Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

10 mai 2012

I will survive, t’sais…

Hello, le Chat !

Permettez qu’à l’agenda du jour, j’introduise right now un sujet touchy. Ça va me prendre du guts, je ne me ferai pas de chums, mais anyway, c’est là que je suis rendue. Arrêtons donc de filer à l’anglaise et ploguons nous sur le débat, that’s it, that’s all. Voyez-vous, cher Chat, et je précise ici mes intentions, j’ai bien du trouble avec les anglicismes des Français de France. C’est donc le temps qu’on les mette sur le stage et qu’on check ça comme il faut, man, parce que ça regarde mal, et que je commence à badtripper full pin. Yes sir !

C’est tough en effet de constater que le français de France se perd et que ça n’inquiète possiblement personne là-bas. Come on ! À date, c’est tout un stock d’anglicismes qu’ils utilisent, et c’est faire un fou de soi que de ne pas s’en rendre compte ! C’est tout de même weird qu’ils garent encore leurs voitures dans un parking alors qu’on peut les parquer dans un stationnement, qu’ils continuent de faire du shopping quand on peut magasiner une vente. Je ne voudrais pas paraître straight, mais dans le milieu des affaires, c’est une vraie joke ! On ne se contente pas de triper sur une couple d’anglicismes, on se la joue all dressed pour avoir l’air hot. Allez, go, une petite shot de plus. Et on abuse du « ing » en six pack : « marketing, meeting, merchandising, timing, brainstorming et surbooking », un gros smile commercial dans la face. Never mind, ça shine ! And so what ?

Moi, j’en shake, le Chat. Ils se croient ben safe,  les Français de France, mais aoutche, à dealer comme ça avec toute le kit d’anglicismes, leur langue est en train de perdre sa shape. Ça serait le fun qu’ils slackent un peu et qu’ils en flushent quelques-uns dans le bol à toilettes. Sinon, ils vont finir par parler comme eux autres. Quoique…  On pourra toujours questionner leur accent. À défaut de se pratiquer, les Français continueront toujours à se céduler des « mitigne » et à se faire des p’tits « débrifigne », à partir en « ouikènne »  ou en « ouiquinde ». Mais j’y pense, le Chat…  Et si c’était une manière de franciser l’emprunt ? Attaboy ! Pourquoi, en effet, ne pas martyriser quelques anglicismes quand on finit par trouver cute le « cale-de-sec »* de l’anglophone qui lui, ne fera jamais aucun effort pour bien prononcer.

 Wathever, cher Chat, pensez-vous qu’il est urgent que le français se mouve ? Doit-il switcher de bord de manière radicale ? Risque-t-il de se déculturer en empruntant volontairement la langue d’un plus fancy ou inconsciemment celle d’un voisin king size ? Enfin, la fluctuation  d’une langue est-elle le signe d’un fonctionnement déficient ou la preuve d’une certaine souplesse ?

Quand je rentre en France, je mange des Mac nuggets, parce que les croquettes, sur l’Hexagone, c’est de la bouffe pour vous, les chats. Mais j’avale mon quart de livre ici, parce qu’en France on ne connait que le système métrique. Oh, my god, il y aurait donc ici aussi matière à s’interroger sur la présence d’anglicismes ? Oups !

Si l’emprunt anglais chez les Français est essentiellement lexical, et souvent volontaire, dites-moi, le Chat, ce qu’il en est chez les Québécois ? Vous n’êtes pas game ? Ça prendrait full de temps ? Vous avez peur d’arriver short ? Anyway, il me semble qu’il se joue ici une toune plus heavy sur l’insécurité linguistique, comme si on watchait un suspect dans chaque emprunt. N’est-ce pas le signe d’une volonté un peu exagérée et naïve de protéger la langue que d’aller jusqu’à franciser un polar en  fiction pulpeuse ou un Scarface en balafré ? En tous cas, on sent ici bien plus qu’ailleurs le désir de protéger la langue, désir qui semble fitter avec l’ampleur du péril.

So long,

Sophie

* cul-de-sac

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.


Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

26 avril 2012

Sur mes chemins de Taire…

Cher Chat,

Je proclame ce jeudi 26 avril, jour de mon taire. Ceci est une manifestation personnelle pour la sauvegarde de mon environnement. Je ne balbutierai pas un mot, le Chat. Que voulez-vous, si je vise mon développement durable, il faut bien que je le préserve, mon taire.

En vérité, ça m’arrange cette jachère anniversaire impromptue. Parce que pour être bien franche… je sèche.

Laissez-moi vous expliquer, cher Chat, car je ne voudrais pas qu’il y ait de l’eau dans le gaz entre vous et moi. Il est bien sûr hors de question que je me retire de votre protocole. Il est bien trop tôt.

Il y a que pour ajouter un sou à ma couche d’aumône, quoique je ne perde ni le plan, ni le nord, je suis bien obligée d’exporter mes gisements de faire ailleurs, même si cela va à l’encontre de mon engouement égologique.

Alors voilà, je n’ai pas besoin de vous sensibiliser à tous mes changements climatiques. Vous savez bien que je suis un courant d’air. Je vous dirai simplement pour ma défense que j’ai sans aucun doute surexploité mes ressources naturelles cette semaine. Toutefois, je n’ai pas perdu mon énergie renouvelable.

Nous sommes le 26 avril, jour de mon taire. Permettez, le Chat, que je lutte pour ma biodiversité et pour le recyclage de mes produits usagés. Il paraît que c’est dans l’air du temps. C’est en toute humilité que je vous offre un de mes balbutiements poétiques. Ce sera mon défi vers de la semaine.

La valse du nombril *

Aujourd’hui, je sais le ruban de peau qui me lie à ma mère et qui me nourrit. Je sais mon cœur qui cogne contre le matelas de son ventre, je sais le velours de mes pieds quand, à tâtons, dans la nuit de mon nid, je les attrape.

Aujourd’hui, je sais l’exil, quitter mon port d’attache sans bagages et sans souvenirs. Je sais la bourrasque de l’air quand elle entre dans mes poumons faire tempête. Aujourd’hui, je suis un moulin à vent et j’ai un prénom.

Aujourd’hui, je sais les yeux humides et fiers de mon père, ses grandes mains calleuses et maladroites. Je sais du bout de ses doigts, ce tête à tête dans l’effluve du tabac froid qui m’entête.

Aujourd’hui, je sais mes bottines bien lacées et leurs désirs de conquête. Je sais, la main tendue de ma grand-mère et de l’autre côté de mon premier pas, l’innocence de ma menotte vierge tout contre le kaléidoscope de sa paume.

Aujourd’hui, je sais l’autre, le tout petit, le tout fragile. Je ne suis plus le seul nombril. Je sais mon frère et la famille, son petit cœur dans un grand chœur.

Aujourd’hui, je sais la cour d’école, la craie qui crisse les premières lettres de l’alphabet et la complicité des genoux écorchés. Je sais la chaleur de l’amitié, les secrets partagés qu’on emmitoufle dans des grands manteaux de fou rire.

Aujourd’hui, je sais mon corps déboussolé qui se perd de vue entre monts et marées. Je sais les lignes courbes qui dessinent la femme qui sommeille encore en moi.

