé – grâce à mes activités pour Sorstu.ca – divers artistes, dont certaines de mes idoles. Il y a un mois environ, je parlais au téléphone avec Jon Anderson, ex-chanteur et fondateur du groupe Yes, mon groupe préféré. Vingt minutes pendant lesquelles je ne touchais plus à terre, où j’étais hyper nerveux, et ces vingt minutes m’appartiennent pour l’éternité. J’ai aussi interviewé au cours de l’année des membres de la formation Marillion, la chanteuse Hindi Zahra, Caracol et Sarah Slean.

Hindi Zahra

Encore, grâce à mon rôle de critique chez Sorstu.ca, j’ai vu de très grands noms en spectacle cette année : Robert Plant, Brian Wilson, Paul McCartney, The Moody Blues, Supertramp, Deep Purple, sans oublier Roger Daltrey, une autre idole d’adolescence pour moi. Oui, ce sont tous de vieux artistes – et j’en ai vu des tonnes d’autres, plus jeunes aussi –, mais ce sont des artistes que moi et mes parents avons aimés toute notre vie, et je m’estime heureux de les avoir vus, peut-être pour la dernière fois dans certains cas, on ne sait jamais. Je chéris chacun de ces moments pour toujours.

J’ai eu la chance, cet été, d’être publié pour la première fois dans une revue de cinéma prestigieuse, Ciné-Bulles. Moi, mes mots, mon nom, tout ça imprimés sur du papier, se retrouveront dans les bibliothèques, qui existeront pour toujours. Ce n’est pas le meilleur texte au monde, mais je suis fier de m’être rendu jusque-là.

Je suis également très fier de ce que j’ai accompli au Chat Qui Louche ; ça paraît peut-être facile, mais écrire un texte d’environ 1000 mots toutes les deux semaines, ce n’est pas si évident que ça. Je me demande comment font les chroniqueurs professionnels, qui écrivent au quotidien. Mais, d’un autre côté, ces gens sont payés pour ça, et ne font souvent QUE ça.

Moi je travaille tous les jours, de 9 à 5, pour une compagnie qui crée des sites web pour des PME. J’aime mon emploi. Ça a un côté créatif qui m’apporte satisfaction et, ajouté à mes autres activités, cela remplit bien ma vie. Disons que je ne me suis pas beaucoup arrêté cette année.

Alors, à la suite de ce long préambule, de quoi pourrais-je bien parler cette semaine ?  Je n’ai toujours pas trouvé la réponse…

Nous pourrions jaser de ce délicieux texte que le site Urbania a décidé de retirer de son site, et qui traitait avec lucidité de l’état des choses à Jonquière. L’auteure, une jeune femme qui a fait ses études en art en même temps que moi à l’UQAC, s’est fait attaquer par les attardés qui n’ont rien compris à son texte, et Urbania a flanché sous la pression en la censurant.  Lisez le compte-rendu des événements qu’a fait Joel Martel du Voir.

On pourrait aussi jaser de cette vidéo complètement débile, datant des années 50, qui présente les homosexuels comme de dangereux prédateurs malades mentaux. Les choses ne sont pas parfaites aujourd’hui, mais on a quand même fait un bout de chemin. Sauf que je ne serais pas surpris d’apprendre que des gens pensent encore ainsi…

Dans le même ordre d’idée, faut voir cette vidéo où un jeune homme très articulé, fils de deux femmes lesbiennes, défend sa « normalité ». J’adore.

On pourrait longuement discuter de cette information qui m’a fait tomber sur le c. cet automne, c’est-à-dire que 49 % des Québécois ont des problèmes de lecture. Vous pouvez voir une discussion à Bazzo.tv sur le sujet. Ceci est inacceptable en 2011. Comment concevoir qu’un Québécois sur deux n’arrive pas à lire correctement ?  Maintenant, avec cette info en tête, le faible taux de participation aux diverses élections est compréhensible, de même que les résultats. On a les dirigeants qu’on mérite…   Comment se faire une opinion sur quoi que ce soit quand la seule publication que tu arrives probablement à déchiffrer ce sont tes circulaires ?

Je pourrais vous parler de mon amour pour les romans de Joseph Kanon. Ça a commencé par  The Good German, qui se situe dans les décombres de Berlin en juillet 1945, tout de suite après la guerre. Le livre m’a passionné à un point tel que je l’ai lu deux fois en très peu de temps. Inspiré du cinéma classique hollywoodien, Kanon conçoit des romans comme de vieux films, avec des images fortes, un héros viril, une femme forte (à défaut de fatale), et de passionnantes scènes d’action.

Depuis, j’ai lu Los Alamos, qui se déroule au printemps 1945 au Nouveau-Mexique, et je viens de terminer The Prodigal Spy, qui a comme trame de fond la guerre froide et le Printemps de Prague en 1969.   Ce sont tous des romans d’espionnage, parfois lents, mais toujours satisfaisants, et si vous aimez le cinéma classique de Hitchcock, le Manchurian Candidate de Frankenheimer ou encore le Charade de Stanley Donen, vous aimerez le style élégant et savoureux de Joseph Kanon.

Je suis allé  voir le Tintin de Spielberg ce vendredi. Intéressant. Tintinophile quand j’étais petit, il y a belle lurette que je ne me suis pas plongé dans une de ces aventures. Le film ne m’a pas donné le même « thrill » que les bandes dessinées, mais c’est intéressant. J’ai eu par contre l’impression de voir un calque du troisième volet d’Indiana Jones, avec le Capitaine Haddock à la place de Sean Connery et Tintin à la place d’Harrison Ford.

Il y a de grands moments de bêtise (comme lorsque le Capitaine redonne un petit « boost » au biplan que Tintin conduit – voyez le film, vous comprendrez), c’est un peu trop américanisé et Milou est le personnage le plus intéressant du film, mais celui-ci est tout de même très divertissant. On l’oublie vite par la suite, par contre…

Par ailleurs, j’ai également vu le film Hugo de Martin Scorsese. Une ode au cinéma de George Méliès, ce film enchanteur nous transporte dans le Paris des années 30. Ben Kingsley fait un Méliès très crédible, et le jeune acteur Asa Butterfield est tout à fait remarquable. De beaux effets 3D viennent agrémenter ce récit qui donne une petite leçon 101 sur le cinéma muet, et qui donnera, je l’espère, le goût à des jeunes de découvrir les charmantes premières œuvres du 7e art.  Une belle réussite sur tous les plans.

Je vous laisse sur cette chanson et ce vidéoclip qui sauront sûrement vous faire sourire et taper du pied.  http://www.youtube.com/watch?v=opSPgHQYiM0

On se revoit bientôt, et d’ici là, Joyeux Noël !

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine par Jean-François Tremblay…

14 novembre 2011

La culture en région et suggestion de lecture…

La question qui me préoccupe le plus depuis septembre, depuis que ma copine occupe un poste d’enseignante dans une université ontarienne au cœur d’une ville d’environ 75 000 habitants, est la suivante : quand irai-je la rejoindre ?

Ayant choisi Montréal il y a quatre ans comme mon lieu de résidence, après une vie entière passée au Saguenay (et un petit détour de quelques années à Québec au tournant du siècle), je ne suis pas prêt, mentalement parlant, à quitter la métropole. Son bouillonnement culturel, la proximité et l’accessibilité de tout ce qui m’intéresse me font adorer la ville.

Malgré cela, je ne souhaite pas une vie amoureuse à distance, pas à long terme du moins. J’aime ma copine, plus que tout, et j’ai envie de bâtir quelque chose de solide avec elle. Nous avons habité pendant près de deux ans ensemble à Montréal, avant qu’elle n’accepte ce poste (qu’elle aurait été folle de refuser), et la vie à deux me manque cet automne.

Ceci dit, l’avantage est que j’ai le temps de m’adonner à mes loisirs, c’est-à-dire lire, regarder diverses séries télé et films, et aller voir une foule de spectacles (autant dans le cadre de mes activités avec Sorstu.ca – critiques, entrevues, etc. – que par simple plaisir personnel).

Si je n’ai pas encore pris une décision concrète quant à mon éventuel départ pour rejoindre mon amoureuse, c’est que la décision est déchirante. Je n’ai pas choisi le mode de vie auquel ce choix m’oblige. L’emploi de ma copine m’oblige, si je veux vivre avec elle (et je le veux),  à quitter mon emploi actuel, mon entourage de Montréal, mes contacts, mes amis, etc., et m’oblige également à adopter un mode de vie que je ne suis pas nécessairement prêt à adopter.

Adieu le foisonnement culturel. Le plus important festival de musique de cette ville est un festival country…

Se cultiver loin des grands centres, est-ce possible ?

Un article intéressant a été publié dans Le Devoir de dimanche, sous le titre « Choisir la culture ».

En gros, il y est question d’une ville française, Questembert, qui a trouvé la façon d’attirer les gens des grands centres : mettre l’accent sur la culture. La ville a vu ainsi sa population quasiment doubler en une vingtaine d’années.

Questembert investit près de 400 000 euros (environ 550 000 $) par année dans la culture, ce qui est quand même beaucoup pour environ 8000 habitants !

