Emmanuel M. Simard publie un recueil de poèmes…

2 avril 2012

Emmanuel M. Simard lancera le 6 avril prochain aux Éditions Poètes de Brousse

L’œuvre des glaciers…

À l’occasion d’un Cinq à Sept,  au Bar à Pitons, 110 Price-Ouest, Chicoutimi !

Extrait :

Mon dos contre la terre sèche, l’étoile dans le ciel,

le songe meurt dans les branches,
l’impossible nuit au cœur
et me guide vers les champs.
Je titube, je cherche un coupable

Notice biographique

Originaire de La Baie, Emmanuel Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages, ayant participé à divers festivals (Regard sur le court métrage au SaguenayVidéaste Recherché). Il pratique également la peinture.  Il travaille à la publication de son premier roman, Triptyque baieriverain. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre.  En octobre 2011, il lançait aux Éditions Le Chat Qui Louche une novella La Chute du jour : http://www.editionslechatquilouche.com/


Une novella d’Emmanuel M. Simard : La chute du jour… (extrait)

22 janvier 2012

(Dans un style qui n’appartient qu’à lui, Emmanuel Simard nous présente un texte d’une force rare et d’une sombre beauté .  Une poésie qui ne peut laisser indifférent.)

Résumé et extrait

La chute du jour suit le parcours d’un jeune garçon qui tente de survivre dans les affres du Grand Feu de 1870, qui a dévasté une partie du Lac-Saint-Jean et du Saguenay de l’époque.  Un cataclysme économique et social décrit de l’intérieur, à ras de conscience individuelle.

« Elle tient le bébé dans ses bras. Qui commencent à trembler. L’enfant est une pierre soudée à son poitrail. Ses pleurs se distancent.
Le fils ne les voit presque plus tant la fumée noire absorbe tout. Il lui touche l’épaule pour indiquer qu’il est toujours présent. La mère allonge sa main libre vers son visage. Les doigts le supplient de parler. De grogner ou de gémir. Elle effleure la peau sale. Encrassée. Devine les pourtours. Les pommettes saillantes hautes dans la figure. Le nez qu’elle coince entre son pouce et son index. Doux flottement de l’air et du temps. La mère ne voit nulle part. Elle regarde la surface de ses paupières. Le fils les ferme lui aussi. Les caresses effacent les feux flottants.
L’index se rend ensuite à la lèvre supérieure. Elle en redessine les contours. L’inférieur également. Ses petits crayons boudinés vont au menton. Remontent par le chemin des mâchoires vers les oreilles de choux-fleurs. Enfourche les dents de sa main dans les boucles. Elle sent sur sa peau certains filaments brûlés. Durs comme des fusains.
—  Quelqu’un a dit dans la cave à patates que c’était de notre faute…
Elle fourrage la tête.
— Qu’on priait mal le Bon Dieu ! Qu’on faisait trop de folies ! Ils pensent que Dieu veut nous punir.
Elle touche le front. Plissé de fatigue.
— Punir.  Punir  de  quoi ?  D’être  des  hommes ? Notre seul péché si tu veux savoir, c’est qu’on parle trop des fois.
Elle ricane.
— Et c’est moi qui dit ça.
Les mains sont douces sur sa peau.
— J’aimerais que ces gens t’aient vu aller aujourd’hui mon garçon.
Elle plaque un baiser sur son pouce et l’imprime sur sa joue.
— Merci. »

(Les Éditions du Chat Qui Louche vous offrent cet ouvrage à prix plus que modique… Il vous suffit  de cliquer sur l’adresse suivante : http://www.editionslechatquilouche.com/)

Notice biographique

Originaire de La Baie, Emmanuel Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages, ayant participé à divers festivals (Regard sur le court métrage au Saguenay, Vidéaste Recherché). Il pratique également la peinture.  Il travaille à la publication de son premier roman, Triptyque baieriverain. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre.


Livres à vous procurer aux Éditions du Chat Qui Louche…

9 octobre 2011

Les Éditions du Chat Qui Louche vous offrent ces ouvrages à prix plus que modiques… 

Suffit de cliquer sur l’adresse suivante : http://www.editionslechatquilouche.com/


Pascale Bourassa nous offre une novella intitulée : Une couleur dans le noir…

Résumé

 Dans un style qui n’appartient qu’à cette auteure, Une couleur dans le noir raconte l’histoire d’une adolescente en crise qui tente de faire le deuil de sa mère morte dans sa tendre enfance. Elle essayera tant bien que mal de créer des liens avec sa belle-mère ainsi qu’avec son père qui noie son désespoir dans l’alcool pour oublier sa première épouse.  L’adolescente vivra les prémices d’un premier amour avec un jeune homme dont elle deviendra enceinte. Elle devra prendre la difficile décision de garder ou de rejeter cet enfant et finira par l’accepter en hommage à sa mère morte.

Notice biographique

Pascale Bourassa est née au Lac-Saint-Jean. Elle a fait des études en création littéraire et obtenu une maîtrise en 2001 à l’UQAM. Elle avoue avoir été influencée par la grande Anne Hébert dont elle admire les œuvres. Son écriture s’inscrit en partie dans le mouvement psychanalytique. Pascale Bourassa s’inspire des gens qui l’entourent. La psychologie humaine la fascine. Elle adore aussi voyager et découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures. Elle habite maintenant l’Alberta et montre une prédilection pour les grands espaces sauvages de l’Ouest.

En 2009, elle publiait son premier roman : Le puits, aux Éditions de la Grenouille Bleue.

Alain Gagnon nous offre un recueil de nouvelles : L’iceberg de Lou Morrison…

Résumé

Lou Morrison est maire d’un petit village de la Basse-Côte-Nord. Tout baigne dans la tranquillité.  Un jour, un iceberg dérive jusqu’au rivage. Commotion et quiproquo : débarquement de la faune médiatique et publicitaire.  Bien malgré lui, monsieur le maire est aux prises avec un scandale de pot-de-vin. Les bien-pensants de toutes allégeances se déchaîneront et attaqueront dans tous les médias ce maire de l’arrière-pays qui, croit-on bien à tort, aurait vendu, par esprit de lucre, l’iceberg à une distillerie de vodka de Toronto…  Mis en accusation par tous, y compris son épouse et son fils, Morrison réglera le tout : il dynamitera de nuit le monstre de glace, ce qui lui permettra de retrouver la quiétude et de déambuler à nouveau le long du littoral nord-côtier.

Et il en est ainsi de tous les personnages baroques qui peuplent ce recueil. Visages anonymes de la foule, des situations insolites, mais plausibles, à portée de nos quotidiens, les entraînent dans des tourbillons échevelés. Chaque nouvelle fait rire ou grincer des dents — sous le burlesque, la critique sociale s’y fait précise et sévère… Nous reconnaissons des personnages de notre univers et nous nous y reconnaissons.