Aujourd’hui, je sais le ressac de l’amour et sa vague à l’âme. Je sais le brasier qui m’essouffle, la lueur d’un foyer, mais la flamme qui s’étouffe. Je sais les attentes déçues et les amours feintes. Je respire toutes les étreintes.

Aujourd’hui, je sais mon autre moitié, ma terre promise, mon horizon de jachère. Je sais ses yeux qui dénouent mes silences et mon cœur sur sa main. Je sais nos demains joints. Je sais mon homme et le petit qui lui ressemble.

Aujourd’hui, je sais un peu de mon chemin, ses clairières et ses ornières. Je sais mes routes et mes déroutes. Je sais choisir la clé de mes champs et débusquer la violette sous le champignon cigüe.

Aujourd’hui, je sais le deuil. Je sais l’automne qui se fane trop tôt et mon cœur de chrysanthème. Je sais ma poitrine de larmes cramponnée à la bouée d’un ange. Je sais le chagrin des naufragés.

Aujourd’hui, je sais le dernier pointillé de mon cœur. Mon âme pleine comme une lune rousse quitte son vieux parchemin de peau et toutes ses écritures. Aujourd’hui, je sais ce que personne ne sait.

Sophie

*La valse du nombril est un livre d’artiste, fruit d’une collaboration avec une de mes étudiantes en arts. Isabelle Duquette est illustratrice.

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.

 

 


Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

28 mars 2012

Scène de ménage de printemps

Cher Chat,

Je voudrais aborder aujourd’hui la difficile réalité des ménages à trois, puisque je suis moi-même dans cette position délicate. Je me demande en effet s’il est possible de bien ménager sa monture quand on en a plusieurs. Si généralement, je suis plutôt du genre à ménager les susceptibilités de chacun, j’envisage ce printemps de faire un grand ménage. C’est qu’il y a de l’eau dans le gaz et pas à peu près ! J’aurais pu certes m’en laver les mains et briller par mon absence, mais depuis le 22 mars (une journée qui s’arrose !), plus personne ne lave sans bouillir, nous le « savons ».

Maintenant que j’ai ménagé mon effet, cher Chat, entrons si vous le voulez bien dans le vif de mes envolées quitte à y laisser des plumes. Comme je vous le confessais, je vis donc la réalité d’un ménage à trois. Je suis volage. À la fois mère, étudiante et professeure, nous devons aujourd’hui composer l’une avec l’autre au sujet de la lutte contre la hausse des droits de scolarité. Mais approchez, le Chat. Je vous invite à écouter nos conversations. Autour de la laveuse. Bavardes comme des pies. C’est là que nous lavons notre linge sale en famille.

Alors, il y a moi, la mère. Trois enfants. Et comme presque toutes les mamans du monde, je désire que ça baigne pour ma couvée : « Je ne suis pas une poule mouillée. Rien ne m’empêchera de revendiquer, bec et griffes, le meilleur pour mes petits. Du balai, cette politique de l’autruche ! Je suis en droit de réclamer l’accessibilité gratuite à l’éducation pour mes moineaux ! Je paie assez de taxes ! J’en ai assez de passer pour le dindon de la farce. Ce n’est pas marqué pigeon sur mon front, quand même ! Qu’est-ce qu’on veut pour demain, hein ? Des cervelles d’oiseau analphabètes ? »

Vous voyez, le Chat, que cette poule a du chien. Mais comme une hirondelle ne fait pas le printemps, sautons, si vous le permettez, de la poule au coq.

Il y a donc aussi moi, la professeure. Et comme presque tous les enseignants du monde, je désire que ça baigne pour mes couvées. « Je joue au coq. En fait, je ne suis que chargée de cours. Et pendant que les ressources professorales battent de l’aile dans nos universités, je fais le pied de grue en bayant aux corneilles. Y’a des nids de poule qui se creusent. Les universités sont mal financées ! Dès que je tends l’oreille, ça me fout la chair de poule. Tandis que de drôles de moineaux se remplument en jouant les poules de luxe et en sifflant une partie du bien commun, on assiste au chant du cygne d’un enseignement de qualité. Et moi, j’en ai assez de jouer les oiseaux de passage ! »

Vous notez bien, le Chat, que ce cygne n’est plus un perdreau de l’année. Il a du plomb dans la cervelle et de l’aplomb dans l’aile. Mais comme deux hirondelles ne font pas le printemps, écoutons enfin le vilain p’tit canard, celui qui congestionne les ponts en scandant : « Faute de grives, on ne mangera pas des merles. Faute de grève, on mangera d’la m… ! »

Alors voilà, il y a aussi moi, l’étudiante. Et comme presque tous les étudiants du monde, je désire que ça baigne pour moi et surtout qu’on ne jette pas l’eau du bain avec le bébé : « Je ne demande pas qu’on me gave comme une oie ! Je veux juste ne pas finir maigre comme un coucou ! Qu’ils répètent comme des perroquets que je vais finir par m’essiffler ! Ils vont vite comprendre, ces grands serins, qu’il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Si c’est petit à petit que l’oiseau fait son nid, on n’attendra pas que les poules aient des dents. Voyez déjà comment nous canardons le gouvernement à grands coups de révolutions tranquilles. »

Vous vous apercevez, le Chat, que le canard n’est pas boiteux. Qu’il est beau de le voir fier comme un paon, engagé et engageant ! Il apprend à utiliser la démocratie pour s’exprimer : « Je suis sur la place publique avec les miens. La poésie n’a pas à rougir de moi. J’ai su qu’une espérance soulevait le monde jusqu’ici. »*

Alors ? Trois hirondelles, le Chat, pensez-vous que ça pourrait faire fleurir ce printemps érable ? J’ai bien peur, moi, que mon ménage à trois se retrouve le bec dans l’eau si chacune de nous milite de son côté. C’est ensemble, mère, professeure, étudiante qu’il faut briser le miroir aux alouettes si on veut gagner sept ans de bonheur et plus encore. Certes, nous avons toutes les trois d’honnêtes revendications. On ne peut en effet qu’être d’accord avec la vertu n’est-ce pas ? Vouloir le meilleur pour ses petits, enseigner dans  de meilleures conditions, avoir accès au savoir, peu importe son milieu social, c’est tout à fait légitime.

Mais est-ce suffisant, le Chat ? Je pense – et certains me traiteront peut-être de tous les noms d’oiseaux – que l’aboutissement de cette quête suppose une notion de sacrifice de la part de chacune.

Pour que mon ménage à trois fonctionne, je dois donc marcher à « Nous ». Tout d’abord, la mère doit prendre conscience qu’elle est le premier guide de son enfant et lui inculquer le culte de l’effort. Combien sommes-nous aujourd’hui à laisser nos enfants-rois jeter l’éponge dès que ça attache un peu ? Pour sa part, la professeure ne doit pas se désengager de l’enseignement au profit de recherches estimées rentables. Sans parler de nettoyage à sec radical, la vraie mesure de son accomplissement devrait être, avant tout, l’élévation de ses étudiants. Combien sommes-nous aujourd’hui à arpenter les estrades sans que brille la flamme de la transmission ? L’étudiante, quant à elle, ne brille pas toujours par son assiduité et sa constance aux cours. Elle pourrait commencer par gérer sa formation comme une priorité. Car enfin, le Chat, comme parent, continueriez-vous à payer des cours de violon à votre enfant s’il ne les prenait pas au sérieux ?