« À Questembert comme à Coaticook, on trouve évidemment les mêmes services essentiels, sauf qu’en Bretagne la culture en fait partie, ce qui est encore loin d’être le cas au Québec. »

L’article fait des comparaisons avec le Québec et Coaticook en particulier, qui compte 10 000 habitants. Deux villes de même envergure, deux mentalités différentes.

Je lisais ceci et je repensais à ma situation…

C’est quand même au Saguenay que je me suis cultivé. De surcroît, dans une ville de 75 000 habitants (Jonquière). C’est là que j’ai fait mon éducation, que j’ai commencé mes études, que j’ai eu accès à divers livres, que j’ai fait mon éducation cinématographique (en grande partie grâce au club Vidéogie du boulevard Harvey, aujourd’hui fermé, où j’ai passé mon adolescence à louer tout ce qui me tombait sous la main).

C’est au Saguenay que je suis devenu ce que je suis, pas à Montréal. Montréal me permet de parfaire ma culture, de l’élargir, car les ressources sont immenses, mais les bases de cette culture furent posées en région.

Alors, de quoi ai-je peur en hésitant à aller rejoindre ma copine ?  De perdre tout contact avec le monde culturel ?  À l’ère d’Internet, moi qui travaille chaque jour dans la création de sites web, moi qui suis allé sur Internet pour la première fois en 1995 et y ai plongé tête première, je devrais savoir mieux que quiconque que la culture est plus accessible que jamais à notre époque.

Alain Brunet mentionnait ce week-end que EMI venait de tomber, et ce à cause des changements imposés à l’industrie du disque par l’ère numérique. Mais si ce n’était de ces changements, nous, consommateurs, n’aurions pas accès à toute cette musique qui est aujourd’hui disponible. Depuis une dizaine d’années, j’ai écouté plus de musique qu’au cours du reste de ma vie. Ça déborde de partout sur le web. On n’a qu’à tendre l’oreille, des musiques de partout dans le monde et de tous les genres sont à notre portée. Je vois avec positivisme la chute des grands de l’industrie du disque.

La culture se mondialise, elle se démocratise, elle est partout. Elle n’est pas exclusive aux grands centres. Et ce, en grande partie grâce à Internet.

Alors je me demande bien de quoi j’ai peur en hésitant à quitter Montréal…

Anecdote typique de notre époque 

J’étais samedi soir au spectacle donné par Jon Anderson et Rick Wakeman (ancien chanteur et claviériste du groupe Yes) au Théâtre St-Denis. À la table des marchandises, on vendait plusieurs CDs des deux artistes. Un homme prend dans sa main un CD de Wakeman pour l’examiner, et c’est alors qu’un autre homme lui adresse la parole et lui dit :

— C’est très bon ce disque

— Ah oui ?  Vous l’avez acheté ?

— Non, je l’ai downloadé.

 Noir Azur

Je me permets un peu de publicité pour un ami auteur, Dave Côté.

Publié cet automne chez Les Six Brumes, le roman postapocalyptique existentiel Noir Azur raconte l’histoire de Ryle, né au beau milieu d’une conversation, sans souvenirs ni amis. Il cherche, tout au long du roman, à comprendre le pourquoi et le comment de son existence, basant ses décisions sur l’instinct alors qu’il cherche à en savoir plus sur lui-même.

Premier roman d’un auteur qui est aussi l’un de mes bons amis (nous avons tous les deux obtenu notre diplôme en 2007 – bac. Interdisciplinaire en Arts de l’UQAC), qui a déjà publié des nouvelles dans des revues, dont Solaris ; il s’agit d’un récit palpitant, qui se lit très rapidement et qu’on peine à déposer une fois commencé.

L’histoire ne réinvente rien, on demeure en terrain connu, mais la plume est assurée. Le ton n’est jamais trop lourd, au contraire, une certaine légèreté s’en dégage. De petites touches d’humour ici et là agrémentent le récit. Le dialogue intérieur du personnage principal est des plus intéressants, mais ce qui m’a le plus captivé, ce sont les flashs que le protagoniste semble avoir d’un passé fragmenté. Imprimés en italique, ces flashs sont d’une grande beauté, d’une belle poésie, et m’ont beaucoup touché.

Évidemment, mon opinion est biaisée, vu ma proximité avec l’auteur, mais je vous assure que ce livre se dévore avec plaisir. Il importe peu d’aimer la science-fiction, vous y trouverez sûrement votre compte, que vous soyez amateur ou non. On y décèle ici et là les signes d’une première œuvre, une certaine naïveté qui fait sourire, mais cet ouvrage promet.  Il déborde de créativité.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine par Jean-François Tremblay…

1 novembre 2011

Suggestions de lendemain d’Halloween…

En ce lendemain de la fête d’Halloween, je me permets de vous faire quelques recommandations de films d’épouvante, car étant un grand amateur de ce type de films, je crois qu’il n’y a pas de période dans l’année pour apprécier ces œuvres.

Il n’y a pas d’ordre dans mon « palmarès », pas de hiérarchie. Ça va du sérieux au moins sérieux en passant par le très sanglant et/ou l’atmosphérique.  J’y vais selon l’inspiration du moment.

Dawn of the Dead, 1978, de George A. Romero

Ce film postapocalyptique est considéré par plusieurs comme étant l’un des meilleurs films d’horreur de l’histoire. Personnellement, il s’agit de mon préféré. L’histoire est celle de quatre personnes qui trouvent refuge dans un centre commercial après avoir échappé à des hordes de morts-vivants qui ont dévasté le monde entier. Critique sociale des mœurs américaines des années 70, vision sombre de la société de consommation moderne, le scénario et le film de Romero s’avèrent encore pertinents en 2011, bien que les effets spéciaux aient mal vieilli. Visuellement violent, quoique sa violence soit très « cartoonesque », le film choque et fait réfléchir, tout en effrayant. Très recommandé, mais méfiez-vous du remake de 2004, qui n’a que très peu de choses en commun avec celui-ci, si ce n’est le centre commercial.

Let The Right One In, 2008, par Tomas Alfredson

Un film de vampires pas comme les autres, cette œuvre d’origine suédoise, tirée du roman du même titre par John Ajvide Lindqvist (qui a également signé le scénario) est l’une des plus jolies (et tordues) histoires d’amour jamais vues au cinéma. Mettant en vedette deux personnages d’environ 12 ans, l’humain Oscar et la vampire Eli, ce film sombre, mais très touchant, bénéficie d’une composition visuelle alléchante, de dialogues authentiques, de courtes scènes du quotidien qui enrichissent le récit, et surtout d’acteurs crédibles tout à fait fabuleux. Le remake américain de 2010 est bien, et les acteurs sont tout aussi bons, mais optez quand même pour l’original.

The Fly, 1986, par David Cronenberg

Ce remake d’un film de 1958 (lui-même très intéressant) n’a pas pris une ride depuis sa sortie il y a 25 ans. Il met en vedette Jeff Goldblum dans le rôle de Seth Brundle, un scientifique ayant inventé une machine permettant la téléportation et qui, à la suite d’un accident, verra son ADN jumelé à celle  d’une mouche. Il documente sa lente et horrible métamorphose avec l’aide d’une journaliste, jouée par Geena Davis, dont il tombera amoureux (et vice versa). Ce récit kafkaïen fut décrit comme étant une métaphore des ravages du sida, et c’est peut-être le cas. Quoi qu’il en soit, le film était à sa sortie, et demeure aujourd’hui, un grand film d’horreur, à voir et revoir.

 Repo The Genetic Opera, 2008, par Darren Lynn Bousman

Une comédie musicale d’horreur, ça se peut ?  Et bien, en voici une !  Sorte de Rocky Horror Picture Show pour les années 2000 (du moins, c’est ce que souhaitait le réalisateur), le film se déroule dans un futur où les greffes d’organes sont absolument essentielles, mais si on oublie de payer, le « repossesseur » viendra reprendre l’organe, par tous les moyens. Avec sa distribution bigarrée (Paul Sorvino, Sarah Brightman, Alexa Vega, Anthony Stewart Head, Paris Hilton…), ses chansons rock entraînantes ainsi que ses scènes d’extrême violence, ce film n’est pas pour tout le monde, mais s’avère tout de même très réjouissant et amusant pour les amateurs du genre. La musique est excellente, mélange de rock et d’opéra, et si vous ne supportez pas la violence, écoutez tout de même le disque, vous aimerez peut-être.

Rec, 2007, par Jaume Balaguero et Paco Plaza

L’un des rares films à m’avoir rendu si nerveux que j’ai mis la main devant les yeux (et croyez-moi, j’en ai vu des films d’horreur !). REC raconte l’histoire d’une jeune journaliste et de son caméraman qui suivent une équipe de pompiers, lors d’un reportage. Répondant à un appel de détresse dans un immeuble à logements, ils tentent de venir en aide à une femme qui s’est enfermée chez elle. Les pompiers (et la journaliste, constamment filmée par son caméraman, qui sera nos yeux et nos oreilles pour la durée du film) se rendront vite à l’évidence qu’un virus étrange s’est emparé des locataires de l’immeuble. Enfermés dans l’édifice par les autorités, les protagonistes tenteront de survivre aux attaquants du mieux qu’ils le pourront. Claustrophobes s’abstenir !  Ce huis clos infernal a marqué le cinéma d’horreur international en 2008. Il tient le spectateur en haleine du début à la fin, et s’avère l’un des meilleurs films du genre que j’ai vus. Une suite (inférieure) et un remake américain (que je n’ai pas vu) ont suivi sa sortie. Un troisième et quatrième film sortiront bientôt, par les mêmes réalisateurs.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine, de Jean-François Tremblay…

20 septembre 2011

J’ai rencontré Batman !