Notice biographique

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour Sud (1996) et Thomas K (1998), deux romans parus aux Éditions de la Pleine Lune. À trois autres reprises, il a reçu le Prix poésie du même Salon pour Ces oiseaux dmémoire (Loup de Gouttière, 2003), L‘espace dla musique (Triptyque, 2005) et Les versetdu pluriel (Triptyque, 2008). En 2011, il remportera le Prix Intérêt général pour un essai paru aux Éditions de la Grenouille Bleue : Propos pour Jacob. Depuis 2009, il gère et alimente un blogue, LChat qui louche, qui est devenu un véritable magazine littéraire électronique, regroupant plusieurs collaborateurs de renom (http://maykan.wordpress.com/).

Bibliographie partielle :  Aux Éditions du CRAM/Grenouille Bleue : Kassauan(roman), 2008.  Chroniques d’Euxémie, (nouvelles), 2008.  Cornes, (roman), 2009. Le chien de Dieu (carnets), 2010. Propos pour Jacob, (essai), 2010.  Aux Éditions Triptyque : Lélie ou la vie horizontale, (roman), 2003. Jakob, fils de Jakob, (roman), 2004. L’espace de la musique, (poèmes), 2005.Le truc de l’oncle Henry, (roman), 2006.  Les versets du pluriel, (poèmes), 2008.  Chants d’août, (poèmes), 2011.   Au Loup de Gouttière : Ces oiseaux de mémoire, (poèmes), 2003. Chez Lanctôt Éditeur : Almazar dans la Cité, (roman), 1999.  Le ruban de la Louve(contes), 2000.   Aux Éditions de la Pleine Lune : Sud, (roman), 1995. Thomas K, (roman), 1997.

Emmanuel Simard nous offre une novella : La chute du jour…

La chute du jour suit le parcours d’un jeune garçon qui tente de survivre dans les affres du Grand Feu de 1870, qui a dévasté une partie du Lac-Saint-Jean et du Saguenay de l’époque.

Et les feux d’abattis ronflent encore. Et le vent arrive enceinte de bourrasques. Projetant une haleine tiède sur les braises éparpillées parmi les filaments d’herbe. Et plusieurs violences viennent des airs. D’impétueux courants venus alimenter les flammes. De l’Ouest les vents poussent les cendres encore chaudes sur la chaussée et sur les champs et sur les racines hors terre. Les braises respirent. Rougissantes. Clignotantes. Sous ce dôme chargé de nuit et de brillances disparates, un feu vif prend la terre. Otage de brûlures. De troncs de branches cramés.

Des maisons se réveillent et des hommes en sortent.

Notice biographique

Originaire de La Baie, Emmanuel Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages, ayant participé à divers festivals (Regard sur le court métrage au Saguenay, Vidéaste Recherché). Il pratique également la peinture.  Il travaille à la publication de son premier roman, Triptyque baieriverain. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre.

Dany Tremblay, en collaboration avec Martial Ouellet, nous offre un roman-nouvelles :Le Miroir aux alouettes…

Miroirs aux alouettes entraîne le lecteur à Baie-Sainte-Catherine, village au bord du fleuve Saint-Laurent et le fait entrer tour à tour dans l’intimité de dix personnages.

Dix histoires. Dix façons de voir le monde.

Rita a passé sa vie à Baie-Sainte-Catherine, Marie y séjourne quelques heures, M a quitté le village il y a longtemps. Dans Miroirs aux alouettes, on rencontre aussi Coq l’œil et Clara, deux êtres complexes dont les chemins se croisent, et Coralie, contrainte d’aller vivre là-bas. Leurs vies à tous se recoupent et se transforment au contact les unes des autres.

L’originalité de Miroirs aux alouettes tient également dans la présence des Intermèdes de Martial Ouellet, lui-même originaire de Baie-Sainte-Catherine. Les intermèdes, plus réels que fictifs, témoignent d’événements et de lieux passés, avant le tourisme aux baleines, avant l’industrialisation, avant même la naissance de la terre. Ils sont l’équivalent des entractes au théâtre. Sur une note à la fois humoristique et philosophique, ces courts textes arrachent des sourires tout en émettant de grandes vérités.

Notice biographique

Dany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.

Dominique Blondeau nous offre un roman : Des trains qu’on rate

Résumé de l’intrigue

Priscilla et Patrice, couple dans la jeune cinquantaine, se reposent amoureusement dans leur lit, un samedi matin qui est celui de la veille de Pâques. Soudain, le téléphone sonne. Patrice se lève pour répondre, c’est sa mère qui lui annonce que son frère jumeau, Francis, est mort, il s’est suicidé. Celui-ci sera enterré le mardi après le long week-end pascal. Priscilla et Patrice devront assister aux obsèques.

L’action va se dérouler durant ces quatre jours, du samedi au mardi. Le chagrin qu’a éprouvé Priscilla à la mort de son père, il y a plusieurs années, chagrin qu’elle a mal assumé, va prendre ici toute son ampleur et occasionner beaucoup de questions sur cet homme qu’elle a mal connu. Son père avait cinquante ans quand elle est née… On assistera aussi au questionnement de la mère de Patrice et de Francis sur sa famille à elle, sur son mari et ses jumeaux. Patrice n’échappera pas non plus à certaines réminiscences concernant son père, son frère et lui-même.

C’est un roman intimiste et intériorisé sur les deuils que nous portons en nous, une sorte de huis clos qui se passe dans la maison familiale et autour. Les repas ont aussi beaucoup d’importance dans cette histoire. Ils sont décrits comme la métaphore d’une possible réconciliation entre les personnages. Un narrateur intervient parfois sous la forme neutre du ON, qu’on retrouve dans le titre qui est une phrase du roman. Ce ON est aussi un humble hommage à l’écrivain portugais José Saramago.

Notes bibliographiques

Installée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrageselle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exil, Fragments d’un mensonge, Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai,Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire(http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

Danielle Dussault nous offre un roman : Camille ou la fibre de l’amiante

Résumé de l’intrigue

Jamais n’a-t-on abordé le sujet de la vie dans les mines d’amiante autrement que sous l’angle de la politique ou de la syndicalisation. Si on y a généralement occulté le caractère psychologique propre à la vie souterraine, j’y ai vu, pour ma part, une occasion rêvée d’approcher le sujet en m’inspirant du décor lunaire de Thetford-les-Mines. Ici entrent donc en scène des personnages qui séjournent dans un lieu de montagnes blanches et de sable accumulé, une ville génératrice d’une histoire pourtant meublée.

Sur fond de décor lunaire que composent les montagnes de sable, La maison des treuils dessine un portrait en mosaïque de six personnes vivant à Thetford-les-Mines durant un demi-siècle de son histoire. À tour de rôle, Ludger et sa fille Camille reviennent à Thetford-les-Mines. Elle, après quelques années d’éloignement, lui, après trente ans d’exil. Ils ne se connaissent pas. Ludger a été chassé de la ville par les hommes des mines, faussement accusé de tentative de meurtre. Toute sa vie, Camille a guetté le retour de l’absent. La jeune femme se demande si elle ne sera jamais libérée de l’exil intérieur auquel l’a condamnée l’absence du père. Pétris par l’attente ou la révolte, prisonniers tantôt du mutisme de la ville, tantôt d’un chagrin d’amour inavoué, ces personnages apprennent que les blessures secrètes de l’âme se transmettent d’une génération à l’autre. Mais qu’à la différence du silence qui tue, la parole de vérité parfois libère.