Je prône l’abolition des frais de scolarité pour ceux et celles qui s’investissent réellement dans leurs études. Le savoir est un droit pour tous, certes. Mais il est aussi privilège. Je l’offrirais pour ma part à ceux et celles qui le méritent.

Vous avez compris qu’après toutes ces années à mélanger les torchons et les serviettes (maternité, professorat et études), chez moi, aucune de nous trois n’est totalement lavée de tout soupçon. La question que je me pose, cher Chat, c’est de savoir : l’être humain est-il capable de dépasser la perspective de son propre jardin pour s’atteler enfin à la grande corvée ?  Car derrière le débat sur la hausse, c’est tout l’avenir d’une société qui se discute. Derrière le désir d’une éducation qui servirait l’autonomie, la transmission et la culture, c’est d’un Québec plus juste et transparent dont nous avons envie.

Tandis que coule l’encre tricolore de mon ménage à trois, le ménage de printemps a bel et bien commencé sous les grands érables qui coulent. Nous récolterons bientôt le fruit de nos entailles.

Sophie, Sophie et Sophie.

*Gaston Miron

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.


Balbutiements chroniques…

15 février 2012

Une petite bise…

Cher Chat,

Mon jeudi a le vent en poupe. C’est le fœhn[1]. Depuis que j’ai eu vent de vous, mon jeudi a le vent dans les voiles. Quel bon vent vous a amené, le Chat ! Un vent à décorner mes pages. Alors pour qu’autant en apporte le vent un jeudi sur deux, il faut bien que je m’adonne aux chants alizés au soleil, sous la pluie, à midi, ou à minuit. Car c’est un travail de longue haleine que ces balbutiements. On n’a pas tous les jours l’inspiration chronique. Et moi, par les temps qui courent, j’ai le souffle un peu court. Ça me tourmente d’ailleurs un peu. Je voulais que vous soyez au courant d’air.

Évidemment, je suis aux quatre vents. Une vraie girouette. Et vous allez me dire, mon Chat, que je ferais mieux de semer les autres vents si je veux récolter une tempête de vraies bonnes idées. Vous n’aurez pas tort, mais une valse à mille vents c’est beaucoup plus troublant. Oh, n’allez pas croire cependant que le premier vent venu me tourne la tête, que je perds régulièrement la tramontane. Bien au contraire. D’ailleurs, il faut que vous sachiez, le Chat, que c’est nous les girouettes, qui donnons la direction au vent, et non l’inverse. Entre vous et moi, si je m’en vante, c’est parce que j’ai souvent eu la chance d’avoir le vent dans le dos.

Je suis une girouette. La crainte de manquer quelque chose peut-être. La peur. Plus de dix respirations pour un petit tour d’horizon. Et puis courir le nez au vent, le vent dans le nez. C’est comme ça que je vis. À 365 degrés.  C’est comme ça que j’existe depuis toujours. Et comme une urgence, depuis que j’ai l’horloge qui s’enthousiasme. Alors je multiplie mes moulins. Mais moi, le Chat, je n’ai appris qu’à embrasser en entier. Je commence à me rendre compte qu’il est difficile d’exister partout à la fois et je ne veux mourir nulle part.

Je suis une girouette. J’ai beau diriger mes vents, je ne peux rien contre l’érosion éolienne. Et le vent, un jour ou l’autre, flagelle, gifle, cingle, fouette et frappe. Et déjà, juste avant moi, ce sont amis que vent emporte. Et ça, ça me court sur le haricot.

Faut-il alors s’effreiner un peu plus, vivre la prochaine minute avec celle du présent ? Vivre deux fois, pour soi et pour ceux qui ne sont plus là ? Après tout, je ne suis pas fragile. Juste éphémère. Alors je cours à brides abattues, je cours à ma chance tout en courant à ma perte. J’ai parfois l’impression que je suis en train d’accélérer la rotation de la Terre à force de courir dessus contre vents et marées. Vous allez trouver, le Chat, que je vire complètement à l’ouest, mais je me surprends même à jubiler intérieurement dès que je dis : « Désolée, je n’ai pas le temps », pleinement heureuse de perdre le nord. Et pourtant je sais bien que, si je n’ai plus de temps alors je n’ai plus aucune emprise dessus et que, même en accélérant le rythme, je n’arrêterai jamais le temps. La meilleure tactique pour le coincer est donc de le perdre. Perdre le temps. Perdre mon temps. Et me voici, de temps en temps, à la recherche de mes temps à perdre. Je n’ai pas à chercher longtemps. Devant moi, ceux que j’aime.

Alors, le Chat, une vie n’est-elle intéressante que dans le mouvement ? À vouloir tout faire, tout lire, tout dire, tout vivre, ne risque-t-on pas de perdre l’essentiel ?  Il y aura toujours quelque chose que je n’ai pas fait, pas lu, pas dit, pas vécu. Ça court les rues, les vents nouveaux ! Et moi, je suis une girouette et j’ai besoin de remuer le vent, de jouer avec les brises de mer et de taire. J’ai besoin de dire surtout et d’écrire à tout vent. Même si le vent ne sait pas toujours lire (je l’ai souvent vu feuilleter les pages des livres à l’envers), « the answer is blowin’ in the wind ».

Et comme souvent, on dit aussi que les mots sont du vent, permettez, cher Chat, que je dirige ceux-ci vers vous. Ils n’apportent donc pas de réponse. Juste un peu de mon parfum sur une petite bise.

Sophie, votre girouette.

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.


[1] Vent chaud et sec, dû à l’affaissement de l’air après le passage d’un relief, soufflant notamment sur les vallées autrichiennes et suisses, au N. des crêtes alpines, entre le Vorarlberg et le Léman. (Il provoque un réchauffement rapide de l’ordre de 10 °C, lié aux effets d’une chute du taux d’humidité et du réchauffement adiabatique.) (Larousse)


Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

1 février 2012

Sur l’air du tradéridéra et tralala

Cher Chat,
Il faudrait que vous le lui disiez, à la mère Michel, que vous n’êtes pas perdu. Elle crie toujours par sa fenêtre à qui lui rendra son chat. Heureusement, je n’ai pas cru le père Lustucru et j’ai fini par vous trouver sur l’air du tralala la, sur l’air du tradéridéra. Même que si j’aurais su, j’aurais v’nu plus tôt. Et vous savez pourquoi ? Parce que j’ai l’enfance têtue et frondeuse. Il faut me croire, le Chat. Sinon… j’vais le dire à mon père. Il saura bien vous faire comprendre que sa petite est comme l’eau vive, que l’enfance lui colle encore aux basques et qu’elle finit toujours par oser ses chimères. C’est comme ça.
L’enfance, certains veulent s’en débarrasser au plus vite, d’autres voudraient ne l’avoir jamais perdue. Tandis que la nuit court après le jour, que le jour court après la nuit, tandis qu’ils font le tour de ma cour, moi, je m’évertue à sauter encore à pieds joints dans les flaques d’eau et à m’émerveiller quand les flocons délirent. Tenez, le Chat, aujourd’hui comme hier, j’ai fait croire que j’étais malade pour faire l’école buissonnière. J’écris sous mes couvertures à mon chat imaginaire. Ce soir, il se peut même que j’invite un ami à dormir et on s’échangera nos vêtements.
Évidemment, il y a des choses qu’on ne fait plus quand on devient adulte. Les bruits se mettraient à courir : « Sophie ?!…  Elle a du bon tabac dans sa tabatière ! »  J’ai donc arrêté d’offrir des dessins à mon dentiste. Il faut bien se résigner. J’ai également décidé de ne plus me marier avec mon père. Et j’ai fini aussi par comprendre qu’un party pyjama au bureau n’est pas forcément la meilleure idée pour clore l’année. En effet, tout le monde n’a pas le port du caleçon de nuit flatteur. On grandit en se nourrissant d’audaces et parfois ça nous reste comme des suffisances sur les hanches. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier qui rira aura une tapette. Et pourtant, il serait bon de rire parfois de ce que nous sommes devenus. Imaginez le Chat, par le plus grand des hasards, qu’un homme croise l’enfant qu’il a été et que tous les deux se reconnaissent. Que se passerait-il ? Le miroir renverrait-il le bon reflet ? Face à face, le petit accroché à ses grands rêves et le grand à sa petite vie. Moi, je cherche, je cherche dans ma tête où vont les morceaux de mon casse-tête, moi je cherche, je cherche avec mes dix doigts, la p’tite place de celui-là.
On connait les trésors de bon sens interrogatif des enfants. Le petit ouvrirait de grands yeux étonnés et demanderait alors tout simplement « pourquoi ? ». L’adulte tenterait alors de se justifier. C’est ce que l’on fait souvent, presque naturellement pour asseoir sa crédibilité : « Regarde, petit, nous avons appris à planter des choux à la mode de chez nous, nous avons 1,73 enfant, une hypothèque sur un joli bungalow en banlieue et nous cultivons des rêves cubains pour nos congés payés. »  Effrayé, l’enfant se cacherait le visage persuadé ainsi de disparaître : « C’est celui qui l’dit qui y est ! »
Et puis l’enfant, tout naïf qu’il est encore, croirait au jeu et d’un large sourire espiègle s’échapperait un « Où tu m’as mis ? Tu m’as caché, hein ? » L’adulte se souviendrait alors de ses rêves d’enfant, ses rêves tout neufs, ses rêves qui n’ont été portés par personne. Du fond de la nuit d’or, de bâbord à tribord, veiller sur la galaxie et sur la liberté aussi. Esteban Zia, Tao, les cités d’or…  Il se souviendrait aussi de ses désirs d’adolescent, désirs d’orages et de vent fou, d’opéra rock et de métal. Être le centre d’une nature exaltée. Tintamarre, marabout, bout de cigare, garde-fou, fou de rage. De rage ou de désespoir ? L’adulte se retourne sur son passé. Où est la grande porte par laquelle il devait entrer ? Il se targuerait alors de quelques pieds de nez à la conformité puis finirait par se taire, penaud. Le petit chercherait encore un peu dans le fond des poches du grand. Au cas où il y aurait des gros crocodiles et des orangs-outans, des affreux reptiles et des jolis moutons blancs. Au cas où il y aurait encore un peu d’insouciance. Mais l’assurance aurait pris toute la place, les bras en croix. Et dessus pour épitaphe : Ci-git Jean de la lune.
L’enfance nous déserte le jour où l’on ne s’autorise plus le droit à l’erreur. Ça commence par un doute, un embarras, une incertitude et le refus de s’y abandonner. Pour quelques irréductibles cependant, la vie est trop courte pour être vécue avec le devoir d’être irréprochable. Le peintre passe sa journée à dessiner, l’écrivain à raconter des histoires, le comédien à jouer, sans jamais chercher à justifier leur vision du monde, sans jamais prétendre à la vérité. Il faut croire que le regard que pose l’artiste sur le monde n’a pas d’âge. Les petits poissons dans l’eau nagent aussi bien que les gros.
Puis, quand le temps s’empresse et que vieillissent nos jours, nos mémoires parfois s’écourtent. C’est un peu comme si nous retrouvions le terrain vierge de nos jeunes années. On ne sait plus, on a oublié. Alors, on est prêts pour retomber en enfance. À cloche-pied jusqu’au ciel de la marelle. Dodo tit’ tit’ tit’ maman, dodo tit tit tit papa. Si li pas dodo, crab’ la va manger. Sonner une dernière fois à toutes les portes et se sauver comme un voleur. Un, deux, trois…Soleil !
Sophie

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.


Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

4 janvier 2012

Échappée blanche…

Cher Chat,

En ce début d’année, et de but en blanc, je lève mon petit blanc sec à la santé de ceux que j’aime. À mes parents, au pain blanc de mon enfance haute en couleurs, à mes premières cartes blanches et à leurs premiers cheveux blancs. À mon homme, à l’oie blanche que j’étais quand il m’a invitée la première fois dans ses beaux draps blancs, à nos éléphants blancs, passés et à venir, aux trois jours que nous avons marqués d’une pierre blanche : Zoé, Tom et Lou, nos petits chèques en blanc.
À mes amis, mes merles blancs : à celle qui a laissé un blanc dans ma vie à force de broyer une autre couleur, à ceux que j’ai quitté pour suivre la couleur du temps, à mes amitiés couleur locale. À mes âmes sœurs, mes bonnets blancs, blancs bonnets.
À celui qui m’a dit oui quand je lui ai montré docte patte blanche, aux choux blancs que je planterai inévitablement, mais surtout à tous les blancs que nous monterons en neige.
À vous le Chat, connu comme le matou blanc, et à toutes les histoires cousues de fils plus ou moins blancs que je vous offrirai cette année si vous me donnez votre blanc-seing.
À tous mes mariages encore blancs. À toutes les pages blanches à venir et dans l’espoir de blanchir sous leurs harnais.
Enfin, à mon pays d’adoption, mon pays d’adaptations.
Car je n’ai pas choisi le Québec. Non. Je n’en avais jamais vu la couleur et j’aurais volontiers vécu toute une vie dans mon Nord, dans mon gris à moi. Certes, on ne m’a pas mis l’arme blanche sous la gorge quand est venu le temps d’émigrer, mais j’étais bel et bien blanche comme un linge quand j’ai quitté la France pour le grand Péril blanc.
Je suis restée longtemps à fleur de lys de peau. Des mois, des années. On n’apprivoise pas un pays comme ça du jour au lendemain. On ne s’apprivoise pas ailleurs comme ça du jour au lendemain.
Et pourtant le Québec n’est pas farouche. C’était moi la sauvage.  L’herbe folle plantée là, fortuitement, dans les vastes espaces d’un nouveau monde. Savez-vous comment on pousse au beau milieu d’autres cultures ?
Moi, j’ai voté blanc pendant un temps : m’abstenir et tenter de vivre dans le cocon du passé. Mais ce n’est pas exister. Alors, à un moment donné, il faut lâcher prise. C’est douloureux de quitter ses racines, savez-vous le Chat ? L’exil se nourrit de nuits et de colères blanches. Il éprouve, il saigne et chauffe à blanc. Mais il est engrais aussi quand on décide de grandir.
Un jour, j’ai décidé.
J’ai quitté mes racines, coupé à blanc estoc toutes velléités de retour et j’ai fait confiance à l’autre tronc. Je me suis greffée au Québec. Aujourd’hui, je suis une sève-mêlée.
Le Québec est ce pays où j’ai pu hisser bien des drapeaux blancs. Ils y flottent fiers au vent métissé de tous mes changements. Aujourd’hui, je suis moi et une autre. Cette échappée belle.
Je lève ce qu’il reste de mon petit blanc sec à l’hiver, celui qui pourtant m’en a fait voir des blanches et des pas mûres. Le croirez-vous, le