Ce week-end, je me suis payé un « trip » en allant aux deux journées du Comic-Conde Montréal, la quatrième édition de ce rassemblement annuel de « nerds » et de

Marina Sirtis

geeks, et tous ceux qui se situent entre les deux.

Il s’agissait de ma première visite à ce genre de convention, dont d’événements semblables (de plus ou moins grande envergure) ont lieu un peu partout dans le monde, tout au long de l’année.

Cette année, le Comic-Con de Montréal recevait Stan Lee (créateur de Spiderman, les X-Men, Hulk, les Avengers, les Fantastic Four et plusieurs autres), Michael Dorn et Marina Sirtis de la série Star Trek : The Next Generation, James Marsters de la série Buffy The Vampire Slayer, Gil Gerard de Buck Rogers, et de nombreux autres artistes du cinéma, de la télévision et de la BD.

Mais moi, j’y allais principalement pour deux de mes idoles d’enfance : Adam West et Burt Ward.   Oui, oui, le dynamique duo original des années 60, Batman et Robin, en chair et en os à Montréal !

J’ai pris la décision samedi matin, peu après m’être réveillé (du moins mon corps l’était, je soupçonne mon cerveau d’avoir été encore endormi), de me faire prendre en photo avec les deux acteurs.

Il faut savoir que, dans ce genre d’événement, il faut payer pour se faire prendre en photo, et ce n’est pas donné. Dépendamment du statut et de la popularité de l’artiste, celui-ci (ou son agent) établit un prix fixe, dont tous les profits lui reviennent directement (le Comic-Con n’en touche rien). Ceci sert de paie pour l’artiste, car s’il n’était pas à la convention, il serait sur un plateau de tournage ou travaillerait ailleurs.

Fair enough, je me dis. Je vais payer. J’ai de l’argent de côté. Ce sont des idoles, et je n’aurai probablement pas la chance de les revoir. Alors j’ai sorti le portefeuille, me suis présenté à la table des photos, et j’ai payé.

Plus tard, venue l’heure de la prise des photos, j’ai fait la file. Plus j’approchais de l’endroit où étaient pris les clichés (un endroit clos formé de quatre murs de rideaux noirs), plus j’étais excité. Plusieurs questions se sont emparées de moi : qu’est-ce que j’allais leur dire ? Combien de temps aurais-je pour leur parler ? Aurais-je même le temps de dire quoi que ce soit ?

Lorsque le moment fut venu, je donnai mon carton (sur lequel se trouvait la confirmation de mon achat) à une bénévole, je m’approchai des deux acteurs qui se placèrent de chaque côté de moi, et je dis à Burt Ward « It’s an honour to meet you », et il me répondit quelque chose dans le genre « The pleasure is mine ».

L'auteur entre Robin et Batman

Le photographe, très rigoureux, prit sa photo, puis cria « Next! », et je me tournai vers Adam West, dis « Thanks ! », et je me dirigeai vers la sortie.

Le tout a duré, tout au plus, 45 secondes. 45 secondes avec deux idoles d’enfance, ce n’est pas beaucoup. Ce moment et la photo qui en résulte m’ont coûté plus de 100 dollars, mais la photo est réussie, et je chérirai ce moment pour toujours.

De plus, j’ai assisté, samedi soir, à une projection privée du film Batman de 1966 qu’animaient les deux acteurs, et à leur conférence du dimanche après-midi.

Je crois que la preuve est maintenant faite : je suis un vrai geek…

Et ça, c’est sans parler de tout ce que j’ai vu : la Batmobile des années 60, la Delorean de Retour Vers le Futur, R2-D2, etc.  Ce fut un merveilleux week-end, et au niveau de la fréquentation, je crois, un énorme succès. Longue vie au Comic-Con de Montréal !

—-

J’aimerais revenir un peu sur mon expérience avec Harry Potter.

Pendant un mois et demi, du début août à la mi-septembre, j’ai lu l’entière saga signée J.K. Rowling, an anglais. La seule chose que j’en connaissais avant de les lire, c’était les deux premiers films, vus à l’époque de leur sortie.

Et je dois avouer être tombé sous le charme dès le début de ma lecture. Plus j’avançais dans les romans  — qui sont extrêmement bien écrits —, et plus l’intrigue

JK-Rowling

prenait de la profondeur, plus je lisais vite, plus j’avais envie de connaître la suite. Ce sont des livres essentiellement pour les jeunes, oui, mais ce que Rowling réussit à faire avec cette histoire c’est de nous faire revivre les années de l’adolescence, peu importe notre âge. Elle parvient à créer des personnages dans lesquels nous nous reconnaissons, des personnages qui semblent vrais, réels, qui respirent, qui ont chacun et chacun une personnalité bien à eux.

J’ai déjà lu des romans où l’auteur ne donnait qu’une seule voix à tous ses personnages, comme s’ils pensaient et parlaient tous de manière identique. Ce n’est pas le cas avec J.K. Rowling. Elle possède le talent pour évoquer un personnage en quelques lignes et lui trouver une voix – qu’il s’agisse du ton, de l’accent, des expressions utilisées – qui lui appartient totalement.

Je n’ai pas été très critique tout au long de ma lecture. Il s’agit d’une saga dans laquelle on plonge et dans laquelle on demeure absorbé du début à la fin. Et bien que le tout devienne très complexe à la fin, et que Harry se retrouve quasiment avec deux quêtes (les Reliques et les Horcruxes), je lisais chaque page, chaque phrase, chaque mot avec passion, impatient de savoir ce qui allait arriver.

J’ai revu les deux premiers films, après avoir lu les livres. Et j’ai vu les films suivants, sauf les deux derniers. Les films de cette série ne sont rien en comparaison des romans. Ils ne leur arrivent pas à la cheville. Les acteurs, dont certains de très haut calibre, sont excellents et campent bien les personnages, mais tellement de détails sont omis (surtout à partir du troisième film) qu’à un certain point, le tout en devient ridicule, et pratiquement incompréhensible (je suppose) pour la personne qui n’a pas lu les romans. Des personnages disparaissent complètement, leurs actions et leurs répliques étant confiées à d’autres personnages ; des intrigues secondaires, qui prennent de l’importance au fil des romans, sont ignorées ; et certaines choses sont inventées de toutes pièces, comme l’incendie de la demeure des Weasley dans le sixième film.

Je recommande à tous ceux et celles qui ne les ont pas lus, de le faire. Peu importe votre âge ou votre sexe, vous serez ébahis par cet univers vivant, tangible. Du premier au septième livre, je n’ai cessé de rappeler à ma mémoire que l’auteur était une femme, tellement sa représentation de l’adolescence vécue par un jeune garçon est fidèle à la réalité. Les émotions, les pensées des personnages viennent nous toucher, car elles sont le reflet de ce que nous sommes, de ce que nous avons vécu à cette période de notre existence et, le temps de la lecture, on revit un peu cette partie si cruciale de la vie.

Ce n’est pas de la littérature compliquée, ça se consomme rapidement, mais c’est adroitement construit, et c’est tellement engageant qu’on ne peut que succomber au charme d’Harry Potter et de sa bande d’amis.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine, par Jean-François Tremblay…

23 août 2011

Deux belles découvertes de l’été…

 

Rave On, un hommage à Buddy Holly

À la fin juin est paru un disque totalement charmant, mais qui semble être passé inaperçu. Il s’agit d’une compilation des plus grands titres de Buddy Holly, interprétés par plusieurs des artistes les plus intéressants de l’heure.

The Black Keys, avec une reprise minimaliste, mais très efficace de Dearest, ouvrent l’album. Fiona Apple et Jon Brion enchaînent tout en douceur avec Everyday, qui nous mène vers la rockeuse It’s So Easy chantée par un Paul McCartney complètement déchaîné. McCartney, détenteur depuis plus de 30 ans des droits d’auteur de Buddy Holly, est un fan fini du défunt musicien, et il s’en donne à cœur joie ici.

Parmi les autres belles surprises notons (You’re so Square) Baby I Don’t Care livrée par un Cee-Lo Green presque méconnaissable, Oh! Boy par le duo She & Him (dont fait partie l’actrice Zooey Deschanel), Heartbeat par le groupe The Detroit Cobras, Not Fade Away par Florence & The Machine, ou encore la sublime Raining in My Heart, chantée avec beaucoup de sensibilité par Graham Nash, et qui vient clore ce disque enchanteur.

Vraiment une belle découverte cet été, que je recommande à tout le monde.

Rise of the Planet of the Apes

Je suis un amateur, un très TRÈS grand amateur des films originaux de la Planète des Singes, qui datent des années 60 et 70. Je les ai vus, revus, et re-revus maintes fois au cours de ma vie. Ainsi que la série télévisée de l’époque. Et quelques documentaires, et des livres, etc.