Bien que le livre s’inspire de faits historiques, les personnages qui se racontent ici depuis un point de vue intérieur n’ont jamais existé. Ils sont pure fiction. Pourquoi parler de l’amiante et du tissu social que n’ont pas manqué de constituer les mines ? À l’origine de ce projet d’écriture, il y a une image très inspirante : une photographie du début du siècle montrant quelques gobeuses à l’ouvrage, femmes vouées à la tâche de détacher la laine de ce qu’on appelle la roche mère, détacher donc la fibre de la roche d’amiante. C’est cette fibre, cette émotion viscérale, cette essence matérielle, qui colle à l’âme des personnages de ce roman et, par un simple prolongement de la pensée, elle sert à établir un lien avec la fibre maternelle. Legs refilé d’une génération à l’autre, elle est la marque d’une culpabilité multiforme qui pousse autant à l’exil qu’à la révolte, autant à la honte qu’à la logique du bouc émissaire. Quant au mot amiante qui signifie « pur » en grec, ou plus exactement « sans souillure », il est digne d’être réhabilité ici aux yeux de la poésie. Le feu, faut-il le rappeler, n’attaque pas l’amiante ; les personnages qu’on voit évoluer dans ce roman sont à la recherche d’une purification sans équivoque.

Notes bibliographiques

L’écrivaine et musicienne Danielle Dussault publie des nouvelles, de courts récits et des romans. Elle a travaillé pour le cinéma, la télévision et le théâtre. Elle a remporté le prix Alfred-Desrochers en 2003 pour son récit L’imaginaire de l’eau paru à L’instant même. Elle a aussi obtenu la mention d’honneur du concours Robert-Cliche pour Camille ou la fibre de l’amiante publié chez VLB en 2000, réédité en 2011 aux Éditions Le Chat Qui Louche. À travers un parcours d’écriture singulier, qui oscille entre imaginaire et onirisme, elle manie les paradoxes et les atmosphères intimistes dans un souci de transparence.

Danielle Dussault donne des ateliers d’écriture et a dirigé la publication d’un recueil de nouvelles,Écritures du désert, qui regroupe un ensemble de textes arabes et québécois. Elle est en train d’écrire un spectacle de chansons intimistes, Carpe diem, qui servira de base à l’écriture d’un scénario de film. Elle est également en train de produire un récit, temporairement intitulé Les robes du jour, à partir de dix chansons qui forment l’intrigue de l’œuvre. Danielle Dussault habite Thedford Mines au Québec.

Clémence Tombereau nous offre des billets : Fragments

Présentation de l’ouvrage

Aux confins des errances se trouvent toujours les mots (le plus grand risque étant de ne pas trouver les bons).

Glorifier un lieu, sublimer les sensations, emberlificoter les sentiments dans des manières toutes félines : les mots tendent vers l’alchimie.

Transcender la réalité. La rendre meilleure ou pire ou simplement la traduire.

Les fragments et nouvelles regroupés ici n’ont d’autre dessein — immodeste, il est vrai — que de parer le réel d’un enchantement chamarré, d’une étrangeté sourde. Des ambiances brumeuses enveloppent des personnages qui côtoient l’humanité, qui frôlent l’horizon et flânent dans l’abîme. L’évasion se veut reine et l’ailleurs illusionne les sens, cependant qu’une imagination nimbée d’un halo bleuté dévoile, dans le clair-obscur du monde, une réalité au-delà des apparences. La possibilité pour le lecteur de lire dans le désordre ces extraits de vie lui offre une aisance libre de toute contrainte. Ne reste qu’à savourer ces poussières d’existence…

Notes bibliographiques

Clémence Tombereau est née à Nîmes en 1978. Après des études de Lettres classiques, elle a enseigné en lycée pendant cinq ans, avant de se rendre au Portugal pour mener une vie partagée entre l’enseignement et l’écriture. Elle vit désormais à Milan, où l’écriture continue d’être sa principale activité.

Finaliste du Prix Hemingway en 2005, lauréate du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a également participé à la revue Rouge Déclic (numéro 2) et nourrit quotidiennement un blogue : http://clemencedumper.blogspot.com/

Sylvie Vignes nous offre des souvenirs sous forme d’abécédaire : Encrine

Présentation

Encrine, dont le manuscrit a reçu en France le prix André Ferran 2009, est à l’origine une commande de son fils Joël qui n’a pas eu le temps de vraiment connaître son grand-père maternel, Lucien Nizard. La forme de l’abécédaire s’est imposée pour égrener les souvenirs tendres ou tragiques et retenir les arcanes majeurs d’un passant considérable.

Notes bibliographiques

Sylvie Vignes est maître de conférences HDR à l’Université de Toulouse-le Mirail. Titulaire d’une thèse de troisième cycle sur Julien Gracq et d’une thèse nouveau régime sur Jean Giono, elle a consacré la plupart de ses travaux universitaires à ces deux auteurs. Coorganisatrice, avec Jean-Yves Laurichesse, du colloque international « Jean Giono, la mémoire à l’œuvre » en mars 2008, et en janvier 2010 du Colloque du Centenaire Julien Gracq avec Patrick Marot, elle participe actuellement, avec une dizaine de collègues, au Dictionnaire Gionoà paraître aux éditions Garnier. Ses autres publications – communications, articles et ouvrages de critique littéraire – concernent essentiellement la littérature française (Éric Holder, Claude Pujade-Renaud, Pierre Michon, Marie Nimier…) et québécoise (Aude, Roland Bourneuf, Louis Hamelin, Monique Proulx…) au tournant du siècle neuf.