La Dame Blanche, par Emmalys

Chat, aujourd’hui, j’ai le pouce blanc. À fixer l’hiver dans le blanc de ses grands lacs, je m’en suis éprise.
Et quand je serai devenue une autochtone à l’automne de ma vie, sous une ondée de peaux de lièvres, je chausserai la babiche pour aller m’endormir paisible et fière sur le bord d’une blanche rivière. J’y jouerai alors les dames blanches, du blanc jusque dans mes conversations.
Sophie

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse:http://lescorrespondants.wordpress.com/.


Balbutiements chroniques, de Sophie Torris…

21 décembre 2011

Noëlissimement vôtre… Ou : La complainte de le Mère Noël…

Monsieur Le Chat,

Je préfère vous dire la vérité tout de suite. Je ne suis pas Sophie Torris. Je lui ai refilé un pot de vin pour qu’elle me donne sa place le temps d’une chronique. L’écriture n’est pas ma tasse de thé, mais j’en ai trop gros sur la patate. Il me fallait d’une manière ou d’une autre prendre la parole et cracher le morceau. Je ne suis pas du genre soupe au lait d’habitude, mais là, il y a un os. Trop, c’est trop !

My name is Christmas, Marie Christmas.

La mère Noël, c’est moi. It’s me. Soy yo. Det är yag. Ni mimi. Es ist mir e tutte le lingue !  Je suis la mère Noël, citoyenne du monde. Je ne vais pas vous faire un dessin. Trop rouge, trop ronde, trop gentille. Et comme j’ai de la bouteille et bien je vais m’en servir un petit verre pendant que vous, Le Chat, vous boirez mes paroles. Minuit chrétien ou pas, c’est l’heure solennelle pour mettre les pieds dans le plat, et je tiens à vous la jouer bien salée avant de me mettre à sucrer les fraises.

Je n’irai donc pas avec le dos de la cuillère puisque tout est en train de tourner en eau de boudin. Nous nageons bel et bien en pleines bacchanales. Car oui, Noël est le temps par excèsllence de toutes les incontinences. Je ne vous raconterai pas de salades, c’est devenu du grand n’importe quoi.

Ého ! Jouez hautbois ! Raisonnez quelqu’un !

Ne me dites pas que le marchand de sable est passé. Ce n’est pas l’heure de faire dodo. Et ne comptez pas sur moi pour m’en aller sifflant, soufflant dans les grands sapins verts, comme si de rien n’était.

La mère Noël a les boules. Permettez qu’elle enguirlande.

Prêt Le Chat ? On s’tire une bûche, on a du pain sur la planche. Qui, selon vous, mérite de se prendre le premier sapin ? Où commencent les excès, les outrances, les débordements, les abus, les orgies, les exagérations, les… ? Stop ! Et voilà que je surabonde moi aussi ! C’est la fin des haricots, j’ai le synonyme en rang d’oignon. Suis-je contaminée ? Les carottes sont cuites. Il me faut dénoncer au plus vite.

Voyez-vous, monsieur Le Chat, je me demande comment on peut encore attendre Noël avec impatience quand on ne nous laisse plus le temps de le rêver ? Quand on nous le brade, à trop bon marché, bien avant l’heure ? Quand, un soir d’Halloween, on ne trouve déjà plus dans les rayons des grands magasins qu’un maigre butin de bonbons gluants sous des tonnes de décoration de Noël en kit chinois ? Quand, en tête de gondole, les calendriers de l’Avent se vendent comme des p’tits pains deux mois avant Noël parce qu’on veut saisir la bonne aubaine d’un 2 pour 1 ?  Quand, en un soir de fringale, on boulotte sans culpabilité aucune, les deux premières semaines de chocolat du premier calendrier en se disant que, de toutes les façons, on en a un deuxième ?

J’en pleure mes madeleines quand je me souviens du temps où la nuit de Noël était elle-même un cadeau. Les souliers alignés devant la cheminée et la course joyeuse et fraternelle des pieds nus autour du sapin. Ça sentait bon la résine, la dinde pleine de farces et la famille. Et le plus petit, si fier, qui devenait si grand sur les épaules du père, bras tendus vers la cime, accrochant l’inaccessible étoile. Ça valait son pesant de cacahouètes, n’est-ce pas, Le Chat ?

Sur les microsillons, Tino Rossi faisait l’unanimité. Aujourd’hui, tout le monde y va de son chant mélodi-eux. L’artiste chante Noël pour mettre du beurre dans ses épinards. Et comme ils veulent tous le beurre et l’argent du beurre, disons qu’il finit par naître beaucoup le divin enfant et que le 25 décembre, on n’a plus du tout envie de fêter son avènement. Juste le goût de claquer le beignet à celui qui entonne une fois de trop l’hymne des cieux.

Glo-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-ri-haaaaaaaaargmmmff !

Et pourtant, à minuit, le petit Jésus rassemble tout le gratin. Les églises débordent de bons sentiments. Les coqs en pâte s’y serrent comme des sardines. Ah qu’ils sont beaux, ah qu’ils sont charmants, ah que leurs grâces sont parfaites. Ô douce nuit, ô sainte nuit. Ils mangent le bon Dieu…. et caguent le Diable. Car ça donne de la conserve à la Saint-Vincent-de-Paul et des gros billets à la guignolée, mais, entre vous et moi, Le Chat, c’est du grand Guignol tout ça !  On a perdu nos  cœurs d’artichaut.

Pendant ce temps, mon époux descend du ciel avec ses jouets par milliers… – que dis-je ? – par millions – pour des enfants qui sont tous les jours pas sages et qui ne savent plus demander pardon. Et si par un malheureux hasard, il manque un cadeau à sa liste, le chérubin devient dur à cuire, le père reste comme deux ronds de flan, la mère pédale dans la semoule et la veillée, qui avait pourtant bien commencé, risque de devenir un four. Sans tambour ni trompette, param pam pam pam, au grand galop s’en va le traineau avec ses grelots.

Alors, l’estomac dans les talons, on finit par réussir à amadouer le petit en promettant qu’on mettra les bouchées doubles au Boxing Day. Rien d’excessif, vous en conviendrez, Le Chat, dans le fait d’aller faire le poireau quelques heures devant des magasins pris d’assaut et de braver un champ de chignons prêts à se crêper pour un 10 % de rabais.

On peut enfin casser la croûte en cassant du sucre sur le vieux monmononc’ Jean-Guy qui, entre deux vins, fait des yeux de merlans frits à la cousine belle à croquer de Montréal qui se laisse cuisiner le dos en pensant au jour où le vieux pingre mangera les pissenlits par la racine.