J’ai également apprécié le remake de Tim Burton il y a près de dix ans, mais à un degré moindre. Le film était nettement inférieur au matériel d’origine.

Se trouve maintenant sur nos écrans un nouveau film, qui puise son inspiration dans le récit original : Rise of The Planet of The Apes.

Le scénario raconte l’ascension à la tête des singes d’un chimpanzé nommé César, fils d’une femelle ayant servi de cobaye à des expériences visant à améliorer ses capacités intellectuelles. Et donc son petit, ayant hérité de ses capacités, devient à l’âge adulte un singe redoutable, exaspéré de sa vie en captivité et du traitement des humains envers les singes.

Le film rappelle (volontairement) le quatrième film de l’ancienne série, Conquest of the Planet of the Apes, qui racontait les débuts de la révolution des singes, menée par un chimpanzé du nom de César (fils des célèbres Cornelius et Zira).

Mais les ressemblances entre les deux œuvres sont peu nombreuses. Le nouveau film est parsemé de références tantôt subtiles, tantôt évidentes, au film original qui mettait en vedette Charlton Heston, mais ça s’arrête là. Il s’agit d’une œuvre à part, et du possible départ d’une autre série, dont les fondements sont ancrés dans une matière différente.

En effet, alors que dans la série originale, l’évolution des singes en êtres parlants s’était produite naturellement (ou presque, hormis un voyage dans le temps plutôt

Frida Pinto

pratique), dans Rise… les singes prennent le pouvoir grâce à une drogue expérimentale qui accentue leurs capacités mentales. L’Homme est à la base, donc, des changements qui s’opèrent en eux.

Malgré cette différence, le film est captivant et passionnant, même pour un amateur de longue date comme moi, qui craignait de détester cette nouvelle mouture. Les effets spéciaux sont relativement bons, mais c’est surtout la performance de l’acteur Andy Serkis qui, par le procédé appelé « motion capture », fait vivre le singe César.  Cette performance est ce sur quoi repose tout le film, et ce qui le rend si intéressant. Car Serkis donne à César une profondeur que ses collègues en chair et en os (James Franco, Frida Pinto) n’ont pas. Hormis peut-être John Lightgow, toujours aussi doué, les humains semblent incapables d’émotions dans ce film.

Par contre, les singes ont des personnalités très fortes. Et si vous avez une certaine sensibilité pour les animaux en général, comme dans mon cas, vous serez grandement touchés par cette œuvre qui s’élève au-delà de la mêlée des films estivaux habituels, sans toutefois être pour autant un chef-d’œuvre.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine par Jean-François Tremblay…

9 août 2011

Fantasia…

Au cours des dernières semaines, j’ai passé un temps assez considérable au festival de films Fantasia, où j’ai fait – comme chaque année – de belles découvertes dans un domaine qui me plaît particulièrement : le cinéma de genre.

Puisque Fantasia, étant donné sa grande diversité et à la quantité de films présentés, peut être vécu de bien des manières, et que deux individus qui iraient  voir chacun une vingtaine de films pourraient vivre une expérience totalement différente l’un de l’autre, je vous fais part ici de quelques coups de cœur personnels qui ne représentent qu’une infime partie de ce que le festival avait à offrir cette année.

ATTACK THE BLOCK

Une comédie fantastique britannique qui raconte l’invasion d’une tour à logements du sud de Londres par une race d’extraterrestres très violents, Attack the Block est le premier long métrage de Joe Cornish, collaborateur de longue date de Simon Pegg et Edgar Wright (celui-ci a d’ailleurs produit le film).

Le scénario, dont on devine la plupart des retournements, s’avère malgré tout très bien écrit, nous présentant des personnages qui ne tombent pas trop dans la caricature, et qui sont adroitement joués par une bande d’acteurs peu connus. Mais la force du film se trouve surtout dans l’inventivité visuelle de Cornish, dans la beauté et l’esthétisme de ses plans, son montage vivant, son imagination et ses effets optiques bien pensés. Pour les amateurs du genre, il s’agit là sans aucun doute d’un futur classique, qui reçut un bel accueil de la part de la presse.

Cliquez ici pour plus d’infos

ANOTHER EARTH

Brit Marling

Un film de science-fiction qui ressemble plus à un film indépendant que l’on verrait dans les salles de cinéma répertoire.

L’histoire est celle de Rhonda, jeune diplômée du MIT qui, lors d’un moment d’inattention au volant, entre en collision avec une voiture, tuant la jeune famille qui l’occupait, hormis le père.  Quatre ans plus tard, à sa sortie de prison, Rhonda retrouve par inadvertance la trace du père de famille, et se rapproche progressivement de lui, jusqu’à entrer dans sa vie, mais ce, sans jamais lui révéler sa réelle identité.

Pendant ce temps, en arrière-plan de cette histoire, les scientifiques de la Terre sont subjugués par la découverte d’une planète identique à la nôtre qui vient d’apparaître dans le ciel. Une deuxième Terre qui, selon toute vraisemblance, serait peuplée d’humains. Étrangement, chacun ici sur Terre aurait son double sur cette autre Terre qui évolue en parallèle. Un voyage s’organise sur Internet vers l’étrange planète, et Rhonda inscrit son nom pour y participer…

Ce qui m’a plu dans ce film, c’est le fait que la science-fiction n’occupe qu’une petite partie du film. L’attention est attirée pendant tout le film sur les deux protagonistes, Rhonda (Brit Marling, qui a coécrit le scénario avec le réalisateur Mike Cahill) et le père de famille John (William Mapother, magistral dans son rôle, à des lieues de ce qu’on l’avait vu faire dans la télé série Lost). C’est l’évolution de leur relation qui nous intéresse, et jamais cela n’est abandonné au profit du mystère de la deuxième Terre. Un excellent film, que tous pourront apprécier – vraiment pas besoin d’être amateur de science-fiction pour embarquer dans l’histoire!

Le film est présentement en salles.  Cliquez ici pour plus d’infos.

BURKE & HARE

Une autre comédie, celle-ci réalisée par John Landis (An American Werewolf in London, le vidéoclip de Thriller, Coming to America, The Blues Brothers), qui marque son retour au grand écran après une décennie d’absence.

Basé sur une histoire vraie, le film relate les aventures de Burke et Hare, un duo d’imbéciles pilleurs de tombes dans l’Édimbourg des années 1820, qui travaillent pour le compte d’un important médecin, chez qui l’ambition prend le dessus sur l’éthique.

Bourré de grands acteurs (Tom Wilkinson, Tim Curry, Andy Serkis, Simon Pegg), de caméos divers (Jenny Agutter, Costa-Gavras, etc.), faisant preuve de créativité malgré un budget dérisoire, Burke & Hare est un film désopilant, mêlant à la fois la farce et le « gore » (scènes sanglantes), tout en gardant un ton bon enfant. Prenant de grandes libertés avec la véritable histoire (qui fut portée à l’écran des dizaines de fois), le film s’avère extrêmement divertissant, et tout à fait dans l’esprit des films précédents de Landis, démontrant qu’il n’a pas perdu son œil et son flair pour la comédie visuelle. On regarde ce film comme une comédie d’une autre époque, des années 80 et bien avant, le genre d’humour présent dans le film étant différent de ce que l’on voit aujourd’hui au cinéma, mais cela fait du bien. Il s’agit d’une comédie « old-fashioned », à l’ancienne, dont on ressort avec un énorme sourire. Très recommandé!

Le film est disponible en Europe depuis l’an dernier (le titre français étant « Cadavres à la pelle »), mais n’a pas encore été distribué ici.

Cliquez ici pour plus d’infos.

Intéressant que, sur les trois films vus à Fantasia que je recommande ici, il y ait deux comédies, non ?

Selon moi, l’horreur et l’humour vont de pair, il en a toujours été ainsi. Les films qui ne se prennent pas trop au sérieux sont souvent, à mon avis, les meilleurs.

On se revoit dans deux semaines. D’ici là, je retourne me plonger dans les romans de la série Harry Potter, que je lis pour la première fois (et je n’ai pas vu les films). Je viens d’entamer le quatrième tome. On s’en reparle bientôt, je suis totalement accro…

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine… de Jean-François Tremblay…

28 juin 2011

Films de gars, livre de filles…

Unknown, film de Jaume Collet-Serre

Liam Neeson incarne un docteur en visite à Berlin avec sa femme pour un congrès. Un accident de voiture le fait sombrer dans un coma, et à son réveil, il découvre que son existence lui a été dérobée : sa femme (January Jones) est mariée à un autre homme, cet autre homme porte le même nom que lui ; la réalité, telle que le Dr Harris la connaissait, n’existe plus. À l’aide d’une conductrice de taxi (Diane Kruger), Harris tentera de faire la lumière sur ce qui lui arrive.

Un film divertissant, sans plus. De bons acteurs, du style, un montage efficace, le film souffre d’un scénario naïf et ridicule qui semble avoir été écrit par un cégépien de gauche un peu trop idéaliste. Ceci dit, vous passerez probablement une bonne heure et demie, mais il ne faut pas s’attendre à grand-chose. Le film manque de logique, d’intelligence et de vraisemblance. Un vrai film d’été, quoi…

The Adjustment Bureau, film de George Nolfi

Emily Blunt

Un jeune politicien prometteur (Matt Damon) tombe amoureux d’une ballerine (Emily Blunt), mais les deux sont pourchassés par des hommes mystérieux (John Slattery, Terence Stamp, Anthony Mackie) dont le dessein semble être de les séparer à tout prix.