Un poème d’Emmanuel M. Simard…

1 mai 2011

DÉCHIRÉ AU VENTRE  [COURAGE PARFOIS] — poème publié dans la revue Estuaire

L’état de N…

lèvres qui dégorgent un sang bombardé. dans un cabinet froid. on reçoit la grenade orale. on nous oblige à valser avec les morts.

la violence du hasard strangule nos cerveaux givres. on nous baragouine des chimères. évoque le danger. alors qu’on devrait nous bercer.

on ne veut pas de cette boucherie chez soi.

on envoi naître le tombeau ailleurs.

on ne connaît aucun pas de danse qui passe de 3 à 2.

on se cannibalise. on s’en veut. on se clôture de petites planches de haine.

on rêve de fusiller le premier venu.

le désolé le compatissant celui qui n’a jamais vu les nuages crapules.

on a mal au ventre.

la corde du cœur accroché après un support.

on décrypte les féroces. en route vers le nouveau vide. dépeuplant la prière.

on vide la pièce. tandis qu’on ne comprend pas encore. qu’on est gelé de peluche. de tapisserie bleu vert rouge jaune. qu’on est encore prisonnier du collet.

lièvres biberonnés aux forêts qui s’évaporent.

se bourrer pour ne pas avoir à parler. déjeuner le pire.

trouver ensuite le courage de ne pas appeler dieu en renfort.

donner un généreux tip.

on engorge nos trachées d’asphalte. la musique digère nos tympans foudres.  on se fait discret dans les dinners.

on parle l’anglais de chasse.

les reclus appellent forcément une blessure.

on se grise d’accidents improbables. de couleur noir. de fils électriques serpents. de chaque poteau enfoncé. de chaque bannières étoilées. keep america clean que les poubelles crient.

on marche dans les marathons alors qu’il faut courir.

on ne fait que retarder notre faillite.

notre cœur a une bombe dans la tête.

le motel près de la mer. on s’expatrie contre les pleurs du goéland. devant la télé on rugit d’attente. on singe le tapis industriel gris.

périr peut-être un peu.

dans le lit king. on se demande.

comment appeler cet état où l’on ne veut ni vivre           ni mourir.

L’état de O…

on transpire des griffures de paysage. la route nous vêt de chandails de plomb.

on quitte une autre ville caverne. le bruit de la pluie nous étouffe.

bien crever l’hiver par un cri sauvage. laisser entrer les malamutes dans les cordes vocales. nettoyer les tranchées à venir de nos têtes écrasées

dans la douceur de ton gilet de laine

supplanter les restes de nous.

sur l’émail du bain trop petit.

on empiète désormais nos cœurs d’une soluble absence.

on se déboîte dans le miroir taché de dentifrice. nos dents frottent sur les syllabes misères. hurler seulement. la brosse à cheveux à témoin.

liquor store. on y arrête.

faire le plein de tendresse.

on chantonne un peu.

on se fait accroire qu’on est lumière.

on est lendemain houleux. on est danse du fakir à la retraite.

qui ne regarde plus les clous.

L’état de I…

on parque le char. on se demande où aller encore. on le sait pourtant.

on doit casser le caillou dans la botte.

on ne pacage plus nos regards sur ton ventre chantier.

on parle dans le dos de la vérité. par-dessus la nuit.

on devient des soldats rampant. fragile barda. on se joucque sur le poteau. on est azalée vent morsure. on est tornade. qui ne se frôle pas.

on s’empêche trop rapidement de secouer le silence.

 

L’état de K…

on mazoute le stationnement de notre présence ferraille. on pardonne la mer de son envergure. de ses noyades salées. bullshitant le ciel.

des ombres pétrifiées sur notre visage. point de suture éternel. on envahit toutefois le regard de l’autre.

prendre des forces. pour ne pas oublier qu’on est deux.

on s’embrasse sur les joues. puis le nez. puis le front. dans ta jaquette bleue. on voit ta craque de fesse. on ne voit plus la bedaine.

déchiré au ventre.

courage parfois.

 Notice biographique

Originaire de La Baie, Emmanuel Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages ayant participé à divers festivals (Regard sur le court métrage au Saguenay, Vidéaste Recherché). Il pratique également la peinture.

Il travaille à la publication de son premier roman, Triptyque Baieriverain. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre.



Un jeu créatif d’Emmanuel S. et de Dany T….

2 février 2011

Le début d’une expérience littéraire…

Deux écrivains : Emmanuel Simard, Dany Tremblay. Deux voix qui s’unissent. Un projet de recueil dans lequel cohabiteront des personnages qui occupent un lieu commun. En lisant des nouvelles de Dany Tremblay écrites au “je”, Emmanuel Simard a avoué entendre penser ses propres personnages. L’idée était née.  Les deux auteurs échangeront. Chacun s’inspirera d’un texte de l’autre pour donner sa version de l’histoire.  Plus concrètement : l’un des deux auteurs livrera une histoire racontée au “je”; l’autre la reprendra au “il”, et vice et versa.  Une œuvre ouverte…

La vallée émeraude

Par Emmanuel M. Simard.  (Tiré d’une nouvelle de Dany Tremblay.)

La vallée inonde l’œil. Crève la rétine et s’y insère comme un carnassier vorace. L’homme quitte le creux émeraude et pose ses yeux sur le vendeur de mangue qui approche. Le sable nage autour de ses pas. Lents et lourds. Son chapeau à large rebord cache ses yeux et son nez. Seul un rictus édenté transparaît au devant d’un paysage coloré et de palmiers et de mer.

Derrière lui une brouette de fruits le suit. Pleine. Couinant sous le poids des victuailles.

Mango ?… Papaya ?… Señor… Señora ?…

L’homme ne l’entend pas. La femme s’enrobe d’ignorance.

Agua de pipa ?… muy buena agua de pipa !

No… ¡Basta !

Le vendeur se retourne et les quitte sifflant une mélopée d’insultes.

L’homme continue d’écrire dans son calepin.

J’écris la fin des soleils / oubliant mes vestes pare-balles…

L’homme raye aussitôt ce qu’il vient d’écrire. La femme l’observe.

Où m’amèneras-tu dans dix ans ?…

Il lève le nez de son calepin.

Sur la route des fourmis vertes au tréfonds des forêts d’Amazonie…

Elle sourit. Mais le sourire ne monte pas jusqu’aux oreilles. Il est aussi mince qu’une ligne d’horizon.

Elle caresse son épaule devenue délicate. Voûtée vers l’avant. Comme une coquille. Sur la paume une sensation de brûlure. Il fait froid dans la chambre. Il tousse. Des picots de sang dessinent une minuscule constellation sur les draps entortillés.

Dans le lit son regard se fige. Les pupilles s’élargissent et brouillent la vue. Il ne bouge plus. Elle prend le flacon presque vide sur la table de chevet.

L’ouvre.

Boit.

Le dépose.

Laissant la fin du jour danser encore un peu à travers le prisme à sec.

À ses côtés elle l’enrobe de ses bras effilés. Et ferme les paupières.

Elle chuchote à ses oreilles.

Viens… allons encore un peu dans la vallée émeraude…

Notices

Originaire de La Baie, Emmanuel M. Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages et a participé à divers festivals. Il tente aussi de se tailler une place dans le merveilleux monde de la télé. Il travaille à la publication de son premier roman. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre. Cette nouvelle est son troisième texte dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. AG

Dany Tremblay a vécu son adolescence et le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle a été active dans l’APES-CN, dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie du comité de lecture du Prix Damase-Potvin et de celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec ; a coécrit avec Michel Dufour Allégories, amour de soi, amour de l’autre publié en 2006 chez JCL ; a écrit Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009, elle publiait à la Grenouille Bleue Tous les chemins mènent à l’ombre, qui lui a valu Le Prix du Salon du Livre du SLSJ 2010, dans la catégorie récit.  En 2010, elle publiait, également à la Grenouille Bleue, Le musée des choses.