Non ! Je ne mettrai pas d’eau dans mon bain, mon train-train… mon vin. Appelez-moi donc Nez Rouge, tiens ! J’ai un peu bu Le Chat, je l’avoue. Être la mère Noël de nos jours, ce n’est pas de la tarte, et à l’approche des fêtes de fin d’année, moi aussi j’ai tendance à abuser des nourritures terrestres. Ainsi soit-il. C’est peut-être cette fée des étoiles plus jeune que moi ou le recrutement de lutins qui tend à se féminiser ? Y’a de la coquine autour de sa bedaine, mon père Noël.

Parfois je crie, car ça penche un peu. C’est l’instant d’effroi. Puis je souris, car après tout, j’ai le cœur amoureux et le bout du nez froid. Ho di up, ho di up ohé, ohé du traineau !

Je rentre au pôle Nord, monsieur Le Chat. Quel sain défouloir que cet espace virtuel. Je ferme dès à présent ma boîte à camembert pour vous laisser peut-être, lecteurs, ajouter un grain de sel aux commentaires. Il faut faire choux gras de mes alarmes – voulez-vous ? – et ne pas hésiter surtout à contredire les excès de colère d’une vieille bonne femme trop rouge, trop ronde, trop gentille.

Marie Christmas

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse:http://lescorrespondants.wordpress.com/.

Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

7 décembre 2011

No poil’s land…

Mon cher Chat,

J’ai la chronique hirsute. Après l’euphorie de la première fois, me voici en proie à l’embarras du choix. Comment gérer cette urgence du débutant qui voudrait tout

Sophie Torris

dire ? Car si écrire pour la première fois n’est pas facile, choisir pour la première fois relève du casse-tête. Je me suis donc coupé les cheveux en quatre toute la semaine sur l’actualité dans l’espoir de tomber pile-poil sur le bon sujet.

Horripilée par mon incapacité à trancher et à un poil près de renoncer à mes balbutiements, je suis sortie prendre l’air. Rien ne vaut un petit bol d’oxygène pour reprendre du poil de la bête. Une envie subite de caféine me conduisit sur le cuir imberbe d’une banquette de bistrot. J’attendais enfin détendue cet autre bol de jouvence lattée quand, sur la table d’à côté comme un cheveu sur la soupe que je vous donne en mille, bien trop en évidence, une pile de journaux de tout poil sentant à plein nez la chronique parfaite se mit à me narguer.

Ne désirant en aucun cas céder à l’appel de ce piquant hasard,  je relevais la tête vers le comptoir, prête à tomber sur le poil du serveur, éloge à lui tout seul de la lenteur. De fort mauvais poil, j’attaquais donc un peu plus tard et à bouche que veux-tu la mousse rédemptrice qui eut tôt fait de transformer mon rictus désobligeant en moustache désopilante.

C’est alors que mon voisin glissa un billet de 10 dollars sur ma table.

— Mo Sistas ?

Je crus tout d’abord que l’homme était étranger et désirait que je l’aide avec la monnaie locale, mais il interrompit mon geste quand je levai son billet à la barbe du serveur. L’homme qui n’avait d’exotique que sa moustache se présenta.

— Paul, Mo Bros.

Puis il se mit à se poiler en pointant du doigt ce que j’avais sous le nez.

— Il me semble que nous soutenons la même cause.  Ça vous dirait d’organiser avec moi un party Movember* ?

J’interromps ici la petite histoire qui, vous l’avez compris, cher Chat, me dressa enfin le poil de l’imaginaire. Mon honneur de chroniqueuse était sain et sauf. Je tenais mon sujet. Nous étions le 30 novembre. Le soir même, des milliers de prostates moustachues sacrifieraient leur poil militant. La même audace pileuse avait quand même permis de recueillir 22 millions de dollars en 2010 pour la santé masculine.

Et pourtant, le poil n’a plus vraiment bonne presse. Cette bonne cause mise à part, on peut en effet se demander pour qui sonne le poil de nos jours. Car malgré quelques poilus irréductibles, c’est bien à rebrousse-poil que nous avons entamé ce glabre millénaire. L’éradication est de plus en plus précoce et c’est dès le premier poil au menton que s’inculque la corvée d’une tonte quotidienne. Parce que c’est rasoir, non ? Il s’agit bien d’une servitude, le poil est retors, a plus d’un tour dans son bulbe et l’accalmie est généralement de très courte durée. Mais tandis que chez la femme l’effet velcro du galbe d’une jolie jambe hérisse, la barbe naissante chez l’homme peut encore jouir d’une certaine popularité. Surtout quand ce dernier opte pour un nu capillaire intégral. Car il ne faut pas se leurrer, un crâne poli est généralement artificiel. Si la tonsure, quant à elle, peut être naturelle, rares sont ceux qui osent encore porter la digne et exubérante couronne hippocratique, même si on peut parfois en deviner chez certains le monarchique ombrage.

Alors, le Chat, comment sommes-nous passés en un demi-siècle à peine de la liberté soixante-huitarde échevelée, au culte aseptisé de l’imberbeabilité ?

Il s’en faut de peu, croyez-moi, que, chauvine, je sois fière du fantasme pileux qu’on cultive à mon endroit. J’aurais pu en effet caresser mes racines dans le sens du poil… Mais non, je suis comme toutes les autres et j’arbore moi aussi des aisselles de nouveau-né.

D’ailleurs, on peut peut-être se demander si la rage épilatoire n’est pas tout simplement dictée par cette bonne vieille peur de vieillir.  Il est indéniable que le poil est un indicateur de maturité. Or, en privant le poil de son droit d’expression, l’homme refuse le droit de cité à son premier poil blanc, niant par le fait même son irrémédiable décrépitude. C’est un peu tiré par les cheveux, mais un corps ne peut plus friser la cinquantaine si le poil est vaincu.

La mode est donc au corps d’éphèbe, à l’icône virtuelle. Plus de poil, plus de seins, plus de formes. Alopécie et anorexie volontaires pour tous. L’homme se féminise, la femme s’androgyne. Il y a de quoi s’arracher les cheveux. On ne sait parfois plus qui est qui.

Et summum de l’embrouille, ce no poil’s land est tout à fait paradoxal. Vous serez d’accord, cher Chat, que l’homme qui traque son moindre duvet cherche à annihiler un peu de son naturel. Cette déforestation entretenue par force crèmes dépilatoires toxiques va tout simplement à l’encontre de récents engouements écologiques pour la sauvegarde des environnements naturels.

J’ai tendance à m’exciter un peu le poil des jambes, mais avouez quand même que l’épilation est abusive. Je veux bien que l’homme cherche à se civiliser, mais est-il nécessaire qu’il maîtrise à ce point l’expression de son corps ?   Oui, il est vrai que le poil est le vestige de notre animalité, mais est-il responsable de nos instincts primaires ? Adam et Ève, dès l’expulsion du Paradis, l’occultèrent sous une feuille de vigne comme un objet de délit. Aujourd’hui, la solution est beaucoup plus radicale : on guillotine sans sommation.