Un autre bon divertissement, nettement meilleur que Unknown, le film est pourtant décevant sur certains points, surtout en ce qui concerne la nature exacte des agents du Bureau de contrôle. Sans trop vouloir en révéler (difficile de le faire…), disons seulement que notre appréciation du film dépend beaucoup de nos convictions personnelles. Dans l’ensemble, les acteurs font de leur mieux avec le matériel qui leur est donné, et le film passe assez vite, et garde notre intérêt jusqu’à la toute fin.

Battle : Los Angeles, film de Jonathan Liebesman

Aaron Eckhart joue un sergent-chef des marines américains qui, le jour de sa retraite, se voit obliger de réintégrer un peloton militaire lorsque la Terre est violemment attaquée par une race extraterrestre. Dans les rues de Los Angeles, le vétéran doit aider ses hommes à contrer la menace et à sauver les civils survivants.

La condition première pour apprécier ce film est de garder ses attentes très basses. Il est possible ainsi que passer un bon moment avec cette œuvre dégoulinante de patriotisme américain et de bons sentiments. Les effets spéciaux se mélangent étonnamment bien aux images tournées dans un style documentaire, et le scénario – malgré ses défauts flagrants – est tout de même assez solide pour ce genre de film. Les personnages sont attachants (bien qu’unidimensionnels), et lorsqu’il leur arrive quelque chose, nous ne sommes pas totalement indifférents. Un deux heures bourré d’action, qui divertit, amuse, et fait tout ce qu’un film d’été doit faire.

Super 8, film de J.J. Abrams

Le jeune Joe Lamb et sa bande d’amis tournent un film Super 8 à l’été 1979 dans leur petite ville américaine lorsqu’ils sont témoins d’un catastrophique accident de train. Recherchés par l’armée qui veut récupérer les images du déraillement que les jeunes ont filmées, ceux-ci découvrent que quelque chose d’étrange était à bord du train, et risque de changer leurs vies à jamais.

Ce film nostalgique recrée l’ambiance des films de Steven Spielberg des années 80. D’ailleurs, Spielberg est producteur de Super 8, et le mélange de son univers à celui de J.J. Abrams (créateur de la série Lost) forme un tout quasiment parfait pour faire voyager le spectateur pendant deux heures dans une autre réalité. Pendant la totalité du film, on a l’impression de se retrouver en 1979, et si – comme moi – vous étiez un enfant au début des années 80, ce film vous parlera d’autant plus qu’il s’inspire clairement des classiques de l’époque (E.T., Rencontres du Troisième Type, Stand By Me, Explorers, etc.). Le scénario manque grandement de cohérence, et à la longue les créatures des différents films produits et/ou réalisés par J.J. Abrams finissent toutes par se ressembler (Cloverfield, Star Trek…), cependant il s’agit d’un excellent divertissement, très réussi, qui jouera sur votre nostalgie et votre cœur d’enfant. À voir!

Mémoires d’une jeune fille rangée, récit autobiographique de Simone de Beauvoir

Ce livre, le premier d’une longue œuvre autobiographique, raconte les vingt premières années de la vie de Simone de Beauvoir, dans ses propres

Simone de Beauvoir

mots. N’étant pas un habitué de cette auteure, j’ai abordé le livre avec un peu de réticence. Mais mes craintes furent rapidement dissipées ; le livre se lit tout seul, d’une traite. Je l’ai lu en deux ou trois jours. Récit fascinant, dans lequel tout le monde peut se reconnaître, ou reconnaître des gens que l’on côtoie.  Ce livre dresse un portrait vivant et poignant d’une époque et d’un style de vie révolus, mais qui ressemble encore un peu trop au nôtre (l’influence de la religion, le sexisme, le racisme, etc.)  Simone de Beauvoir nous parle de son entourage avec tellement d’éloquence et de talent qu’on ne peut qu’être absorbé par ce récit, qui émeut et fait grandement réfléchir. Un retour aux sources, au cœur même de l’enfance et de l’adolescence, des rêves et des idéaux brisés par la vie adulte, de la naïveté de la jeunesse. Un récit initiatique auquel on peut tous s’identifier.

Je suis présentement en pleine lecture de la suite, La Force de l’âge, dont je parlerai bientôt.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine… de Jean-François Tremblay…

13 juin 2011

Réflexions et suggestions…

Ma copine me faisait remarquer que ma consommation d’alcool ne reflète vraiment pas celle de la moyenne des adultes de mon âge et de ma génération. J’en conviens. Et je n’en suis nullement gêné. Je n’aime pas l’alcool, son goût, ce que le produit représente en général,  et ce qu’il produit chez les gens qui en abusent. Bien sûr, j’aime boire en société – de la bière principalement –, mais je ne ferai pas de voyage spécial au dépanneur pour en acheter, du moins que très rarement.

J’ai fait la remarque à ma copine ce dimanche après-midi, alors que nous passions à la SAQ, que les gens achètent vraiment beaucoup d’alcool. Ils en achètent par pleins paniers, comme s’ils achetaient des fruits et légumes à l’épicerie – et encore, achètent-ils autant de fruits et légumes ?  Je regardais ce que les gens prenaient sur les tablettes, ce qu’ils amenaient à la caisse, et j’étais éberlué. Ma copine achetait une bouteille pour recevoir une copine en soirée, et c’est en général le genre d’achat que nous effectuons en termes d’alcool. J’ai, personnellement, très peu de tolérance pour les accros de ce produit.

Mais bon, ce n’est qu’une remarque. Je trouve que l’on consomme beaucoup d’alcool au Québec. Les SAQ sont toujours remplies de gens, qui eux ont les bras remplis de bouteilles. C’en est ridicule.

Ce n’est qu’une opinion.

——————–

Quelques commentaires sur des livres que j’ai lus au cours des dernières semaines :

-        Serpico, de Peter Maas :

Si vous avez vu le film de Sidney Lumet de 1974, vous connaissez cette histoire, et c’est exactement ce que vous retrouverez dans ce livre, qui fut le point de départ du film, sa source d’inspiration. Une histoire fascinante (et vraie), que celle de Frank Serpico, policier new-yorkais qui s’en prend à la corruption au sein du corps policier et découvre un réseau si étendu, si défendu par ceux qui en profitent, qu’il paiera cher son honnêteté, presque au coût de sa vie. Mais bon, je ne crois pas vous gâcher la fin en vous disant que Serpico est encore en vie et qu’il tient un blogue sur le web.   J’ai adoré le livre, j’ai admiré la détermination de cet homme pour qui j’ai beaucoup de respect. J’étais déjà amateur du film, mais le roman m’a fait entrer plus intimement dans la tête de Serpico, et j’ai été révolté, tout comme lui, par la bêtise humaine, tout au long de ma lecture. Un excellent livre.

-        True Grit, de Charles Portis,

Ce roman fut porté deux fois à l’écran. Une fois, avec John Wayne, dans les années 60 (une version plutôt fidèle, malgré sa fin à la Walt Disney), et plus récemment, adapté par les frères Coen, avec Jeff Bridges, Josh Brolin, Matt Damon et l’extraordinaire Hailee Steinfield. Il s’agit de l’histoire de la petite Mattie Ross qui décide de partir à la recherche du tueur de son père, et engage pour ce faire un shérif bourru, mais soi-disant courageux. Se joindra à eux un Texan du nom de LaBoeuf qui cherche lui aussi le fameux criminel. Ce roman classique et les deux films sont des œuvres extrêmement amusantes. Le livre est très bien écrit, se lit très rapidement (je l’ai lu en deux jours à peine), et les deux versions filmées sont assez fidèles, surtout la plus récente. Très drôle, plus qu’elle n’en donne l’impression à première vue, cette œuvre devrait toucher à peu près tout le monde. Elle met en vedette un trio de personnages dépareillé, mais qui est totalement irrésistible. Je vous le conseille vivement, en roman ou en film.

-        World War Z, de Max Brooks

Ce roman prend la forme de retranscriptions de divers témoignages, des témoignages de personnes ayant survécu à la guerre entre les humains et les zombies. Se promenant d’un continent à l’autre, le narrateur – très discret – rapporte le récit de dizaines d’intervenants qui nous racontent chacun à sa façon comment ils ont vécu cette guerre mondiale et comment l’humanité s’est adaptée à cet ennemi inhabituel. Ici, il n’y a pas de personnage central ; notre regard se porte sur l’ensemble de l’humanité, à travers diverses histoires de survivants et de héros. Le récit s’avère passionnant. Cependant, l’écriture est plus qu’approximative. Max Brooks, le fils du cinéaste Mel Brooks, n’a pas le talent d’un grand auteur. Ses personnages, qu’ils soient chinois, africains ou canadiens, semblent tous avoir la même personnalité, le même vocabulaire. De plus, l’écriture de Brooks est très juvénile, immature. Dommage, car l’histoire est vraiment intéressante. Il est question depuis quelques années de l’adapter en film, possiblement avec Brad Pitt dans l’un des rôles. J’aimerais voir ce film. Sincèrement. Mais le niveau d’écriture du roman rend sa lecture un peu pénible.