Une nouvelle d’Emmanuel Simard…

28 décembre 2010

Les naufragés ont le mirage facile

Comment écrire le paradis quand tout nous pousse à écrire l’apocalypse. (Ezra Pound)

Une ben belle moto en tout cas….

Emmanuel M. Simard

Merci d’être venu m’aider.

Rien là… Avec une belle petite paye de même.

Il brasse sa bouteille de bière devant ses yeux cernés.

Ta sœur est chez vous ?

Ouais…

J’ai une job de barmaid à lui offrir…

Elle a déjà une job…

Il essuie ses mains dans le chiffon visqueux. Il range ses outils dans son coffre en métal.

Avale subito le fond de sa bière. Vacillant il tente de placer la bouteille dans la caisse.

Une autre glisse entre ses doigts. La décapsule sur l’ouvre-bouteille vissé à une des poutres.

Je t’en prends une pour la route.

De dos il envoie la main.

Il se déscotche de la moto. Ses yeux amincis par l’alcool rencontrent la silhouette qui s’éloigne.

En contre-jour.

Éblouie par le disque lumineux en déclin.

*

Elle risque une cuillère de soupe. L’approche lentement. Lape le liquide du bout de ses lèvres charnues. Elle prend la miche de pain. En arrache un morceau qu’elle graisse de margarine.

C’est quand les tests?

Dans trois semaines.

Elle trempe son pain de soupe.  Le porte à sa bouche.

C’est à Québec?

Il acquiesce de la tête. Dépose son verre d’eau.

J’espère que les pilules vont marcher…

Inquiète toi pas… Steve l’a dit… si tu fumais la vieille… il le saurait même pas…

Elle souffle sur la soupe fumante. Il écrase des craquelins dans la sienne. Le métal cogne sur la vaisselle. Les regards s’entrecroisent. Elle sourit.

*

La ville prend la nuit. Bredouille une lumière blafarde. Accrochée aux lampadaires d’aluminium bossés. Placardés d’affiches décapées. Le rétroviseur renvoie son regard sur les cuisses généreuses d’une jeune femme assise sur la banquette arrière.

Tu restes où déjà?

Proche du Centre d’achat… 330 rue Maltais.

La voiture prend un virage à droite.

Il continue d’épier le décolleté chaud et bronzé de la jeune femme. Et son ventre plat décoré d’un diamant au nombril. Emmaillotée d’une veste faite de poils hirsutes. La jupe bien remontée. Il devine malgré l’ombre la couleur de son sous-vêtement.

Grosse soirée ?

La jeune femme fait mine de ne pas l’entendre.

Il répète.

Un sourire forcé craque son visage.

Pas pire…

La voiture s’arrête devant un bloc appartement.

La jeune femme ouvre la portière. Fait claquer ses hauts talons sur le pavé. Elle le remercie. Lui dit au revoir.

Ses hanches se trissent vers l’immeuble. Rudoyant l’air de gauche à droite. Sous ses prunelles combustionnées.

*

Assis sur le bout d’un banc il est quelque peu penché vers l’avant. Les miroirs entourant la pièce lui renvoie son reflet. Camisole usée des Bulls de Chicago. Short noir en lycra. Près de lui une serviette de coton blanc. Un haltère de 25 livres dans la main droite.

Son biceps se gonfle d’acide lactique. S’échauffe. Le coude fléchit. La charge descend. Il pompe encore. Le biceps se gonfle à nouveau. De plus en plus les miroirs décèlent la souffrance dans son visage.

Tendu.

Contorsionné.

À la cadence de l’effort.

Il compte ses tractions.

……………………………8…9…10…11…12…13…14…15…

Il dépose l’haltère. Étire son bras. Masse son biceps et son triceps. Ainsi que les muscles de son avant-bras. Sa serviette vient lécher son visage trempé.

Il pige la fonte avec l’autre main.

Et y opère la même mécanique.

Des reflets interfèrent son champ de vision. C’est un groupe d’hommes et de femmes qui pédalent leur sang et leur sueur sur des bicyclettes stationnaires. Leur tête fixe le plafond où un téléviseur diffuse une partie de hockey.

C’est un trapu qui soulèvent une barre de fonte pour enfler ses trapèzes.

C’est une svelte qui monte des marches infinies.

C’est un obèse prisonnier d’une machine bien huilée qui gruge ses pectoraux et ses abdominaux.

Il les voit dans ce reflet.

Sans les voir.

Il compte ses tractions.

………….5…6…7…8…9…10…11…12…13…14…15…

Il dépose.

S’essuie.

Un rictus s’imprime sur son visage émacié et imberbe.

Il masse ses biceps.

Il remet l’haltère sur son socle.

S’éloigne vers l’une des nombreuses machines.

*

Elle découpe des crudités. Autour de la table de travail quatre autres consœurs préparent des plats. Une forte femme affairée au fourneau s’occupe d’un potage.

C’est un étalon je vous dis.

Qu’il la mette su’a table…

Ouais on pourra juger après…

Moi j’ai pour mon dire que c’est mieux une petite vaillante qu’une grosse vache…

Les femmes décapent les murs d’un rire grave. Profond.

Ahh mééé… Ginette… criss que tu parles mal…!

Ahh mééé. R’garde l’autre…

Son visage enregistre une série de sourires factices. Découpe de manière machinale les carottes et les céleris et les poivrons.

Une femme longiligne apparaît dans le cadre de porte. Elle lui fait signe de venir la rejoindre.

*

Le vent bourrasse les arbres rabougris sur le bord de la rivière. Rivière qui éructe des hectolitres litaniques. Torve et en colère. Au-dessus le ciel s’enrubanne de voiles noirs. Le tonnerre murmure. Une fine pluie gorge les craquelures de trottoir.

Il court dans ce malstrom famélique.

Dans son survêtement de coton il crève les décharges de vent.

*

La chambre est petite. Dans un coin une vieille dame se berce.

Amorphe.

Ne bouge presque pas.

Seuls ses pieds sculptés d’arthrite la propulsent vers l’arrière.

Elle s’assoit tout près.

La vieille dame ne la remarque pas.

Ses yeux pointent le plancher.

Inertes.

Tu veux écouter de la musique ?

Elle va au tourne-disque. Tire un vinyle de l’étagère. L’installe sur la platine. Le bras mécanique bouge. Encoche le diamant sur le disque.

Un roulis de piano parvient jusqu’à eux.

Bach sifflote.

La vieille dame lève les yeux vers la fenêtre.

*

Il sirote son café au bar. Il regarde dans le miroir lui faisant face la jeune femme arrivant sur scène. Un boa de plume virevolte autour de sa poitrine gorgée. Avance à pas calculés ses deux échasses surmontées de talons rouges. Elle caresse son sexe. Masse ses seins. Une musique sirupeuse dodeline sur son fessier.

*

Elle boit un thé maintenant froid. Elle pousse son regard à l’extérieur. Là où les voitures escriment le macadam. Elle se lève de sa chaise. Au comptoir elle lave la vaisselle. On cogne. Elle sèche ses mains. Va ouvrir.