Je vous permets donc, le Chat, de froncer le poil naturel de vos moustaches devant l’hypocrisie du paradoxe. À quoi bon ces apparences lisses, propres et inodores quand la société respire l’hypersexualisation et la violence ? C’est tellement plus facile de dompter un poil que de se dompter soi-même. C’est ce que je voulais démontrer, poil au nez ! Et c’est ici que je conclus, poil au…

*Tous les ans, en novembre, Movember fait surgir des moustaches sur des milliers de visages masculins, au Canada et ailleurs dans le monde. Grâce à leur « Mo », ces hommes recueillent des sommes indispensables à la santé masculine, en particulier pour le cancer  de la prostate, et sensibilisent ainsi la population à cette problématique.

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse:http://lescorrespondants.wordpress.com/.

Une nouvelle de Richard Desgagné…

3 juillet 2011

Ce chat et moi

            Il a installé ce chat dans l’appartement sans me demander mon avis. Il sait pourtant que je n’aime pas les chats. La mode est aux chats et ça suffit pour que je les déteste. Vous pas ? Vous faites donc partie de la cohorte des amoureux de ces bêtes prétentieuses qui se prennent pour les maîtres de la création. En quelque sorte. Maintenant, mon chez-moi lui appartient. Je ne peux rien y faire : il a choisi mon fauteuil pour se vautrer et ma chambre pour passer ses nuits quand il ne court pas la prétentaine. Je ne peux même pas songer à le déloger. Paulo, ordinairement homme sensé, exploserait et me traiterait de tous les noms. Ce n’est pas la joie au logis depuis que cet animal a pris sa place, toute la place, sans avoir à se soucier, lui, de gagner sa pitance tous les jours dans ce bureau aux fenêtres closes.

            Ils sont bien, les chats ; le monde leur appartient, aux chiens aussi, aux oiseaux, aux poissons rouges, aux furets, aux tortues, à toutes ces bestioles inutiles qui se raccrochent à nous comme des sangsues. Paulo passe ses soirées à contempler le minou qui se vautre, le cher chat qui se colle à lui, la bête supérieure qui prend ses aises à mes dépens. Je rêve d’une seule chose : le voir déguerpir pour de bon et me laisser toute la place.

            Ces bêtes-là, dont ce chat, doivent vivre avec leurs congénères, c’est plus sain pour eux, ce devrait être la règle, mais comme tout marche de guingois ici-bas, elles ne nous lâchent pas. Depuis qu’il est entré, j’ai mes allergies : éternuements, larmes, voix brisée. Cet animal évidemment a le poil long, les yeux verts à s’y perdre ; il marche avec grande dignité, bouge avec souplesse, toujours sur son quant-à-soi, comme un prince imbu de ses prérogatives, à tel point que j’ai l’air d’un cave avec mes yeux enflés et ma gorge souffreteuse. Je suis sûr que gros minou se réjouit de ma déchéance. Il se raccroche à ça pour se croire supérieur. Parce ça n’est jamais malade, un chat de cette espèce, ça pue la santé, ça aime montrer sa grande adaptation à la vie terrestre. Pour bien dire, ça n’est que prétention.

            Je me pose cette question depuis quelque temps : qui a créé les chats et pourquoi ? Ce n’est pas Dieu puisqu’il ne supporte pas la concurrence : il aime trôner seul au-dessus du monde. Le chat aussi. Qui alors ? Ange ou démon peut-être ? Je choisirais le démon parce qu’il a tout fait pour emmerder le peuple qui n’aime pas les chats. Et je réponds, par le fait même, à mes deux questions sans avoir résolu mon problème fondamental. Les Égyptiens, dit-on, adoraient les chats. Vrai, mais ils vouaient aussi un culte aux crocodiles et aux vautours, toutes bêtes répugnantes. C’est vous dire ! Au Moyen Âge, pas cons, les gens pourchassaient les chats, pour eux bêtes malfaisantes. Ils les clouaient sur les portes de grange, les noyaient par centaine jusqu’à ce que les maudits rats envahissent leurs villes.

            Je soupçonne les chats d’avoir inventé les rats pour que, les chassant, ils se fassent aimer des hommes qui les croiraient alors essentiels à l’hygiène générale et à leur sacré bien-être. Ils sont capables de tout. Je le sais. Il suffit de voir un chat pourchasser un rat : il prend soin de nous regarder comme s’il disait « Je suis un animal précieux qui veille à ce que rien ne te nuise ». Il s’avance avec bravoure, sans se fatiguer ; il montre son savoir-faire, son habileté, son art, sa maestria de carnassier. Il n’est que cela, mangeur de chair fraîche. Le rat doit fuir ou se laisser croquer, si le chat le juge bon. Il a programmé le rat pour que celui-ci s’abandonne volontiers à sa gueule vorace. Quand la chasse est terminée et le banquet consommé, le chat se pourlèche, se nettoie en détail pour montrer qu’il ne sera jamais souillé par cette rapine ratière. Après ce coup d’éclat, qui est un coup de maître, il grimpe sur vos genoux en ronronnant majestueusement : la bête se repose de trop d’ébats et vous lui servez de coussin.

            Il fut un temps, je dois l’avouer, où j’aimais les chats ; j’étais ébahi par cette bête qui tient toujours les rênes, qui ne perd jamais sa dignité de félin et qui est capable de vous faire dégringoler de votre piédestal d’homo sapiens. À cette époque-là, j’étais misanthrope, ce qui explique cela. J’ai déchanté très vite, pour des raisons diverses. La principale, c’est que le chat se servait de mon dégoût de l’humanité pour se faire aimer de moi ; je trouvai cela abject et le fis savoir à la chatte qui me tenait compagnie ou plutôt à celle qui condescendait à vivre à mes côtés. Elle ne fit ni une ni deux, elle me quitta. Elle refusait toute nourriture que je déposais pour elle sur la galerie, ignorant mes invitations à revenir à la maison. Elle m’avait déclaré la guerre. Elle miaulait le soir à ma porte, déguerpissait aussitôt que j’allais ouvrir et je crus même l’entendre rire dans un arbre. Je ne me suis jamais complètement remis de l’insulte.

            Paulo ne pouvait pas savoir quand il a laissé entrer cette bête dans l’appartement. Je lui en veux encore. Le chat a pris ses aises, il est chez lui maintenant, il ne mange que du foie de volaille sauté, il dort dans mon lit et refuse tout contact tactile avec moi. Il me fait payer cher mes choix. Il a dû jurer à sa mère qu’il aurait ma peau, parce que je m’étais chicané avec elle, car je suppose qu’il est le fils de la belle Mirta, celle qui m’avait quitté un jour. La situation est sérieuse et je ne puis garantir que l’un des deux n’y laissera pas un morceau de lui-même.