——————–

Pour terminer, je vous recommande le disque David Koresh Superstar, du groupe britannique The Indelicates.

Portant bien son nom, cette formation fait dans un rock mélodieux, d’inspiration années 60, aux paroles qui écorchent. Ses deux premiers albums sont de réels petits bijoux, et celui-ci, sorti en mai dernier, est tout aussi bon. Son concept s’inspire – bien sûr – de Jesus Christ Superstar, et son sujet, encore frais dans l’esprit de plusieurs, est traité avec un humour noir, intelligent, subversif, ainsi qu’un certain respect, je dirais. On entre dans la tête du fameux gourou, ce qui donne des moments très intéressants. Vous pouvez vous le procurer, au prix de votre choix, par ici.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine de Jean-François Tremblay…

16 mai 2011

Que se cache-t-il derrière notre political correctness ?

Samedi dernier, ma copine et moi regardions la télé sur l’heure du dîner quand nous sommes tombés sur une reprise de l’émission Tout le Monde en Parlait, à Radio-Canada.

L’émission traitait d’un documentaire de l’ONF réalisé par Robert Favreau en 1975, intitulé Le Soleil a pas d’Chance, et qui porte sur le Carnaval de Québec, et plus particulièrement des Duchesses du Carnaval.

Le reportage (signé Caroline Gaudreault et Denis Roberge) nous montrait comment le documentaire de Favreau a choqué, surpris et même blessé des gens à sa sortie, en accusant le Carnaval de sexisme envers les jeunes femmes qui se présentaient au concours de Duchesses.

Plusieurs témoins de l’époque ont participé au reportage, réalisé l’an dernier (si je ne m’abuse). On y retrouve Favreau et sa collaboratrice France Capistran, qui défendent leur documentaire, ainsi que Pierre Villa (président du Carnaval en 1975) et Yves Chabot (qui sélectionnait les duchesses), offrant quant à eux un point de vue bien différent. Quelques anciennes duchesses viennent balancer le tout.

Le reportage s’avère des plus intéressants, surtout si l’on s’intéresse un tant soit peu à la question du féminisme.

Je n’ai pas vu le documentaire de Favreau, mais le reportage m’a donné le goût de le visionner. Apparemment, le film (d’environ 2 h 30) ne comporte aucune narration. Il s’agit simplement d’un exercice d’observation, où les images parlent d’elles-mêmes. On y voit – si je me fie à ce que le reportage télé montrait – de nombreuses scènes où les duchesses sont traitées comme des êtres sans cervelle, des idiotes qu’on parade sans que l’on s’intéresse à ce qu’elles peuvent penser. Certaines tombent d’épuisement dû aux exigences plutôt élevées que demande le rôle de duchesse. Et il est aberrant de voir (et surtout d’entendre), dans les extraits montrés,  les responsables de la sélection des duchesses – surtout Yves Chabot – faire preuve dans leurs propos d’un sexisme et d’une bêtise effarants.

Le documentaire, sorti en plein cœur de l’Année internationale de la Femme, a suscité de nombreux et houleux débats à l’époque, le Carnaval tentant – entre autres – de faire interdire sa distribution, en vain.

L’image des Duchesses a pris un vilain coup à la suite de ce documentaire, et le concours ne fut plus jamais le même, jusqu’à son annulation en 1996.

Aujourd’hui, en 2011, des sondages sont menés pour tenter de jauger l’intérêt du public envers cette compétition. Apparemment, 80 % de la population de Québec serait partante pour remettre sur pied le concours des Duchesses du Carnaval.

Comment justifie-t-on encore ce genre de compétition en 2011? Les Miss World, USA, Univers, les Duchesses ?

Des décennies de féminisme nous ont menés où ? À ça ? Et la question principale que je me pose : pourquoi les femmes continuent-elles de participer à ce genre d’événement dégradant ?

Et autre chose : comment les vieux machos, ceux qui avaient carte blanche avant que le « politically correct » ne prenne le dessus sur la

Robert Favreau

plupart des autres discours, se sentent-ils aujourd’hui ? Alors qu’on les musèle depuis des années, qu’on les sermonne, lorsqu’ils utilisent des expressions racistes, sexistes ou misogynes qui ont longtemps fait partie de leur vocabulaire ? J’imagine que souvent ça doit bouillir à l’intérieur.

Je voyais Pierre Villa dans le reportage qui regardait sur un écran derrière lui un extrait d’entrevue donnée par Robert Favreau en 1975, un jeune Favreau aux cheveux longs et moustache. Et Pierre Villa qui se retourne vers la caméra de Tout le Monde en Parlait et traite Favreau de « granola » et affirme ceci : « […] il y avait à une époque des gens qui avaient des styles qui ne correspondaient pas nécessairement à cette élite montante que nous étions, que nous essayions d’être. »

Ce genre de propos fait peur.

Et je ne me fais pas d’illusions sur le fait qu’une bonne partie de la population, bien que l’on croit naïvement avoir évacué de nombreux préjugés, continue d’entretenir en silence ce genre de pensée. Je n’ai qu’à penser à tout ce que je peux entendre dans mon entourage en termes de propos racistes et sexistes à peine déguisés en blagues pour m’en faire une idée.

L’animateur américain ultraconservateur Glenn Beck a déjà dit : « Political Correctness doesn’t change us, it shuts us up.

Voici un lien pour visionner l’épisode en question de Tout le Monde en Parlait. Cliquez ici.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine de Jean-François Tremblay…

5 avril 2011

Castle…

Richard Castle est un auteur à succès vivant à New York. Coureur de jupons et bon vivant, Castle habite un magnifique loft avec sa fille adolescente Alexis et sa mère, Martha, diva déchue de Broadway.

Les livres de Castle remportent une énorme popularité, surtout auprès des femmes. Ses histoires de meurtres lui valent la gloire. Mais voilà que Castle est en panne. Il vient de tuer son héros de plusieurs romans, Derek Storm, et il ne sait plus dans quelle direction se tourner.

Entre en scène la détective Kate Beckett. Sous les ordres du capitaine Roy Montgomery, Beckett travaille au sein de l’escouade des homicides en compagnie des détectives Javier Esposito et Kevin Ryan.

Sur sa plus récente affaire, Beckett doit résoudre une série de crimes qui ont été commis par quelqu’un qui copie les meurtres décrits dans les histoires de Richard Castle. L’auteur à succès est alors appelé, tout d’abord comme suspect et ensuite comme aide à l’enquête. Ce que Beckett apprécie peu.

Kate Beckett est une femme forte, sérieuse et intelligente, et ce n’est qu’à contrecœur qu’elle accepte de tolérer la présence et les répliques (pour la plupart) insignifiantes de ce beau gosse pour qui la vie n’est qu’un terrain de jeu.

Cependant, ce qui doit arriver arrivera : la belle policière s’amourachera peu à peu de l’homme qui, derrière son comportement un peu gamin, cache quelqu’un de charmant, vrai et humain.

Grâce à son amitié avec le maire de New York, Richard Castle se verra admis sur les enquêtes suivantes de Beckett, qui ne se laissera pas amadouer si facilement et refusera de n’être qu’un nom de plus sur le tableau de chasse de l’auteur. De plus, Castle décidera éventuellement de s’inspirer de Beckett pour créer Nikki Heat, l’héroïne sexy de son nouveau roman. Ce qui ne plaira guère à cette dernière.

Leur relation, mélange d’amitié, de respect, d’attirance mutuelle et d’amusantes réparties, se développera au fur et à mesure des enquêtes.

« Castle » est une comédie dramatique diffusée les lundis soirs sur la chaîne américaine ABC. La version française est diffusée au Québec sur la chaîne Séries + (mais si vous pouvez éviter l’atroce doublage français, vous vous en porterez mieux…).

La série à succès met en vedette Nathan Fillion dans le rôle-titre et Stana Katic dans celui de la détective Beckett.

Nathan Fillion est un habitué de la télévision : en plus de petits rôles ici et là (dans « Lost », « Two Guys, a Girl and a Pizza Place » et « Buffy The Vampire Slayer »), il a interprété en 2002 le rôle du Capitaine Malcolm Reynolds dans la série « Firefly » (rôle qu’il a ensuite repris dans le film « Serenity »).

Il a également joué le rôle du superhéros un peu con Captain Hammer dans la délirante série web « Dr. Horrible’s Sing-Along  Blog » en 2008.

Avec son charme adolescent, l’acteur s’est gagné au fil du temps une place de choix dans le cœur de milliers de téléspectateurs. Dans « Castle », il a enfin trouvé un rôle qui lui permet de mettre à profit les diverses facettes de sa personnalité. En plus des répliques cinglantes et de son attitude cabotine, il sait aussi jouer les scènes dramatiques avec conviction, donnant à Richard Castle une profondeur qui enrichit grandement la série.

Stana Katic

Stana Katic, d’origine serbo-croate, n’est pas étrangère non plus à la télévision; la belle et grande actrice a joué quelques rôles dans les séries « 24 », « Alias », « Heroes » et « The Unit » (entre autres) avant d’incarner la détective Kate Beckett.