Mon frère est au garage.

Je sais, je sais… mais c’est à toi que je voulais parler…

Elle garde la porte entrebâillée. Son œil taquin se peint sur ses hanches. Sur le galbe visible de son décolleté.

Ton frère m’a dit que t’as perdu ta job.

Elle fait oui de la tête.

Écoute… on cherche une barmaid au bar où je travaille…

Je sais pas…

Elle referme la porte.

Laisse-moi parler…

C’est pas trop mon genre ces places-là…

Non… écoute… tu pourrais faire du tip en viarge…

Il recule.

La salue.

*

File droit vers la salle de bain s’équipant au passage du journal de la veille laissé sur la table à café. Confortable sur la lunette il survole les gros titres. En lecture diagonale ses lèvres miment une série d’articles et de billets.

Un sourd craquement provenant du plafond déroute le silence.

Sur un rythme saccadé.

Continuel.

Frisant ses tympans il stoppe sa lecture. Dépose le journal sur le prélart tiède.

De clairs gémissements percent la pièce. Les craquements métalliques se font plus rapprochés.

Il se concentre. Ralenti sa respiration afin de mieux entendre.

Viennent en musique à ses oreilles.

Râlements.

Essoufflement.

Couinement.

Jouissance.

Il fixe toujours le plafond.

Plus rien.

*

Il laisse tomber son sac de sport. Emmitouflé dans une robe de chambre. Les cheveux encore mouillés de la douche. Elle s’approche de lui énervée.

Et puis ?

Ça bien été… l’instructeur a dit que j’avais fait un des meilleurs temps…

Elle se jette dans ses bras. L’encastre de ses bras minces. Un baiser tombe sur sa joue.

Il l’observe repartir vers sa chambre.

Tu sais t’es pas obligé de travailler là… Si je suis accepté… tu pourrais partir avec moi… avec la paye de l’armée… on en aurait assez pour vivre nos deux…

Pis maman ?

On pourrait la transférer avec nous autres…

Tu sais ce que j’en pense…

Il se râtelle le cuir chevelu. Replace ses cheveux poussiéreux.

Tu sors ?

Je travaille…

Pas la job que Claude t’a offert…

Elle ne répond pas. Trop occupée à se peinturlurer le visage d’ombre à paupière. De mascara.

Me semblait que c’était pas ton genre de place?

Un rouge à lèvre glisse sur ses lèvres charnues.

Faut ben travailler…

*

Égueulé d’alcool il titube sur le trottoir lézardé. Sa canadienne ouverte aux froids couteaux du Nordet. Sa tignasse à la merci du vent.

Sac mou.

Inerte.

Fissuré de bières et de forts.

Il atteint sa voiture. Fouille ses poches.

Deux gaillards vestonnés de noir le rejoignent.

L’un l’agrippe par derrière. Le pirouette sur la voiture.

Vociférations.

On t’a déjà averti… tu touches pas aux serveuses…

J’ai rien fait… c’est elle qui m’a frôlé…

C’est la dernière fois qu’on te le dit…

Il grogne d’affirmative. Les deux bonzes reviennent sur leur pas.

Fracas de moteur. Creusant de légers sillons dans la rue mouilleuse.

Les roues s’enfuient.

*

Il ouvre une lettre.

Il perçoit certains mots sur le papier.

Avons le regret…

Échoué le test médical…

*

Elle serre les cuisses.

Il l’étrangle. Dans le stationnement. Dans la voiture il file sur elle.

Elle se débat.

Il se défroque. Déchire sa culotte.

Il la frappe à la joue.

La pénètre.

Elle crie.

*

Il marche sur le viaduc. Passe devant un vieux garage où un édenté change les radiateurs. Une station-service aux couleurs d’une méga chaîne. Un restaurant de Fast-Food. Des maisons cloquées de vieillards amorphes.

Les coups de vent produit par les semi-remorques lui lacèrent le dos. Perpendiculaire à cette route un malstrom de rivière au torrent jaunâtre s’agite. Il passe sa main sur son visage engrêlé de poils hirsutes.

Une main tremblante.

Nerveuse.

Il descend vers le torrent.

Il sent une matraque s’abattre dans le bas de son dos. Sous l’impact son corps plie en deux. Un coup de genoux pulvérise sa mâchoire.

Le sang s’écoule par les narines éclatées. Il l’accroche de ses deux mains encordées de veinules boursouflées.

J’ai rien fait… c’est elle… c’est elle…

Il ne fait que pleurnicher.

Le sang goutte sur sa lèvre supérieure.

S’infiltre par les interstices de ses dents.

Mêlées aux sanglots des rafales de toux viennent brouiller ses dires.

Et il cogne son corps frêle comme un vulgaire poisson mort dans une barque.

Truffé d’angoisse.

De frayeur.

Ponctué de crachats.

Vomissures.

Il s’éloigne du corps gargouillant.

Chuintant de pleurs.

Il s’en va.

*

Elle l’observe. Longuement. Elle allonge un bras. Touche son épaule. La vieille dame se retourne.

Offrant un sourire irradiant.

La vieille dame touche sa joue bleutée. Plisse ses paupières d’oie.

Vous êtes qui ?

Elle va mettre le disque.

Les larmes de Bach.

La vieille dame se berce.

Originaire de La Baie, Emmanuel M. Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages et a participé à divers festivals. Il tente aussi de se tailler une place dans le merveilleux monde de la télé. Il travaille à la publication de son premier roman. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre. Cette nouvelle est son troisième texte dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. AG


Le chant des cabanes… Une nouvelle d’Emmanuel M. Simard…

23 octobre 2010

(Il y a quelque temps, Emmanuel Simard présentait sur ce blogue Le trou de la corneille, texte qui s’était attiré des commentaires très favorables.  La nouvelle d’aujourd’hui offre les mêmes caractéristiques linguistiques et stylistiques : concision et torsion de la langue dite habituelle en littérature ;  une même vision du monde où cruauté et poésie brute des personnages et objets familiers se côtoient.  Lisons aujourd’hui celui qui sera un de nos principaux auteurs québécois dans cinq à dix ans. AG)

Le chant des cabanes…

Une boue glaireuse roule au rythme des roues qui tournent. Retombe sur le sol. Et propulsée à nouveau derrière les roues du tracteur ravageant le terrain avachi. Son chauffeur arbore une veste de laine grise. Casquette de marin noire. Et expulse la fumée de sa cigarette avec autant de force qu’un coup de grisou.

Emmanuel M. Simard

Le tracteur fait marche arrière. Pepiche fait signe à l’homme de reculer encore. Chaque pression sur la pédale d’accélération produit un nuage fumeux, noir charbon. Trois touffes noires dans le ciel.

Encore deux pieds Romuald…

M’as-tu n’avoir assez pour la piner?

Oui, oui.

Romuald coupe le moteur. Descend. Un faible crachin se met à tomber.

As-tu eu des nouvelles de la police?

Non.