Notice biographique

Richard Desgagné est écrivain et comédien depuis plus de trente ans. Il a interprété des personnages de Molière, Ionesco, Dubé, Chaurette, Vian, Shakespeare, Pinter, etc., pour différentes troupes (Les Têtes heureuses, La Rubrique) et a participé à des tournages de publicités, de vidéos d’entreprise et de films ; il a été également lecteur, scénariste et auteur pour Télé-Québec (Les Pays du Québec) et Radio-Canada (émissions dramatiques).  Jouer est pour lui une passion, que ce soit sur scène, devant une caméra ou un micro.  Il a écrit une trentaine de pièces de théâtre, quatre recueils de nouvelles, quatre de poésie, deux romans, une soixantaine de chroniques dans Lubie, défunt mensuel culturel du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  En 1994, il a remporté le premier prix du concours La Plume saguenéenne et, en 1998, les deux premiers prix du concours  de La Bonante de l’UQAC. Il a publié, pendant cinq ans, des textes dans le collectif Un Lac, un Fjord de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES). Il est membre du Centre des auteurs dramatiques. Il a été boursier du ministère de la Culture du Québec et de la fondation TIMI.  Pour des raisons qui vous convaincront, tout comme elles m’ont convaincu, je tiens à partager avec vous cette nouvelle qu’il a la gentillesse de nous offrir.

 


Chronique d’humour… par Jonathan Asselin…

14 avril 2011

Camisole de force pour les « quenoeuils »…

Flatté de me joindre à l’équipe du Chat Qui Louche pour un tout premier article, je me suis posé la question, à savoir si un chat pouvait bel et bien loucher.

Jonathan Asselin

Eh bien oui ! Le chat peut avoir le regard resplendissant d’intelligence. Ceci est causé par une anomalie génétique. Les animaux à poil court affectés (pas seulement les chats) ont la distinction dite « colorpoint ». Cette caractéristique physique désigne un corps pâle, que ponctuent des extrémités foncées (tête, pattes, queue).

En gros, […] chaque côté du cerveau, réceptionne en vrac un « patchwork » d’informations en provenance des deux yeux en alternance avec des zones « vides ». (Voir le schéma.)

Le cerveau finit souvent par compenser, corrigeant l’erreur naturelle pour que votre minou atteigne enfin l’illumination spirituelle.

C’est ce que je vous propose pour mes chroniques !

Exposé aux petites difficultés de tous les jours, je tenterai de corriger ma vision par l’écrit, pour y voir plus clair et aussi pour simplement m’amuser avec vous, doux lecteurs tout aussi strabiques !

J’espère ne pas rentrer trop souvent dans les murs ou ne pas être pogné entre deux barreaux de chaise, pensant être assez svelte pour m’y faufiler. Si c’est le cas, je vous invite à m’écrire qu’on jase de ça aux chandelles pour en rire !

Pour un premier balbutiement et question de me pogner déjà la tête dans une canne, j’ai pensé effleurer un sujet que je connais très peu, la politique.

Avec le recul neutre de quelqu’un qui remarque les belles couleurs des pancartes, j’ai de la difficulté à accepter certaines stratégies publicitaires agressives visant à nous convaincre de voter pour un ou pour l’autre, en nous choquant des erreurs de chacun.

On remarque sur les poteaux, des guerres d’affiches à la sauce « passque mon payre est pluss fowrt qu’le tien », qui me font grincer des dents.

Je ne connais pas les enjeux complexes de la gestion d’un pays et de toutes les urgences à régler pour bien gouverner, qui peuvent  justifier les coups de coude, mais de ce que je vois, j’ai l’impression de donner mon argent à des gangs de BMX qui veulent juste s’acheter des jujubes au dépanneur.

Avec de la belle propagande sérieuse à différentes saveurs, des couteaux lancés par en dessous, le cirque est à son meilleur et montre du beau maquillage coûtant des dizaines de millions de dollars… C’est un beau show, impressionnant en tout cas.  Ça pétille fort !

Sur ce, je vous fais la courbette bien basse et espère vous intéresser un petit peu plus à ce merveilleux collectif de gens aux mots agiles et… « cross-side » du Chat Qui Louche !

(Dans ma prochaine chronique, je vous parlerai d’un voyage inoubliable avec un voyant : un trajet d’autocar de Montréal à Joliette !)

Notice biographique

Originaire de Montréal, Jonathan Asselin a étudié en Painting and Drawing à l’université Concordia ; et en cinéma d’animation à la même université.  Il travaille présentement en 3D et effets spéciaux au cinéma et à la télévision… Il dit adorer la scénarisation et les bas de couleurs…  Il tiendra une chronique humoristique bimensuelle dans le Chat Qui Louche.

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Sources :

http://www.afas-siamois.com/tares_strabisme.htm

http://elections.radio-canada.ca/elections/federales2011/mode_demploi/cout.shtml


Chronique de Porto, par Clémence Tombereau…

25 mars 2011

Liquidation d’hémisphères

Installe-toi. Confortablement. Une bière. Un sachet de chips. On se charge du reste. Contente-toi de garder les yeux ouverts, et de zapper. Ta cervelle, c’est notre affaire!

-PRÉLAVAGE
Quelques pubs guillerettes, surcolorées, dégoulinantes de bonheur, sourires, dents blanches, cheveux brillants, familles unies, planteront ce vœu pieux dans ta tête : trouver demain ces produits dans ton supermarché. Ces produits inutiles qui te rendront meilleur.mangerbouger.fr

-PROGRAMME DÉLICAT

Des séries mièvres dont les acteurs nuls combleront ta vie par procuration, des intrigues insipides qui te feront rêver. Des jeux dont les potiches sont plus sexy que ta femme. Le joueur peut gagner jusqu’à un dixième du salaire du toxico qui présente ! Un jour tu seras joueur. Ta réussite.

-PROGRAMME SYNTHÉTIQUE

De belles infos. Toute l’horreur du monde, chez toi, dans ton salon! Cadavres assurés. Famines qui auront la saveur de tes chips. Problèmes économiques. Misère sociale. Familles explosées. Toi tu en as de la chance.

Ça y est, ton cerveau ramolli se sent déjà plus propre. Fin des infos : une star au visage botoxé et au regard avide, servie sur un plateau, viendra te convaincre de voir son dernier film. Un sanglot dans la voix, de l’argent plein la tronche, elle te fera craquer. Demain tu iras voir son film.

- ESSORAGE

Décisif. Nouvelle flopée de pubs, au cas où les premières n’auraient pas suffi à marteler tes désirs. Mêmes produits. Mêmes sourires. Impression de douce familiarité.
Météo : ah, ça ! Le temps qu’il a fait, qu’il fera, on ne se moque pas de vous.
Tirage du loto. Ça tourne dans tous les sens. Tous ces chiffres, oh, là, là ! Tu n’as pas joué mais tu perds quand même.

- Une bonne dose d’ASSOUPISSANT au parfum d’ailleurs.

Téléfilm sous les tropiques avec de beaux seins sans esprit. Policier haletant (une seconde bière est bienvenue). Show pailleté, chanteurs sur le retour d’un néant musical. Du playback, on s’en fout, on n’est plus à ça près.

Une fois lessivé, deux options s’offrent à ton cerveau choyé: te coucher ou t’endormir ici. La seconde solution est la meilleure : ainsi dans ton sommeil – au demeurant stupide – les jingles berceront ton inconscient tout autant qu’ils le percent. Comme ça, pas de doute pour les produits demain.

Elle est belle ta vie !

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit désormais à Porto au Portugal.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rougedéclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous auriez intérêt à visiter : le Clémence Dumper :http://clemencedumper.blogspot.com/

Elle fait désormais partie de l’équipe régulière du Chat Qui Louche et nous présente bimensuellement une chronique.

 


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