Femme forte, mais vulnérable, Kate Beckett est une personne complexe, qui possède un secret déchirant et qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. C’est pourtant à Castle, l’homme avec qui elle n’a rien en commun, qu’elle s’ouvrira peu à peu, laissant tomber ses défenses au fur et à mesure.

Le créateur de la série, Andrew W. Marlowe, n’avait écrit que des scénarios un peu simplistes avant « Castle », en l’occurrence ceux des films « Air Force One », « End of Days » et « Hollow Man ».

Bien que la série ne prétend rien révolutionner (et elle ne le fait pas), les textes sont en général bien écrits, pour de la télé généraliste. Contrairement à la plupart des séries d’enquêtes meurtrières, celle-ci n’est jamais trop dramatique, ni trop légère. Elle s’approche plus, en fait, du ton de la série « Moonlighting », qui mettait en vedette Bruce Willis et Cybill Shepherd dans les années 80. Ce mélange de romance, d’action et de mystère est exactement ce que l’on retrouve dans « Castle », et qui fait la réussite de la série. Bien qu’on se doute qu’éventuellement les deux personnages principaux s’avoueront leur amour d’ici la fin de la série, on ne se lasse pas de les voir évoluer ensemble, d’épisode en épisode, sans jamais arriver à se dire exactement ce qu’ils pensent.

Les textes sont bien dosés, désamorçant les scènes trop dramatiques avec des répliques amusantes. Ceci dit, il y a du mordant dans cette histoire, surtout lorsqu’on fouille dans le passé des personnages, et les acteurs savent très bien transmettre les émotions plus graves de leur personnage.

Pour passer un bon moment télévisuel, léger, drôle et captivant, je vous recommande « Castle ».

Voici la bande-annonce de la saison 1 :  http://www.youtube.com/watch?v=-5r6-ZiD-tQ

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine… Le féminisme chez les jeunes, par Jean-François Tremblay…

21 mars 2011

Le féminisme chez les jeunes

La semaine dernière, ma copine et moi sommes allés voir le documentaire Attention Féministes ! de la réalisatrice Rozenn Potin.

Le film dresse un portrait à la fois dynamique et informatif du mouvement féministe tel que vécu par les Québécoises et Québécois des

Éros et Psyché

générations X et Y, en suivant une poignée de personnes impliquées activement dans la cause, tous et toutes basé(e)s dans la grande région de Montréal.

Un film que je vous conseille de voir si l’occasion se présente. Selon la réalisatrice (qui était présente lors de la projection), il devrait être lancé en format DVD d’ici quelques mois.

En marchant pour rentrer à la maison, ma copine et moi avons eu une longue discussion sur nos impressions face au film.

Ma copine, finissante au doctorat en histoire, s’intéresse depuis longtemps à l’histoire des femmes et du féminisme. Pour ma part, je n’y connais que bien peu de choses.

Donc, pour elle, le film — quoique très intéressant dans l’ensemble — n’apportait aucun fait nouveau.

En ce qui me concerne, j’ai été confronté à des idées qui firent jaillir en moi des sentiments contradictoires.

D’un côté, certaines idées et revendications me dérangent, surtout lorsqu’il est question des différences biologiques et d’un certain mécontentement des femmes face à ces différences.

Lorsqu’une femme dit, par exemple, se sentir lésée parce qu’elle doit se taper la grossesse et l’accouchement, que son rôle est plus grand, plus difficile, et plus contraignant que son conjoint dans ce processus qu’est celui de donner la vie, je trouve idiot de se baser sur des différences naturelles, biologiques, pour revendiquer quoi que ce soit. Il ne s’agit pas d’une injustice, mais de la façon dont la nature fonctionne.

Et je suis convaincu que plusieurs hommes seraient heureux d’enfanter si cela était humainement possible.

De plus, je n’aime pas le principe de revendiquer. J’aimerais que les femmes prennent leur place, peut-être plus agressivement, ou plus sournoisement qu’elles ne le font présentement. Au lieu de revendiquer, ce qui en revient à demander, elles devraient prendre ce qui leur est dû. Elles forment, après tout, la moitié de la population terrestre.

D’un autre côté, le film m’a fait prendre conscience du chemin qu’il y a encore à accomplir, et de l’importance de garder le mouvement féministe bien vivant. Pour ouvrir les consciences, et continuer à avancer dans la bonne direction.

L’art a-t-il un sexe ?

Durant notre discussion, sur le chemin du retour, ma copine et moi avons bifurqué sur le sujet des œuvres d’art « pour hommes » et celles « pour femmes ».

L’art a-t-il un sexe ?

Par exemple, sans avoir été très informé sur le féminisme au cours de ma vie, je me suis toujours intéressé, et ce de manière tout à fait naturelle, à des œuvres qui s’adressaient principalement aux femmes.

Je suis, après tout, l’un des plus grands admirateurs de Gilmore Girls, une série télévisée américaine du début des années 2000 qui raconte l’histoire d’une mère de 32 ans et de sa fille de 16 ans, et dont les dialogues savoureux respectent l’intelligence du spectateur (et sont également truffés de références culturelles plus ou moins obscures).

Ceci dit, je ne compte plus le nombre de fois où mes meilleurs amis se sont moqués de moi, du haut de leur surplus de virilité.

Parce que je ne m’intéresse pas au hockey, parce que je n’ai pas de voiture, parce que j’aime les comédies musicales, parce que je possède tous les albums de Jewel et aucun de Metallica, pour ces raisons et bien plus, je me retrouve handicapé lors de conversations de gars, parce que je n’ai pas les mêmes intérêts que la plupart de mes congénères.

Pourtant, je n’ai pas honte de connaître par cœur les paroles de Grease, et je considère que de regarder Gilmore Girls pendant toutes ces années m’a offert – malgré le fait que ça soit une œuvre de fiction – une fenêtre sur la psyché féminine.

On se désole, avec raison, du peu de reconnaissance envers le travail des réalisatrices au cinéma, mais est-ce que le public masculin, celui qui fait rouler la machine cinématographique en payant des fortunes pour voir des œuvres aussi vides que Transformers ou The Dark Knight, serait intéressé par des films réalisés par des femmes ?

La question est vaste, et lorsque je demande si l’art a un sexe, cela s’applique à toutes les formes d’art. Les femmes sont sous-représentées un peu partout.

J’ai été agréablement surpris, le soir des Jutra, de voir que plusieurs nominés dans la catégorie « Meilleur Montage » étaient des femmes, et que le prix fut remis à l’une d’entre elles (Monique Dartonne, pour Incendies).

Et pourtant, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour changer les mentalités. Pour se départir de la honte, par exemple chez les hommes, de regarder un film « de filles ».

Les maudites tapettes

Le chroniqueur Marc-André Lussier a écrit récemment un texte sur l’homophobie à Hollywood, que je vous invite à lire.

Lorsque j’ai partagé ce texte sur Facebook, j’ai reçu un commentaire d’un membre de ma famille.

Je vous laisse sur ces mots pleins d’esprit.

« Jaime jim carry il est bon mais pas les maudite tapette. Dieux nous a pas creer pour etre maudite tapette FAG si tous le monde etait gay personne sur cette planette aurais vu le jour »  (Nous reproduisons le message intégralement, fautes incluses…  NDLR)

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine… par Jean-François Tremblay

8 mars 2011

“I wasn’t there that morning
When my father passed away
I didn’t get to tell him
All the things I had to say”

(Mike & The Mechanics, 1989)

Ton homme

La première chose qui me soit passée par la tête quand je me suis retrouvé devant toi, et que mon cerveau se soit remis à tourner, de plus en plus vite (après les quelques instants de flottement entre mon arrivée à l’hôpital et mon entrée dans la chambre où tu reposais), fut de me dire que tu ne connaîtras jamais mes enfants.

Je n’avais pas de copine à l’époque. Aucune chance au monde de donner la vie à qui que ce soit. Mais ce fut quand même ma première pensée.  Tu ne connaîtras pas mes enfants.

J’étais en colère. Je te maudissais. Je te regardais, couché sur le lit, sans vie, avec encore un soupçon de chaleur dans le bras. Mort depuis à une peine une heure ou deux. Je t’avais manqué de peu.

Je te regardais ainsi, et je t’en voulais. De nous laisser tomber. De ne pas rester avec nous comme supposé. De nous abandonner, au lieu de vieillir aux côtés de maman, de profiter de ton statut de grand-père avec ma seule nièce qui t’aura à peine connu (et pour qui tu n’es probablement aujourd’hui qu’un vague souvenir de petite fille). De partir bêtement comme ça.

Qui me guiderait dans les années à suivre ?  Qui me donnerait des conseils ?  La dernière fois que tu es venu chez moi, tu m’as conseillé de remplacer le vieux truc tout rouillé qui me servait de pomme de douche. Qui va me dire ce genre de choses maintenant ?

Au cours des trois dernières années, j’ai essayé d’être fort. D’être fort pour ma mère, ma sœur, même mon frère que je ne vois pratiquement jamais. Fort pour tout le monde. Je suis, après tout, le plus vieux. Ton homme.