Criss regarde ça. Le mur est tout brûlé. Un beau clapoard  que j’ai changé l’année passée. Ciboire. Mes fenêtres sont toutes cassées.

Le vieil homme se rend à l’arrière du tracteur. Branche des fils. Rouge sur rouge. Jaune sur jaune. Vert sur vert.

Un chien en course. Pepiche le siffle. La bête se coltine dans ses jambes. La queue en fouet. La langue bien pendante. Pepiche caresse sa tête. Gratte le derrière de ses oreilles pointées.

Les p’tits criss. Tu penses-tu faire quelque chose. Mettre des caméras une clôture électrifiée, je sais pas.

Je voudrais ben mais l’argent manque.

Il suce sa cigarette de quelques bouffées furieuses. Il la pichenette au loin.

Bon tu m’aides-tu…

Pepiche tire des gants de travail des poches arrière de son jean. Les enfile. Chacun de leur côté, ils soulèvent le crochet d’attelage. Le déposent sur la boule crevée de rouille du tracteur. L’homme verrouille finalement le loquet avec un cadenas.

Pepiche retire ses gants. Romuald secoue ses mains sur sa veste grise. Replace sur sa couronne de cheveux blancs sa casquette de marin. Il escalade le tracteur. Démarre. L’engin pète de fulmination. Houille tassée. S’élevant dans un ciel abrité de nuages lourds d’eau.

Sti de temps de cul pareil? Deux semaines qui mouillent, criss. Y pourrait pas nous lâcher un peu.

La pluie c’est plus facile à ramasser que la neige en tout cas.

De la stie de neige. Parle-moi-z-en pas. J’en ai assez ramassé de la neige l’année passée. Maudit viarge.

Pepiche se contente de répondre d’un gloussement quasi inaudible.

Ouais. Bon… M’en vas. Faut que je redonne le tracteur à mon neveu après-midi. Faut pas je traîne. M’vas appeler quand j’aurai reçu la paperasse de l’assurance.

Les roues croquent le sol. Défigure la glèbe. Les jantes renvoient une diarrhée brune derrière la machine qui s’éloigne avec la cabane. Pepiche allume une cigarette. Joint le cortège bruyant qui dévale la pente avec derrière lui le chien.

*

Pepiche boit une gorgée de café. Le Cheminaud à l’intérieur voile son estomac bourré. Pour faire disparaître la sensation il aspire un filet de tabac de la cigarette qu’il vient d’allumer.

Il étudie l’état des fenêtres.

L’état du bois.

L’état de la truie.

Tuyauterie.

Réservoir.

Plancher.

Le chien renifle les alentours de la cabane. Pepiche lui tapote la tête. Un peu de cendre tombe sur le chien.

Pepiche se retourne. Regarde une photo pendue au mur.

Sa femme il y a bien des années. Battant le record du plus long esturgeon pêché dans la Baie. La fierté trouve route sur le visage lisse et rougi par le froid. Cintré d’un anorak beige avec l’esturgeon à ses côtés.

Énorme de cinq pieds sept pouces.

Cloué par la queue à sa main délicate mais puissante.

Pepiche juge le portrait attentivement. Le coin gauche de ses lèvres s’élève en sourire.

En retrait un jeune chien pointant le museau vers la prise.

Pepiche attrape le chien par son collier.

R’garde mon homme… c’est toi sur la photo…

Il lui tapote le crâne.

Il s’arrose le gosier de sa boisson brûlante. Embrume ses poumons d’une touche de sa cigarette. Sur la table embrouillée il inscrit sur une affichette les mots : À Vendre.

Pepiche regarde son travail. Écrase sa cigarette par terre. Il décroche la photo du mur. L’enfonce dans sa canadienne crottée d’huile à moteur.

*

Le chien est là. Couché à l’entrée du terrain. Pepiche grattouille ses oreilles. Il remonte l’allée avec lui.

Le chien retourne à sa niche.

Pepiche introduit son corps chancelant dans le salon encombré d’ombres. Des branches d’arbres rigolent à la fenêtre. Le vent pleure dans les fissures.

Une tempête enrobe tout.

Il dépose la photo sur la table. Il s’installe devant le téléviseur. Il tète une bière.

*

Les premiers rayons du soleil asperge de sa lumière tamisée mais puissante les berges attaquées d’une mince couche de glace.

Le ciel se baigne d’éclats orange et mauves frappant la route sinueuse tout en bas. Il tient à peine debout. Raclé par les violentes quintes du vent. Il entre dans la cabane.

Pepiche attrape dans sa boîte une épaisse bille de plomb. Dentée d’une vingtaine d’hameçons en son tour.

Pepiche attache le voleur au bout de sa ligne pourvue de douze hameçons. Espacés de quelques centimètres. Sur chaque crochet Pepiche pique un morceau de cœur de bœuf. Sur ses genoux. Talons aux fesses. Il plonge la ligne à l’intérieur d’un trou. Dans l’eau froide pourtourrée de glace bleue. Il débloque son moulinet. Détend la ligne jusqu’au fond. Il sent le leste dans son poignet. Il mouline un demi-mètre. Dépose sa canne sur un immense sceau contenant autrefois de la mayonnaise. Ses yeux fatigués de rafales scintillent sur le dernier œillet de sa canne à pêche. Il attend le frétillement. Signe d’une prise.

Plus tard il donne un coup.

Remonte cinq éperlans. L’un est complètement éventré. Pepiche le jette au chien tapi contre la truie.

Il le renifle.

Le lèche.

Pepiche libère les autres du métal.

Les lance dans le sceau.

Il nourrit encore ses hameçons. Abandonne sa ligne dans les noirceurs sous-marines d’où remontent des éclats de souvenirs. D’une femme qui claque la porte de la maison. De deux jeunes filles qui la suivent.

Pepiche mouline. Voit sa ligne léchée de givre.

*

Entre un homme large et pansu. Suivi d’une jeune fille. Pepiche lui serre la main. L’homme fait un tour complet sur lui-même. Étudiant chaque recoin de la cabane. La jeune fille joue dans ses tifs roux jetant des coups d’œil au chien.

Maudite belle cabane… combien tu disais ?

300 piasses… en plus… tu serais sur un beau spot…

Il pointe les sceaux presque pleins au rebord.

Fait même pas deux heures que je suis là…

L’homme rit.

Pourquoi t’a vends au juste ?

Pepiche hausse les épaules.

Changer d’air… je me suis construit un petit abri en bâche de plastique… ça devrait me suffire…

L’homme s’approche de la truie pour en prendre état.

Le chien grogne.

Jappe.

Ernest ! Couché !

L’homme sursaute.

Il est rendu vieux… il se comprend pus…

La petite balance ses pieds dans le vide. L’homme s’en approche et lui caresse la tête.

J’ai ben envie de te l’acheter… ma cabane tombe en ruine… plus rien à faire… je vais revenir te payer… ça marche?

Pepiche hoche la tête. Tend la main.

