Résumé de l’intrigue
Priscilla et Patrice, couple dans la jeune cinquantaine, se reposent amoureusement dans leur lit, un samedi matin qui est celui de la veille de
Pâques. Soudain, le téléphone sonne. Patrice se lève pour répondre, c’est sa mère qui lui annonce que son frère jumeau, Francis, est mort, il s’est suicidé. Celui-ci sera enterré le mardi après le long week-end pascal. Priscilla et Patrice devront assister aux obsèques.
L’action va se dérouler durant ces quatre jours, du samedi au mardi. Le chagrin qu’a éprouvé Priscilla à la mort de son père, il y a plusieurs années, chagrin qu’elle a mal assumé, va prendre ici toute son ampleur et occasionner beaucoup de questions sur cet homme qu’elle a mal connu. Son père avait cinquante ans quand elle est née… On assistera aussi au questionnement de la mère de Patrice et de Francis sur sa famille à elle, sur son mari et ses jumeaux. Patrice n’échappera pas non plus à certaines réminiscences concernant son père, son frère et lui-même.
C’est un roman intimiste et intériorisé sur les deuils que nous portons en nous, une sorte de huis clos qui se passe dans la maison familiale et autour. Les repas ont aussi beaucoup d’importance dans cette histoire. Ils sont décrits comme la métaphore d’une possible réconciliation entre les personnages. Un narrateur intervient parfois sous la forme neutre du ON, qu’on retrouve dans le titre qui est une phrase du roman. Ce ON est aussi un humble hommage à l’écrivain portugais José Saramago.
Extrait
Quand Priscilla Lubin Duval s’éveilla ce matin-là, elle fut surprise de voir son mari à ses côtés. Déjà, le soleil filtrait à travers les lames du store métallique. Elle se souvint que c’était samedi, Patrice ne travaillait pas, le lendemain serait Pâques. La perspective de cette fête la réjouit si fort que ses yeux se mouillèrent. Elle se tourna sur un côté, plongea sa tête dans l’oreiller, deux larmes roulèrent sur ses joues. Du bout d’un doigt, elle les essuya, Patrice aurait dit gentiment qu’elle ne devait pas pleurer, Pâques évoquait pour lui et pour elle que de beaux souvenirs. Priscilla connaissait suffisamment son mari pour savoir que cette fête aussi l’émouvait. Il feignait l’indifférence ou jouait de la désinvolture chaque fois qu’un événement hors de l’ordinaire l’atteignait. Patrice n’aimait pas se laisser aller à de tristes et encombrantes réminiscences, il affirmait que la vie comportait trop de souffrances pour en ressasser les flétrissures. Il avait raison, mais la mort de son père à elle, une veille de Pâques, il y avait de cela plusieurs années, lui serrait encore le cœur, la murait dans un chagrin qu’elle ne s’expliquait pas, tant il était amer et tenace. Patrice ne l’avait pas connu et, au début de leur mariage, seize ans plus tôt, elle lui avait parlé de son père avec une telle tendresse qu’un après-midi, il avait répliqué, agacé, que son amour pour cet homme s’avérait anormal. Il avait voulu se reprendre, Priscilla avait décelé dans le ton de sa voix, une pointe de jalousie dont elle se jugea fautive. Peu à peu, elle avait éludé les confidences paternelles. Elle s’était mise à parler de sa mère, Patrice n’avait pas été dupe. Un soir qu’elle n’en finissait plus d’élaborer sur la timidité infondée de celle-ci, il l’avait embrassée tendrement, l’incitant à enfiler une jolie robe, il l’invitait dans un restaurant très chic. Elle n’avait osé refuser, dehors il faisait si froid, aurait-elle voulu protester, elle préférait la chaleur intime de leur appartement. Ils s’étaient regardés, elle avec réticence, lui avec circonspection, puis ils avaient éclaté de rire en se serrant l’un contre l’autre.
Comme si l’éclat de rire résonnait dans leur chambre, et qui eût éveillé Patrice, il se retourna, tendit un bras, ajusta une main sur la rondeur des épaules de sa femme. Ce rituel signifiait qu’ils avaient le temps, Patrice aimait flâner dans les draps tièdes et froissés, dans l’odeur de leurs corps collés l’un à l’autre. Ils restèrent silencieux, leurs mouvements se firent lascifs, leur respiration courte, haletante ; la main de Patrice descendit lentement sur le ventre puis sur le pubis de Priscilla, plus bas dans les plis mouillés du sexe. Des gémissements moururent sur ses lèvres gonflées, des petits cris suivirent, ponctués de pépiements qui, toujours, bouleversaient Patrice. Les préliminaires du désir allaient les enivrer quand le téléphone sonna dans le couloir. Tous les deux interrompirent leurs caresses, attendirent la deuxième sonnerie. Patrice se leva en bougonnant, s’enroula dans sa robe de chambre…
Notes bibliographiques
Installée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exil, Fragments d’un mensonge, Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai,Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)
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Publié par Alain Gagnon 







































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