C’est comme ça que tu m’as appelé la dernière fois que je t’ai vu. La dernière fois que t’es venu me visiter dans mon appartement miteux de la rue Papineau, que tu n’aimais pas (ça se voyait dans ton regard). Tu es venu, avec maman, et nous sommes allés voir Jésus Christ Superstar un dimanche soir de février à la Place des Arts. On a eu du fun. T’avais les yeux ronds pendant le spectacle, comme ceux d’un enfant. Le lendemain, au moment de partir, tu m’as serré la main et t’as dit : « À bientôt, mon homme. »

Ton homme.

J’ai essayé d’être ton homme pendant trois ans. En fait, quand j’y pense, j’ai essayé de l’être toute ma vie. Mais plus encore, j’ai tenté de l’être depuis ton départ.

Tu serais fier de moi, je pense. Ça a été dur par moments, mais je suis devenu une meilleure personne, je pense. J’ai perdu du poids, perdu de mauvaises habitudes (qui étaient aussi, malheureusement, les tiennes), j’ai trouvé le grand amour, et je sais de plus en plus ce que je veux dans la vie.

J’aurais aimé que tu me voies heureux comme je le suis aujourd’hui, pas le gars malheureux que j’étais il y a trois ans. Ça me dérange de penser que tu es parti avec cette image de moi…

J’ai essayé d’aider maman pendant ces trois ans. Mais tu sais, c’est dur. Je ne sais pas toujours quoi lui dire. Je ne sais pas comment agir. Je n’ai pas les compétences pour l’aider. Je ne suis pas un professionnel. Mais j’essaie, du mieux que je peux. Sa peine est immense…

Et puis il y a moi. Moi aussi j’ai besoin d’aide. Par chance, j’ai une amoureuse qui m’écoute. Mais des fois c’est lourd. C’est lourd de vouloir être ton homme, de vouloir être fort, de vouloir porter la peine des autres.

Et puis il y a la colère que j’ai en dedans, celle qui me ronge, qui fait que je suis souvent froid envers ceux et celles dont je devrais être proche. De vivre loin du lieu où tu es mort me fait du bien. Ainsi, je ne vis pas constamment dans le passé. Je ne suis même pas capable d’aller voir ton urne. Pas une seule fois en trois ans.

Parler de musique avec toi me manque. Ce n’est pas que je ne peux pas le faire avec d’autres, mais avec toi c’était spécial.  C’est dur à décrire. Tu m’as tout montré, tu as influencé mes goûts. Jusqu’à mon dernier jour, je ne pourrai entendre la moindre note de Pink Floyd sans te revoir en train d’écouter leurs disques.

Demain, 4 mars 2011, ça fera donc trois ans que tu es parti. Trois ans que la famille est tiraillée par le chagrin. Tu étais le pilier,  le point central de ce groupe de cinq personnes, celui qui savait calmer les colères de chacun, qui savait quoi dire, au bon moment, sur le bon ton.

Depuis ce jour fatidique dans ta chambre d’hôpital, j’ai cessé d’être en colère du fait que tu ne connaîtrais pas mes éventuels enfants.

Mais une chose me déchire le cœur, plus que tout au monde : tu ne connaîtras jamais celle qui partage ma vie depuis deux ans, celle qui m’a rendu infiniment heureux, celle qui a changé mon existence du tout au tout.

Et ça, papa, si tu savais comme ça fait mal. Tu l’aurais aimée, j’en suis certain.

Tu me manques tellement…

 

“It’s been so many years
And now these tears
Guess I’m still your child”

(Peter Gabriel, 2000)

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique cinéma et musique… de Jean-François Tremblay

10 janvier 2011

Qu’est-ce qui vous intéresse?

Jean-François Tremblay

Le 24 décembre dernier, je fus invité à un souper de Noël chez la sœur de ma copine.

Au cours du repas, j’eus l’occasion de discuter avec un homme que je rencontrais pour la première fois – en l’occurrence, le fils du beau-père du copain de la sœur de ma copine.

La conversation était entamée depuis quelques minutes lorsque j’eus l’idée de lui demander ce qu’il faisait dans la vie.   C’est alors qu’il m’expliqua, très cordialement, qu’il avait en horreur cette question, vide de sens à ses yeux.

Cet homme, un célibataire endurci dont les occupations l’amenaient à beaucoup voyager, m’expliqua que, lorsqu’il draguait dans les clubs, par exemple, il détestait se faire aborder avec cette question, qui selon lui ne disait pas grand-chose sur la personne qui y répondait.

Le travail de cet homme, me confia-t-il, ne le définissait pas, ne révélait rien de sa personnalité, et selon lui ce n’est pas cette question que les gens devraient poser lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois.

Plutôt que de demander : « Que fais-tu dans la vie? », nous devrions poser la question suivante : « Qu’est-ce qui t’intéresse? »

Je dois avouer que la chose me plût beaucoup, car étant présentement entre deux emplois, la question du « Que fais-tu dans la vie? » est l’une de celles que j’abhorre.

J’ignore à chaque fois comment y répondre, et une certaine honte accompagne irrémédiablement la réponse, un sentiment de culpabilité que je n’arrive jamais totalement à chasser (probablement dû à mon orgueil, mon éducation ou la conséquence du milieu dont je suis issu), et peu importe ce qui sort de ma bouche, je reste avec l’impression que la seule chose que mon interlocuteur retiendra est que je ne fous rien de mes journées.

En clair, je déteste devoir répondre que je suis sans emploi.  Cet état ne révèle absolument rien de ma personnalité – si ce n’est de la difficulté que j’éprouve à vendre ma salade en entrevue – et ne fais que me rendre mal à l’aise.

La vie de chômeur, quoique comportant d’évidents désavantages, me donne la chance de vaquer à des occupations pour lesquelles le temps manque lorsque je travaille.

Parallèlement à ma recherche d’emploi,  je fais partie d’un cercle d’écriture qui se rencontre régulièrement, je publie des critiques de disques et de spectacles sur un site web culturel (et pour lequel j’ai la chance d’interviewer des artistes internationaux), je lis énormément – plus que je ne l’ai fait depuis des années! –, je me nourris de disques à la tonne, de films, de séries télé, etc.

Je vis à une époque extraordinaire, une ère où la culture est à la portée de tous, au bout des doigts, et ma curiosité n’est jamais assouvie.  Je suis un grand adepte du moment présent et de tout ce qui s’y fait.  La culture est plus vivante que jamais en 2011.

Donc, à la question « Que fais-tu dans la vie? », la réponse la plus juste que je pourrais donner serait que je m’occupe en permanence à me cultiver, que mon cerveau et mes sens sont perpétuellement sollicités, et surtout, oui surtout, que je m’amuse.

Malheureusement, cette occupation de l’esprit et des sens peut être perçue comme de l’oisiveté, et je ne suis toujours pas parvenu à faire en sorte que mes passions paient le loyer.

Alors laissons cette question de côté, si vous le voulez bien, et laissez-moi plutôt partager avec vous, dans cette chronique bimensuelle, ce qui m’intéresse et me nourrit au plan culturel.

Et en retour, vous êtes invités à me faire part de ce qui vous intéresse dans les commentaires.

Dans mes oreilles ces jours-ci :

En 2010, mon album préféré fut  Pickin’ Up The Pieces de Fitz and the Tantrums, un groupe californien qui donne dans la soul à saveur rétro

Damien Robitaille

mais originale et extrêmement entraînante, et ce sans aucune guitare.  Un disque très court qui s’écoute avec beaucoup de plaisir.  Le groupe sera en spectacle à Montréal dans quelques semaines.

J’ai aussi découvert dernièrement – en retard sur tout le monde – les merveilleuses petites chansons de Damien Robitaille.  Ce mélange de kitsch assumé, de bouffonnerie, de flirt, et de poésie du quotidien m’a tout de suite interpellé.  En attendant de le voir sur scène, j’écoute ses albums en continu.

Dans ma télé :

 

Martin Scorsese

Durant les Fêtes, j’ai rattrapé la première saison de la série Boardwalk Empire.  Produite par Mark Wahlberg et Martin Scorsese (celui-ci ayant réalisé le premier épisode), cette série, qui mélange habilement le drame à la comédie, raconte l’histoire semi-réelle des gangsters d’Atlantic City au début des années 1920, menés par Nucky Thompson (personnage joué avec brio par Steve Buscemi et basé sur le vrai Nucky Johnson).  La distribution de haut calibre – Kelly McDonald, Michael Shannon, Dabney Coleman, etc. –  nous en met plein la vue et le scénario est habilement construit, nous tenant en haleine d’un épisode à l’autre.  Je suis tombé sous le charme, et bien que ça ne soit pas aussi bon que Mad Men – rien ne l’est, à mon avis – c’est semblable.  Les années folles du cinéma muet et d’Eddie Cantor sont reconstituées avec justesse, et ce que l’on apprend, entre autres, sur la condition des femmes à cette époque est fascinant.

Vous saviez, par exemple, que les femmes utilisaient du Lysol comme moyen de contraception dans les années « 20 » ?  Je l’ignorais…

Notice biographique

« Jean-François Tremblay est né à Jonquière en 1977.  Passionné de musique et de cinéma dès un très jeune âge, il fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bacc. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007. »  Il tiendra une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

 




Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Join 3 105 other followers