*

Les deux hommes sont grisés. Somnolent. Les bras vautrés sur leur ventre gonflé. La bouteille de Cheminaud est vide. Elle roule par terre. Effrayant le chien. Qui se soulève du plancher et se faufile à l’extérieur. Dehors la jeune fille figée observe le chien venir à elle.

*

Pepiche scrute le sol. Des traces de pas rageurs.

Celles du chien.

Et les siennes. Étroites et courtes.

Sur la neige cafouillée une lisière de sang.

Une touffe de cheveux roux.

De son pied il recouvre de neige cette cicatrice. Ouverte en plein ciel d’hiver.

*

Il descend l’escalier. Une arme pend le long de son bras mince et droit. Dans sa main tavelée de veines sommeille un calibre douze. Le canon est éraflé et moucheté de taches de rouille disparates. De petites rivières blanches parcourent la crosse de bois foncé. Dans l’autre main une cartouche verte.

Les marches qu’ils foulent sont recouvertes d’un tapis compact de couleur bourgogne. Ses bottes écrasent ce tapis dans un rythme lent, solennel, qui résonne partout dans la petite maison.

Il ouvre la porte.

Sort.

Il marche un moment dans une boue visqueuse. Il a un œil pour ce tracteur vert ravagé par l’usure. Pour cette grange délabrée. Ce silo à grain presque vide. La neige caressant toujours les champs. Il fixe aussi l’ourlet de son pantalon et un peu plus loin devant lui.

Il ne regarde plus le ciel.

Il en a que pour les petits cailloux.

Les flaques d’eau sale.

La boue.

Au loin les aboiements du chien se mêlent  aux sifflements du vent. Il avance. Casse l’arme. Insère une douille dans le canon. Un sourd cliquetis métallique s’ajoute autour des rafales lorsqu’il referme l’arme d’un vif mouvement.

Cent mètres plus loin. À l’orée des bois se trouve le chien. Attaché à un squelette d’arbre. Il gueule d’angoisse. Ses côtes sont bien saillantes. Ponctuées de trous sans pelage. Des coulisses de sang séché parcourent son cou jusqu’à la blancheur autrefois immaculée de son poitrail. Là où la corde frotte. Il avance. Le chien couine. Se débat autour de l’arbre. S’enroule dans sa corde. Il avance encore.

S’arrête.

Lève l’arme. Enfonce la crosse dans le creux de son épaule. Il met la bête en joue. Ferme les paupières sur ses yeux vitreux.

Tandis que l’écho de la balle perce son oreille le chien s’effondre sur la terre sale. Un bouillon de sang pisse de la jugulaire. Les nerfs du chien tressautent. Violemment. Il s’approche plus près de l’animal. À deux mètres. Il le regarde mourir. Il baisse l’arme.

Il regarde la bête ouverte. La cage thoracique explosée. La langue qui pend entre la mâchoire clouée de dents jaunâtres. Il dépose son arme. Pose une main sur le dos scarifié de l’animal. Il sent son dernier souffle dans sa paume moite. Il pousse sa langue, referme sa mâchoire.

Et il donne l’animal à la forêt où d’autres bêtes viendront s’en occuper.

Il ramasse son arme.

Il retourne chez lui.

Originaire de La Baie, Emmanuel M. Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages et a participé à divers festivals. Il tente aussi de se tailler une place dans le merveilleux monde de la télé. Il travaille à la publication de son premier roman. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre, et deux textes dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche.



Emmanuel Simard…

20 septembre 2010

Présenter un écrivain/écrivant plein d’originalité et de promesse est pour moi un privilège…

Emmanuel Simard possède une voix et des thèmes qui lui sont propres.  Ici, pour rendre l’émotion d’un enfant devant la cruauté du monde, il bouscule la syntaxe et la ponctuation.  Le lecteur doit fournir un effort dont il est récompensé.

Emmanuel nous raconte une façon de faire qui visait à effrayer les oiseaux, les éloigner des champs cultivés.  Ce récit cruel   nous montre le sort réservé à la corneille qui servait d’épouvantail.  Tout l’effet du texte tient au voisinage de la simplicité d’expression et de l’horreur.

Le trou de la corneille

La corneille croasse. Dans sa prison de branches d’arbre. Le bec pince les barreaux. Et les yeux noirs de l’oiseau.

Paniqués.

Perfore les rétines inquiètes du fils. Qui traîne près de son père.

Au bout de la corde la cage bringuebale d’avant arrière. La corneille instable enserre ses pattes dans les branches. Crache peur et haine. Déploie ses ailes noires charbon et tente de briser la cage en prenant son envol. Cris rauques. Rage et violence.

Le fils se raidit.

Au centre du champ le père s’arrête. Vis-à-vis un trou béant creusé à même la terre ensemencée. Un pied profond. Cinq de tour. Le père pose la cage. Évitant les coups de becs.

Le fils en retrait observe son père.

Coi.

Immobile.

Sachant qu’il devra le faire un jour.

Opérant un cycle calculé et rituel le père ouvre la cage de bois d’une mince fente. Assez étroite pour pénétrer sa main gantée.

Saisit l’animal.

Agressif. Qui picosse féroce ses longs doigts en joute.

Le cou obturé d’une prise ferme la corneille reste sans mouvement. Avec l’autre main qu’il ancre sur le flanc et qu’il entoure jusqu’au croupion il exerce une pression.

Et il tord la corneille. Vieux torchon que l’on essore.

Le fils sursaute. Fermant sous le bruit sourd des os qui s’effrite du sang qui lâche des billes qui se révulsent ses yeux dégoûtés. La terre accueille la mort noire grisée de rouge.

Malgré elle.

Le père se penche pour défricher du corps les plumes des ailes. Aidé en s’accrochant aux scapulaires. Qu’il se résout à arracher complètement. Il garde les plus grosses plumes près de sa botte. Quand il en a assez il appelle le fils.

Médéric… pique-les autour du trou.

Les plumes collent à ses fines baguettes de peau. Légèrement paralysé hypnotisé il fait le tour de la cavité. Darde la terre des calames rose pâle.

Le père remue la dépouille afin de découvrir des plumes de bonnes tailles. Dessoude les plumes de la queue. Les tend au fils. Qui termine de faire le pourtour.

Le père pêche la carcasse désailée et la jette à l’intérieur de la cicatrice de glèbe. Il y jette aussi les ailes.

Il ramasse la cage de branches. Invite le fils à le rejoindre.

Contre leur dos la brise fraîche du matin les pousse vers la maison.


Notice biographique :

Originaire de La Baie, au Saguenay, Emmanuel Simard détient un diplôme en art interdisciplinaire à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a écrit et réalisé une dizaine de courts métrages ayant participé à divers festivals (Regard sur le court métrage au Saguenay, Vidéaste Recherché) Il collabore à plusieurs projets télévisuels. Il pratique également la peinture.

Il travaille à la publication de son premier livre, Triptyque Baieriverain. Dernièrement, il a publié de la poésie dans les revues Estuaire et Jet d’encre et participe régulière à la Fanzine Fleur de rue.


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